Le cerveau, champ de bataille du XXIe siècle ? Avec « Technopolitique », essai coup de poing sous-titré « Comment la technologie fait de nous des soldats », Asma Mhalla, dresse un état des lieux des forces en présence. Faisant sienne cette intuition du bioéthicien américain James Giordano, aux États-Unis, cette chercheuse attachée au laboratoire…
Le cerveau, champ de bataille du XXIe siècle ? Avec « Technopolitique », essai coup de poing sous-titré « Comment la technologie fait de nous des soldats », Asma Mhalla, dresse un état des lieux des forces en présence. Faisant sienne cette intuition du bioéthicien américain James Giordano, aux États-Unis, cette chercheuse attachée au laboratoire d’anthropologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) analyse les bouleversements induits par le développement des « technologies de l’hypervitesse », par des entreprises transnationales à l’agenda trouble. Et anticipe un choc sur nos démocraties, à la rigidité héritée du XXe siècle.
Asma Mhalla met en exergue une atomisation de nos sociétés, une prise de pouvoir à bas bruit de fond sur nos usages par des entreprises « tout sauf neutres », chacune affichant sa capacité à influencer directement et individuellement les usagers. Un accès privilégié ouvrant à une « militarisation de l’individu », via une hyperpersonnalisation des contenus à grande échelle.
« Technologie totale »
Là où le philosophe Éric Sadin dénonce la marchandisation de l’individu via les nouvelles technologies, Asma Mhalla alerte, elle, sur les dangers d’une guerre asymétrique aux enjeux idéologiques et géopolitiques majeurs, dont le scandale Facebook-Cambridge Analytica ou les ingérences russes en France ne sont que la partie visible. Et appelle à une réaction politique, actant l’obsolescence de la démocratie de masse telle que définie au siècle dernier, au profit d’un modèle hybride « symbiotique », aux mécanismes plus fluides.
https://www.youtube.com/watch?v=m8Pac9O133M
Dans le collimateur d’Asma Mhalla, les « Big tech », au premier rang desquelles les ex-Gafam, aujourd’hui Alphabet (Google), Amazon, Meta (Facebook), Apple ou Microsoft, entreprises globalisantes au développement exponentiel, au « projet systémique » que l’autrice désigne sous le terme de « technologie totale ». La chercheuse, à ce titre, s’intéresse particulièrement à la personnalité « ambivalente » d’Elon Musk (X/ex-Twitter, satellites Starlink, implants Neuralink, voitures électriques Tesla, SpaceX et ses lanceurs spatiaux), à ses interactions avec le pouvoir américain, dans un rapport de codépendance, interrogeant son poids dans l’arène géopolitique – notamment en Ukraine – mais aussi son rôle dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.
Enjeu démocratique
Elle ne néglige pas pour autant des acteurs plus discrets, comme l’entrepreneur libertarien Peter Thiel, ex-patron de PayPal, aujourd’hui à la tête de Palantir technologies, entreprise spécialisée dans l’analyse de donnée et l’aide à la décision, qui propose ses services aux états ou à leurs services de sécurité. Une société aux intérêts proches d’Anduril industries, spécialisée dans les technologies militaires, autant de références au « Seigneur des anneaux » que les connaisseurs apprécieront. Face au spectre d’une « hyperguerre », elle interroge la capacité des démocraties à se réinventer, à offrir un nouveau récit qui ne soit pas le décalque du narratif des chantres de la Silicon Valley.
« Technopolitique », d’Amsa Mhalla, éd. Seuil. 288 p., 19,90 €.
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