Sénégal : un forum, convoqué par Macky Sall, prône une présidentielle après le 2 avril

Un forum convoqué par le chef de l’État sénégalais a abouti mardi à un « large consensus » sur le fait que la présidentielle ne pouvait pas avoir lieu avant la fin du mandat de Macky Sall le 2 avril et qu’il devait rester en poste jusqu’à l’installation de son successeur, ont indiqué de nombreux participants à l’AFP.

Ces conclusions vont diamétralement à l’encontre des demandes de l’opposition et d’une partie de la société civile, qui forment un large front pour réclamer que la présidentielle qui devait avoir lieu dimanche dernier se tienne avant le 2 avril.

Ces acteurs ont boycotté le « dialogue national » organisé lundi et mardi par le président dans la ville nouvelle de Diamniadio pour tenter de trouver un accord sur la date de l’élection et sortir le pays réputé comme l’un des plus stables d’Afrique de l’Ouest de l’une des plus graves crises qu’il ait traversées depuis des décennies.

Vers une élection en juillet ?

Les travaux d’une commission sur la date ont débouché sur le constat quasiment partagé par tous que le scrutin ne pouvait avoir lieu avant le 2 avril, ont dit quatre participants. Six participants à une autre commission, sur l’organisation de l’après-2 avril, ont eux aussi fait état d’un « large consensus », cette fois sur le fait que Macky Sall, élu en 2012 et réélu en 2019 mais non candidat en 2024, devait rester dans ses fonctions jusqu’à l’investiture de son successeur.

Des participants ont proposé que l’élection ait lieu en juillet, ont dit les mêmes sources à l’AFP. Elles rendaient compte de la teneur des discussions, non du contenu d’un document écrit dont personne n’a précisé s’il avait été mis en forme.

Les deux commissions sont censées livrer leurs conclusions au chef de l’État. Aucune indication n’a été fournie sur le moment où celui-ci se prononcerait. Le président sénégalais avait dit la semaine passée qu’en cas de consensus, il prendrait « immédiatement » le décret de convocation des électeurs. Lundi, il avait évoqué le début de la saison des pluies en juin/juillet, mentionnant plusieurs facteurs qui compliqueraient une tenue rapide du scrutin. À commencer par le Ramadan, début mars.

Questions constitutionnelles à venir

Le président sénégalais dit à plusieurs reprises ces derniers jours qu’il partirait le 2 avril. Mais il a ouvert la voie à une prolongation lundi soir en déclarant être prêt « à rester encore même si ce n’est pas mon choix (…) parce que je suis pressé d’en finir et de partir ».

Si elles sont endossées par le chef de l’État, les préconisations du « dialogue » s’annoncent comme des motifs de grande irritation pour le front qui s’est constitué depuis que Macky Sall a décrété le 3 février un report de dernière minute, provoquant une onde de choc. Des manifestations, réprimées, ont fait quatre morts et donné lieu à des dizaines d’interpellations.

Le 15 février, le Conseil constitutionnel a mis son veto au report. Une éventuelle prolongation du mandat de Macky Sall risque de soulever des questions constitutionnelles : le Conseil avait écrit qu’il devait partir le 2 avril.

Macky Sall joue-t-il la montre ?

Le front anti-report soupçonne le président de jouer la montre, soit pour avantager son camp parce que les choses se présenteraient mal pour lui à la présidentielle, soit pour s’accrocher au pouvoir au-delà de la fin de son mandat.

Dix-sept des 19 candidats retenus en janvier par le Conseil constitutionnel ont boycotté le « dialogue national ». Ils s’inquiètent aussi que le « dialogue » serve à reprendre à zéro la validation des candidatures.

Amar Thioune et Mamadou Lamine Mané, deux membres d’une des commissions, ont rapporté une large convergence sur une « réouverture partielle de la liste des candidats ».

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