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La scène se déroule début août 1943, dans une salle de bains du transatlantique Queen Mary. Assemblés devant une baignoire, de nombreux officiers alliés, Lord Mountbatten qui est la tête pensante de tout ce qui a trait au Débarquement, et Churchill.
Une excellente recrue
Assis sur le rebord de la baignoire, un officier provoque des vaguelettes à la surface de l’eau, tandis qu’à l’autre bout de la baignoire, un civil, le seul présent dans la pièce, dispose sur l’eau des petits bateaux en papier. Quand les vaguelettes atteignent les bateaux, ceux-ci coulent irrémédiablement.
2e phase de la démonstration. L’officier fait toujours des vaguelettes, mais le civil a posé à la surface de l’eau une ceinture de sauvetage gonflable, plus connue sous le nom de Mae West (du nom de l’actrice américaine de l’époque, célèbre pour sa poitrine généreuse…).
Quand les vaguelettes se heurtent à la Mae West, les bateaux en papier restent tranquillement à l’abri du clapot, derrière le barrage que forme la ceinture de sauvetage.
« Messieurs, voilà ce que c’est qu’un port artificiel », annonce le civil : John Desmond Bernal, spécialiste de biologie moléculaire, mais ayant aussi quelques connaissances et compétences en matière de physique, de chimie ou encore de mathématiques…
Prof d’université, il est aussi depuis 1942 le conseiller scientifique de Mountbatten, qui a enrôlé là une excellente recrue.
« La démonstration de Bernal a rendu Churchill plus enthousiaste que jamais »
Au sortir de la salle de bains du Queen Mary, Mountbatten écrit : « Il ne fait aucun doute que la démonstration de Bernal, associée à un exposé extrêmement convaincant, a levé les réticences de l’ensemble des chefs d’état-major, et a rendu Churchill plus enthousiaste que jamais ».
Quelques jours plus tard, à la conférence de Québec, Churchill et Roosevelt valident définitivement l’idée : les Alliés débarqueront en Normandie, entre autres raisons parce qu’ils savent pouvoir compter sur des ports artificiels.
Géologie, bathymétrie, météorologie
L’anecdote est significative d’un fait : pour mettre toutes les chances de leur côté, les Alliés préparant le Débarquement ont systématiquement eu recours à la science et à la technologie.
Comment savoir si les plages normandes sont les plus aptes à accueillir un débarquement ? On consulte les géologues qui analysent le sable et ses capacités de portance, repèrent les zones de tourbières, pour indiquer à quels endroits précis les blindés pourront débarquer sans risquer de s’enliser.
Une inconnue essentielle – la météo – tient le destin du Débarquement entre ses mains presque jusqu’au dernier moment ? Les Alliés vont faire en sorte de conjurer le sort rationnellement, en s’équipant de stations météo performantes, et en organisant le travail des météorologues de manière raisonnée : pour la première fois, un seul service regroupe les prévisionnistes des 3 armes.
Et on sait que c’est grâce aux ultimes prévisions de ce service qu’Eisenhower décide de déclencher Overlord à l’aube du 5 juin… quand les Allemands pensent au contraire que la tempête va durer et empêcher toute tentative de débarquement.
L’idée géniale du pont Bailey
A la technologie et à la rationalité, les Alliés ajoutent encore le pragmatisme : le meilleur exemple en la matière, c’est l’idée géniale du pont Bailey, développée par un officier du génie britannique. Un pont facile à construire, transporter et assembler, par quelques hommes, sans l’aide d’aucun matériel spécifique, et d’une solidité à toute épreuve.
Et enfin, il y a toutes les fois où rien ne marche, et où il faut s’en remettre au « bricolage ». Rien de scientifique ou de technologique, mais une simple idée sortie d’un cerveau en ébullition.
Comme celle qui jaillit dans la tête du sergent Culin à la mi-juillet 44, et qui permet aux Américains de sortir du bocage manchois : il suffisait d’y penser…
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