vers un dialogue de sourds ?


Le chef de l’État sénégalais, Macky Sall, au pouvoir depuis 2012, a beau avoir donné des gages sur ses intentions pour la fin de son mandat à la tête du Sénégal, en annonçant, jeudi, dans un entretien accordé à la presse sénégalaise, la tenue d’un dialogue national avec toutes les forces vives du pays, qui doit débuter lundi 26 février, et la probable libération de l’opposant Ousmane Sonko : rien n’y fait, l’opposition est bien décidée à ne pas relâcher la pression. Au lendemain des principales annonces du chef de l’État, plusieurs candidats qualifiés à la présidentielle et un collectif citoyen ont rejeté l’idée d’une concertation sur la date de l’élection.

Les acteurs politiques et sociaux renvoyés à des discussions

Toute la semaine, les supputations sont allées bon train sur la prise de parole du chef de l’État. Ce dernier a finalement donné une interview télévisée à quatre médias sénégalais, depuis le palais de la République de Dakar. Lors de cet échange, le président sénégalais Macky Sall s’est exprimé sur la crise déclenchée par sa décision de repousser la date de l’élection présidentielle, prévue initialement ce dimanche 25 février. « Je voudrais que ce débat soit tranché : le 2 avril 2024 sera la fin de mon mandat, la fin de mon contrat avec le peuple sénégalais en tant que président de la République », a déclaré Macky Sall, qui a souhaité à travers cette prise de parole dissiper les incertitudes sur son départ à l’échéance de son mandat. En revanche, rien n’est clair sur la tenue avant ou après le 2 avril de la présidentielle.

Concrètement, le président Sall (que le Conseil constitutionnel a chargé, il y a tout juste une semaine, d’organiser au plus vite les élections qu’il a lui-même annulées) veut désormais se décharger de cette lourde responsabilité, et que la date de l’élection soit fixée après la tenue d’un dialogue avec l’ensemble des acteurs politiques du pays, les candidats retenus, mais aussi ceux qui ont été exclus de la course à la présidentielle, les partis politiques et les acteurs de la société civile. Un dialogue de deux jours qui s’ouvre lundi prochain. Les participants devront se mettre d’accord sur « une date et la période de transition après le 2 avril », a dit le président. Tout en estimant que le pays ne peut pas rester sans président de la République, Macky Sall a ajouté que « le dialogue devra trancher et faire une proposition. Si un consensus peut être obtenu sur la suite, c’est souhaitable. Je souhaite que les acteurs qui doivent venir autour de moi vont regarder l’intérêt supérieur de la nation », a-t-il expliqué, souhaitant que tout se déroule avant le mois de juin et le début de l’hivernage. S’il n’y a pas de consensus, ce sera au Conseil constitutionnel de trancher. Macky Sall ne ferme d’ailleurs pas non plus la porte à la possibilité d’assurer l’intérim. L’article 36 de la Constitution sénégalaise l’y autorise, puisqu’elle stipule que le président de la République en exercice reste en fonction jusqu’à l’installation de son successeur.

Pas d’objection à la libération d’Ousmane Sonko

Autre sujet sensible sur lequel le chef de l’État sénégalais s’est positionné : celui de ses adversaires politiques. « Oui, dans le cadre du dialogue et du besoin d’apaisement, j’ai indiqué à mon gouvernement la nécessité de prendre des dispositions pour faciliter la libération d’un certain nombre de détenus », a-t-il déclaré. Ces délibérations pourraient concerner l’opposant numéro un du pays, Ousmane Sonko, mais aussi le candidat de l’ex-Pastef, validé pour participer à la présidentielle, Bassirou Diome Faye en détention provisoire. « Je n’ai aucune objection, a dit Macky Sall. Ma responsabilité, c’est d’être le garant de l’unité nationale. »

Fin de non-recevoir

Si une libération du principal opposant au pouvoir peut intervenir durant le week-end en vue de sa participation au dialogue que le chef de l’État a convoqué, vendredi, c’est une fin de non-recevoir qu’ont émis plusieurs candidats à l’élection et un collectif citoyen. « Nous nous opposons à tout dialogue sur cette question et nous exigeons qu’une date soit prise avant le 2 avril », a dit devant la presse Boubacar Camara, membre d’un collectif de 16 candidats parmi les premiers à être reçus par le président Macky Sall. De son côté, Aar Sunu Élection (« Préservons notre élection »), qui réunit des dizaines d’organisations de la société civile, a qualifié le dialogue de « tentative de diversion », qu’il a jugée « inacceptable » dans un communiqué. Il exige que l’élection ait lieu avant le 2 avril et l’expiration officielle du mandat du président Sall.


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