« La situation est critique » : un chef de gang menace Haïti de guerre civile, le pays en crise

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Le conseil de sécurité de l’Onu, l’Organisation des Nations Unies, s’est inquiété mercredi 6 mars 2024 de la situation « critique » en Haïti, où un chef de gang, Jimmy Chérizier, a menacé de déclencher une « guerre civile » si le Premier ministre, Ariel Henry, de plus en plus sous pression, ne démissionnait pas.

Mardi, cet ancien policier de 46 ans, surnommé « Barbecue », avait affirmé que si Ariel Henry ne démissionnait pas et si la communauté internationale continuait de le soutenir, le pays allait « tout droit vers une guerre civile qui conduira à un génocide ». 

Soit Haïti devient un paradis pour nous tous, soit un enfer pour nous tous.

Le chef de gang, Jimmy Chérizier

Des milliers de détenus s’évadent des prisons 

Les bandes criminelles, qui contrôlent la majeure partie de la capitale Port-au-Prince ainsi que les routes menant au reste du territoire, s’en prennent ces derniers jours à des sites stratégiques de ce pays pauvre des Caraïbes, dont plusieurs prisons d’où ont pu s’évader des milliers de détenus.

Des vendeurs de rue quittent un quartier de Port-au-Prince après avoir entendu des échanges de tirs entre des gangs et la police, le 6 mars 2024, en Haïti. (©AFP/clarens SIFFROY)

Face à cette escalade, le conseil de sécurité de l’ONU s’était ainsi réuni en urgence ce mercredi.

« La situation est critique », avait commenté après la réunion l’ambassadeur d’Équateur, José Javier De la Gasca Lopez Dominguez.

Des milliers d’habitants tentent de fuir 

En plein état d’urgence et couvre-feu nocturne, alors que les administrations et les écoles restent fermées, beaucoup d’habitants tentent de fuir les violences avec leurs peu d’affaires sous le bras, les autres ne s’aventurant dehors que pour acheter l’essentiel.

L’escalade de ces derniers jours a forcé 15 000 personnes à fuir leur domicile à Port-au-Prince, selon l’ONU qui a commencé à leur distribuer nourriture et produits de première nécessité. Mercredi soir, des membres des forces de l’ordre lourdement armés montaient la garde autour des lieux stratégiques de Port-au-Prince.

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Nous n’avons pas d’autorités, pas de dirigeants, nous n’avons personne, nous n’avons rien (…) C’est chacun pour soi.

Linda Antoine, une commerçante de la ville à l’AFP

L’association des hôpitaux privés d’Haïti a elle lancé un appel à l’aide face à une « situation critique » marquée par « une pénurie sévère d’intrants médicaux essentiels, de carburant et d’oxygène », des attaques contre plusieurs établissements et les risques encourus par le personnel médical pour aller travailler.

Un pays sans président ni Parlement qui n’a connu aucune élection depuis 2016

Les groupes armés disent vouloir renverser le Premier ministre nommé par le président Jovenel Moïse juste avant son assassinat en 2021, et qui aurait dû quitter ses fonctions début février. Le pays, actuellement sans président ni Parlement, n’a connu aucune élection depuis 2016.

Haïti: les gangs à Port-au-Prince.
Les gangs à Port-au-Prince. (©AFP/Guillermo RIVAS PACHECO, Jean-Michel CORNU, Valentin RAKOVSKY)

« Malgré de nombreuses réunions, nous n’avons pas pu trouver de consensus entre le gouvernement et les divers acteurs de l’opposition, le secteur privé, la société civile et les organisations religieuses », a déploré ce mercredi le président du Guyana Mohamed Irfaan Ali, qui assure la présidence tournante de la Communauté des Caraïbes (Caricom).

À Washington, la diplomatie américaine presse Ariel Henry d’« accélérer la transition » vers des « élections libres et équitables » et réclame des « concessions dans l’intérêt du peuple haïtien ». Pour autant, « nous ne poussons absolument pas le Premier ministre à démissionner », a fait savoir la Maison-Blanche.

N’ayant pas pu retourner en Haïti, Ariel Henry a atterri mardi soir à Porto Rico, de retour du Kenya, où il a tenté de mettre enfin sur les rails une force multinationale d’aide à la police déplacée.

5,5 millions d’Haïtiens ont besoin d’assistance humanitaire

En raison des violences, de la crise politique et d’années de sécheresse, 5,5 millions d’Haïtiens, soit près de la moitié de la population, ont besoin d’assistance humanitaire. Mais l’appel aux dons de l’Onu – 674 millions de dollars pour 2024 – n’est financé qu’à 2,5 %.

Après des mois de tergiversations, le Conseil de sécurité avait donné en octobre son accord pour l’envoi d’une mission multinationale menée par le Kenya qui veut dépêcher 1000 policiers. Mais son déploiement est retardé par la justice kényane et un manque criant de financements. Nairobi et Port-au-Prince ont signé vendredi un accord bilatéral mais aucune date n’est avancée pour l’arrivée de la mission.

Un véhicule de police en patrouille à Port-au-Prince, le 6 mars 2024 en Haïti.
Un véhicule de police en patrouille à Port-au-Prince, le 6 mars 2024 en Haïti. (©AFP/clarens SIFFROY)

Fin février, cinq autres pays ont notifié leur intention de participer à la mission dans un pays miné par les enlèvements, les snipers sur les toits, les violences sexuelles utilisées pour installer la peur…

Début janvier, le chef de l’Onu Antonio Guterres s’était dit « consterné » par le « niveau stupéfiant » de la violence des gangs, le nombre d’homicides ayant plus que doublé en 2023, avec près de 5 000 personnes tuées, dont 2 700 civils.

AFP

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