Y a-t-il un professeur, à un moment précis pendant votre parcours scolaire, qui vous a marqué et qui a été déterminant dans votre parcours pour devenir la personne que vous êtes aujourd’hui? C’est autour de cette question que se sont confiés des enseignants du Cégep de Rimouski et du Collège La Sainte-Famille des Gonaïves, en Haïti, dans le cadre du livre La relation qui transforme, écrit en collaboration entre les deux établissements.
Il n’existe pas de façon officielle pour apprendre
, écrit Jean Noé Alcéus qui a codirigé l’ouvrage avec Annie-Claude Prud’homme, conseillère aux affaires éducatives de la Fédération des cégeps rattachée au Cégep de Rimouski. L’apprentissage peut se faire à l’école, à la maison avec la famille et même dans les rues. Je comprends qu’on peut apprendre n’importe où, n’importe quand
, ajoute-t-il.
C’est ce que démontre l’ouvrage La relation qui transforme : récits d’expérience et dialogues pédagogiques entre enseignant·e·s d’Haïti et du Québec. Les façons d’apprendre sont aussi différentes que les individus et les contextes dans lesquels ils apprennent.
Les enseignants du Collège Sainte-Famille ayant partagé leur expérience dans le cadre du projet (de gauche à droite) : Magnès Cossier, Jean Noé Alcéus, Nicole Narcisse, Jean Bien-Aimé, Lysias Cossier, Francesca Auguste et Fabius Permélus.
Photo : Gracieuseté d’Annie-Claude Prud’homme
En Haïti, par exemple, les dernières années scolaires ont été ponctuées de congés forcés en raison des perturbations sociopolitiques. Les écoles sont ouvertes sporadiquement, mais même quand elles le sont, les enfants n’y sont pas toujours. Feux, tirs, barricades, les obstacles aux apprentissages sont nombreux dans un pays en crise.
On essaie de reprendre, mais les parents gardent les enfants. Ils ont peur d’envoyer les enfants à l’école
, raconte Jean Noé Alcéus.
Pourtant, les enseignants haïtiens – qui décrivent souvent leur profession comme un sacerdoce
, une vocation presque sacrée – s’adaptent, interrompent leurs activités lorsque nécessaire et tentent parfois de rencontrer leurs élèves par petits groupes pour leur permettre de poursuivre leurs apprentissages.
Le contexte est bien différent au Québec, et pourtant, plusieurs rapprochements sont à faire.
Ce que nous avons compris, c’est que l’enseignement est le même partout, même si les conditions peuvent ne pas être les mêmes.
Ainsi, l’enseignement, c’est avant tout la relation qui unit un professeur et son élève, ajoute Annie-Claude Prud’homme, qui a été l’instigatrice du projet.
L’importance de la relation, de toutes les valeurs qu’on peut communiquer quand on enseigne, au-delà du contenu du cours, je dirais que c’est le principal point de rencontre qu’on a pu observer
, dit celle qui a recueilli les témoignages de 14 professeurs des Gonaïves et de Rimouski.
Une riche rencontre interculturelle
En des temps un peu plus calmes, en 2018, une délégation de professeurs du Cégep de Rimouski s’est rendue en Haïti pour échanger sur les pratiques d’enseignement. C’est de cette rencontre qu’a émergé le projet d’écrire le livre qui a été lancé vendredi à Rimouski dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs.

Conversation pédagogique lors d’un atelier de formation offert aux enseignantes et enseignants du secondaire par Annie-Claude Prud’homme au Collège La Sainte-Famille, en 2018.
Photo : Daniel Bénéteau
Il y a plusieurs profs qui nous ont parlé d’apprentissages qu’ils ont faits par eux-mêmes, mais à un moment donné ou un autre, il y a quelqu’un qui a été significatif dans leur vie. […] Parce qu’on sait que l’apprentissage, ça se fait souvent avec un petit moment d’inconfort, on n’est pas certain d’être capable de le faire, mais on ose faire le pas de plus
, rappelle Annie-Claude Prud’homme.
Ce pas de plus, il a également été fait entre les professeurs du Québec et d’Haïti.
Dans ces échanges interculturels, nous avons appris des profs du Québec et ils, elles ont appris de nous
, affirme Jean Noé Alcéus.
Dans les mois qui ont suivi ce voyage, le dialogue s’est poursuivi, à distance, entre les professeurs des deux pays.

Les enseignants du Cégep de Rimouski qui ont participé au projet (de gauche à droite) : David Pelletier, Gina Lévesque, Hélène Rhéaume, Mélanie Arseneault, Nathalie Poirier et Caroline Dupont. (Barbara Hébert, qui a aussi participé au projet, est absente de la photo)
Photo : Gracieuseté d’Annie-Claude Prud’homme
Malgré les conditions différentes dans lesquelles les enseignants exercent leur métier, ces échanges ont mis en lumière que le véritable défi des professeurs et des élèves, qu’ils soient à Rimouski ou aux Gonaïves, c’est de s’ouvrir à l’autre, de transcender les inégalités et d’entrer en relation pour enseigner et apprendre.
Et pour tous les amoureux de l’enseignement et de la pédagogie, le livre La relation qui transforme est disponible gratuitement, en ligne, sur le site des Éditions sciences et bien commun.
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