Un titre olympique, ça change la vie. Même un peu plus quand on vient de Côte d’Ivoire, un pays dont la seule médaille remonte aux Jeux de Los Angeles 1984. Gabriel Tiacoh s’était alors classé 2e du 400 mètres. Trente-deux ans plus tard, le vendredi 19 août 2016 a des allures de fête nationale. Cheick Cissé, 23 ans, devient le premier champion olympique de l’histoire de la Côte d’Ivoire au terme d’une finale (-80 kg) sous haute tension.
Mené au score dans les ultimes secondes face à son adversaire britannique, le natif de Bouaké décroche un coup de pied arrière circulaire aussi spectaculaire que fulgurant qui lui donne la victoire sur le gong. La Carioca Arena 3 chavire sous l’exploit de l’Ivoirien qui, extatique, entame un tour d’honneur, jette en l’air son masque de protection et regagne le tatami pour s’étendre, les bras en croix, drapé du pavillon tricolore. Cheick Cissé devient alors « Polozo », l’Homme de Rio. Champion de taekwondo et héros national.
« Quand je suis rentré à Abidjan, j’ai réellement mesuré l’impact de ma victoire. Toute la Côte d’Ivoire avait fait le déplacement pour m’accueillir. À l’aéroport et dans les rues, il y avait des Ivoiriens à perte de vue. J’ai ensuite été reçu au palais présidentiel à l’occasion d’une cérémonie dédiée : tout le gouvernement était là et je me suis même entretenu avec le président Alassane Ouattara. À cet instant, j’ai compris que je passais dans une autre dimension et que plus rien ne serait comme avant », se rappelle Cheick Cissé. Portée en triomphe par tout un peuple, la nouvelle coqueluche nationale passe d’un monde à l’autre.
Fini le temps des nuits passées à dormir dans le bureau de son père pour arriver à l’heure aux entraînements. Fini le temps de la pratique dans des conditions spartiates, sans protection et parfois à même le sol. Désormais place aux sponsors et aux stages à l’étranger, en Espagne notamment, à la rencontre des meilleurs mondiaux. Dans le même temps, « Polozo » découvre les affres de la célébrité. « D’une certaine façon, je suis devenu un produit. Il faut répondre aux sollicitations, tout le monde veut te voir. C’est un honneur mais il m’a fallu m’adapter et me professionnaliser pour pouvoir assumer mon nouveau statut et rester performant », tempère le champion ivoirien.
Car aujourd’hui, Cheick Cissé est un personnage public qui ne peut plus se promener incognito dans les rues d’Abidjan sans être démasqué par la foule : « Je dois porter lunettes, casquettes et cache-nez. Et malgré cela, on me reconnaît. » Emploi du temps millimétré, chacune de ses apparitions se prépare et nécessite une organisation en amont. En tout, près d’une demi-douzaine de personnes – équipe juridique, vidéaste, photographe, directeur artistique, secrétaire etc. – collaborent avec le champion aux multiples casquettes. Coprésident du comité des athlètes au sein de la Fédération internationale de taekwondo, titulaire d’un MBA en gestion d’entreprise, auteur d’une biographie prête à être publiée, Cheick Cissé, qui briguera une place au sein de la commission des athlètes du CIO à l’issue des Jeux de Paris, prend la mesure de son statut et projette sur son après carrière. « Même si je n’ai pas d’aspirations politiques, le parcours d’Alassane Ouattara m’inspire beaucoup. »
Pour l’heure, il souhaite mettre sa notoriété à contribution pour aider au développement de sa discipline, à la valorisation des carrières des sportifs et à l’accompagnement de la jeunesse : « Je ne viens pas d’une famille riche. Je sais ce que les jeunes traversent et c’est primordial à mes yeux de transmettre et les aider à réaliser leurs rêves. » Et ça marche. Sous son impulsion, le taekwondo est devenu le deuxième sport de Côte d’Ivoire derrière le football, avec 50 000 licenciés, soit autant qu’en France.
À 30 ans, « Polozo » a changé de catégorie de poids. Désormais chez les lourds, il vient de remporter le titre de champion du monde 2023. À l’heure d’aborder Paris 2024, Cheick Cissé affiche une forme étincelante et vise l’or même s’il « respecte le sport et une médaille serait déjà bien ». L’Ivoirien veut remonter sur la boîte après son élimination en huitièmes de finale de Jeux de Tokyo. « L’histoire serait belle mais ça montrerait surtout aux jeunes que c’est important de persévérer après un échec. »
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.