Réveil Courrier du 2 mars 2024

“Le Kenya et Haïti ont officialisé, vendredi 1er mars 2024, le déploiement de 1 000 policiers kényans en Haïti”, rapporte Le Nouvelliste.

“L’accord de réciprocité, requis par un tribunal de Nairobi en janvier dernier, a été paraphé [à Nairobi] par le secrétaire du Cabinet de l’Intérieur Kithure Kindiki et le ministre haïtien James P. Cadet, en présence du président kényan William Ruto, et du Premier ministre haïtien Ariel Henry”, précise le quotidien de Port-au-Prince.

Haïti avait lancé “un premier appel à l’aide en 2022, alors que la violence des gangs explosait” dans l’île, rappelle le média kényan Nation. “Aucun pays n’était alors prêt à prendre la tête de la mission sécuritaire”. Mais en juillet dernier, le président Ruto “a annoncé qu’il était disposé à envoyer la police kényane pour endiguer la crise”, et s’est porté volontaire pour piloter une force multinationale.

En octobre, les Nations unies ont donné leur feu vert au déploiement d’une telle force, également soutenus par les États-Unis, qui ont écarté tout envoi de troupes américaines mais accepté de financer une partie de son déploiement. Cinq pays ont accepté de se joindre à la mission de 2 500 à 2 600 hommes : le Bénin, les Bahamas, le Bangladesh, la Barbade et le Tchad.

Cependant, en janvier dernier, la justice kényane – saisie par l’opposant Ekuru Aukot – “avait bloqué le projet, jugeant que le gouvernement n’avait pas le pouvoir de déployer des policiers dans d’autres pays sans accord de réciprocité”, souligne la BBC.

“Devoir historique”

Selon Al-Jazeera, le président Ruto et le Premier ministre haïtien Ariel Henry ont discuté vendredi “des prochaines étapes pour permettre l’accélération du déploiement”, mais la chaîne qatarie observe qu’on ignore encore si l’accord “va à l’encontre” de la décision de justice, ou s’il remplit bel et bien les conditions de réciprocité réclamées par le tribunal.

M. Aukot, toujours opposé au déploiement, a déclaré vendredi à l’AFP qu’il allait porter plainte pour “outrage au tribunal”.

“Les avantages pour le Kenya de diriger une mission de sécurité en Haïti, l’un des pays les plus violents et chaotiques du monde, ne sont pas clairs”, juge le New York Times. “La police du Kenya a un piètre bilan en matière de droits humains et le pays est confronté à des défis de sécurité majeurs à ses propres frontières, notamment avec des pays comme la Somalie et l’Éthiopie”.

“Mais dans une déclaration accompagnant l’annonce de vendredi, M. Ruto a insisté sur le fait que son pays avait ‘un devoir historique’ d’aller de l’avant parce que ‘la paix en Haïti est bonne pour le monde dans son ensemble’”, ajoute le quotidien américain.

Haïti, le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, “est en proie à des troubles depuis des années”, remarque Al-Jazeera. Des gangs armés “d’une violence débridée” ont pris le contrôle de zones entières du pays, et “l’économie et le système de santé publique sont lambeaux”.

“Appels à la révolution”

De fait, pendant que M. Henry était à Nairobi pour boucler l’accord avec le Kenya, “la capitale haïtienne Port-au-Prince était secouée par des violences meurtrières liées aux gangs, obligeant entreprises et écoles à fermer leurs portes” et les compagnies aériennes à “annuler des vols”, relève la chaîne qatarie.

“Appelant à la révolution et à un changement de régime, les groupes armés tentent de renverser le gouvernement de facto du Premier ministre Ariel Henry et de prendre le contrôle du pays”, et d’“empêcher” le chef du gouvernement de “revenir de Nairobi”, analyse Haïti Liberté.

Il n’y a actuellement “aucun dirigeant élu en Haïti, M. Henry ayant prêté serment comme Premier ministre avec le soutien de la communauté internationale peu après l’assassinat du président Jovenel Moise en juillet 2021”, observe Al-Jazeera. “Selon les termes d’un accord politique, le Premier ministre était censé remettre le pouvoir à des dirigeants élus avant le 7 février dernier”, mais cela ne s’est pas produit.

Vendredi, devant des étudiants à Nairobi, le Premier ministre haïtien a pourtant “réitéré son engagement à organiser des élections”, observe Africanews.

La violence reste pour lui l’obstacle essentiel à l’organisation d’un quelconque scrutin, mais il a appelé à des élections “le plus tôt possible”. “Nous avons besoin d’élections pour stabiliser le pays” et d’une “gouvernance démocratique pour que les gens viennent investir en Haïti”, a-t-il déclaré.

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