La crise en Haïti pousse des milliers d’Haïtiens à tenter de fuir en République dominicaine

« Ils sont comme des animaux », dit avec dédain, en désignant les Haïtiens, un agent chargé de surveiller un des portails de la frontière entre la République dominicaine et Haïti, les deux pays qui se partagent l’île caribéenne d’Hispaniola. En ce début mars, des milliers d’Haïtiens se pressent à Ouanaminthe (nord-est), attendant l’occasion de se faufiler dans le pays voisin, vers la ville de Dajabon. La plupart d’entre eux ont renoncé à demander un visa. Certains passent en soudoyant la police des frontières, d’autres tentent leur chance en profitant d’un moment d’inattention. S’ils sont pris, ils sont immédiatement frappés avec un bâton ou repoussés à l’aide de pistolets électriques.

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La frontière haïtiano-dominicaine traverse l’une des crises les plus graves des dernières décennies. La violence des gangs dans le sud d’Haïti, et plus particulièrement dans la capitale, Port-au-Prince, a provoqué le déplacement interne de près de 200 000 personnes en 2023 – et de 15 000 autre pour la dernière semaine de février.

Le 2 mars, lors d’une série d’attaques sans précédent par des groupes armés, plus de 3 000 détenus de la prison de la capitale ont été libérés. Les policiers qui gardaient les lieux n’ont pu repousser l’assaut et, selon des sources à Port-au-Prince, nombre d’entre eux ont fui face à l’imminence d’une attaque de l’établissement. Cette situation, couplée à plusieurs jours de violence intense, à l’attaque de l’aéroport international et aux manifestations agressives de chefs de gangs, a entraîné une augmentation considérable des flux migratoires.

« L’armée et la police font payer le laissez-passer »

Ce lundi 4 mars, comme tous les jours à Dajabon, des camions chargés d’Haïtiens, que les autorités migratoires dominicaines ont capturés dans différentes parties du pays, arrivent toutes les deux heures. Les camions sont équipés de cages métalliques dans lesquelles sont entassées une centaine de personnes. Selon le Centre Montalvo, un groupe de réflexion lié à l’Eglise catholique, au moins 1 000 personnes sont expulsées chaque jour. Un agent des services des migrations qui a demandé à ne pas être identifié confirme ce chiffre et affirme que les capacités de l’Etat dominicain à les expulser sont débordées.

Des soldats dominicains et des Haïtiens à la frontière entre Dajabon (République dominicaine) et Ouanaminthe (Haïti), le 7 mars 2024.

Le mécanisme d’expulsion est simple : les camions reculent jusqu’à ce qu’ils se trouvent à moins de 3 mètres du portail frontalier, où des agents de police rassemblent les migrants en les frappant ou en leur administrant des décharges électriques afin qu’ils retournent en Haïti. De l’autre côté, des dizaines de personnes attendent l’occasion de se faufiler vers la République dominicaine. Les autorités sont en alerte depuis l’évasion carcérale du 2 mars, explique l’officier Bueno, responsable de la sécurité au pont qui traverse la rivière du Massacre (appelée rio Dajabon par les Dominicains), qui marque la frontière entre les deux pays.

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