Une bonne heure d’entretien passée à balayer l’actualité du ballon rond sans détour. Soixante délicieuses minutes pour évoquer son rôle de conseiller de la présidence à l’OL, son regard sur la saison de Monaco, son sentiment sur la fin de l’aventure de Kylian Mbappé au PSG et à, l’arrivée, une dernière question: Sonny Anderson se sent-il finalement plus français que brésilien. « Je rêve en français », nous répond celui qui a évolué huit saisons sur les pelouses de notre championnat, au point d’en faire son jardin. Oui, celui qui a claqué près de deux cents buts en Ligue 1 rêve donc dans notre langue. Et au milieu de ses songes, nul doute que le triple champion de France, sacré à deux reprises avec Lyon et une fois avec Monaco, rêve de terrain. Un terrain qui lui manque et que ‘‘Sonnygoal’’, écarté de son rôle de conseiller du président de l’OL par John Textor, se dit prêt à retrouver pour un nouveau challenge. Peut-être du côté de la Principauté…
Sonny, qu’en est-il de votre rôle à l’OL? Jean-Michel Aulas vous avait nommé comme conseiller sportif de la présidence, voici tout juste un an, son successeur à la tête de l’OL, John Textor vous a confirmé à ce poste en mai dernier, mais des rumeurs font état d’une mise à l’écart…
J’ai un contrat qui va jusqu’au 30 juin. Mais le club a décidé de ne pas continuer avec moi pour l’an prochain. Au départ, l’idée était de faire comme Bernard [Lacombe] faisait avec Jean-Michel Aulas. On avait des projets avec l’académie, la formation. Mais ça n’intéresse pas Textor. Et c’est bizarre à dire, mais je n’ai aucune mission, rien. Ça me convient pas du tout, car j’aurais voulu apporter autre chose au club. Mais c’est un choix de la direction, et il faut l’accepter.
Que ferez-vous après le 30 juin?
Je sais que je serai toujours à BeIN Sports. Ça fait onze ans que je suis chez eux, je m’y éclate et c’est ma priorité.
Reprendre un poste, dans un autre de vos anciens clubs, comme Monaco c’est une possibilité?
Je ne ferme jamais la porte. Je suis toujours attaché à Monaco et Marseille. Je vais souvent à Louis II et j’ai gardé beaucoup de contacts à l’ASM. Je les suis de près.
À Monaco des bruits courent autour d’une arrivée d’investisseurs étrangers…
On entend beaucoup de choses. Il faut faire attention à ce qui se dit. Se méfier des informations qui ne sont pas sûres. Mais il faut que ce club continue d’être un grand. Qu’il continue de jouer les premiers rôles.
Un rôle qu’il jouait à votre époque. Mais aujourd’hui, la priorité semble parfois se situer ailleurs, et notamment dans l’achat et la revente de joueurs…
L’époque a changé. À mon époque, il n’y avait que trois joueurs étrangers [avant l’arrêt Bosman du 15 décembre 1995]. Aujourd’hui, les joueurs peuvent aller où ils veulent et partent parfois très tôt.
Trop tôt?
On doit trouver une façon de protéger ces jeunes pour qu’ils fassent comme Mbappé qui a joué la Ligue des champions avec son club formateur. Ils partent tous trop vite, pensent à leurs garanties financières plus qu’aux titres. Le foot est parti dans ce sens-là. Aujourd’hui, la carrière passe après. Il faut pouvoir leur proposer quelque chose, mais c’est difficile de lutter contre l’argent.
Quel regard portez-vous sur la saison de Monaco?
C’est bien, même s’ils peuvent mieux faire. Notamment à Louis II. J’entends souvent que c’est une équipe jeune, mais il y a aussi des joueurs d’expérience. Et sur le match contre Paris [soldé sur un 0-0], ils auraient pu sortir avec une victoire. C’est un match qu’ils auraient dû gagner.
C’est aussi un match que Kylian Mbappé a quitté à la mi-temps, pour aller s’asseoir en tribunes. Qu’avez-vous pensé de son attitude?
Quand on est joueur, on n’a pas à faire des choses comme ça. Mais rentrer à la maison à la mi-temps, je l’ai fait, faire la gueule sur le banc je l’ai fait, on a tous fait des conneries. Mais comme c’est Mbappé, le capitaine de l’équipe de France, ça prend une proportion plus importante. Mais dans l’absolu, sa réaction est normale, c’est humain. On a tous fait des caprices. Je ne veux pas critiquer son attitude. Ceux qui critiquent ne comprennent pas.
On l’imagine difficilement agir ainsi avec le maillot du Real Madrid sur les épaules, non?
Le Real sera toujours plus fort que n’importe quel joueur.
Le PSG est-il trop faible? Il a semblé l’être devant Neymar ou Messi…
Aucun club aujourd’hui en France n’a une institution plus forte que ses joueurs. Vous savez, quand Neymar va au carnaval de Rio, ce n’est pas de sa faute. C’est la faute de son patron qui ne lui dit pas non. Lui, il a toujours vécu comme ça. Le Bayern a fait partir Mané après une brouille. Nous, on se bat avec des joueurs qui menacent de partir.
Luis Enrique donne l’impression de vouloir marquer son territoire et rappeler que le club est justement plus fort que les joueurs. Le comprenez-vous? Sortir son attaquant star à la mi-temps, à quatre jours d’un rendez-vous capital en Ligue des Champions, était-ce judicieux?
C’est son choix. Et on ne sait pas ce qui s’est passé à la mi-temps. On dit des choses sans savoir. Aucun coach ne se mettra un tel joueur à dos à l’approche d’un match si important.
Il fait parfois des choix surprenants, en plaçant par exemple le jeune Beraldo au poste d’arrière gauche, ou Soler à celui d’arrière droit. Certains le comparent au personnage de Disney, ‘‘Géo Trouvetout’’…
J’ai fréquenté Luis au Barça [ils ont évolué deux saisons ensemble à Barcelone] et il jouait partout. Je l’ai vu être performant arrière droit, ailier, avant centre. C’était l’un des joueurs les plus complets avec lesquels j’ai joués. Moi, je ne suis pas surpris par ses choix. Danilo était venu pour jouer en 6, et il est très bon dans l’axe, non?
Ses choix ne vous surprennent pas, mais étonnent les médias, avec lesquels il se montre souvent cassant…
Avoir du caractère, ce n’est pas être arrogant. Des gens disent que Titi [Thierry Henry, son ex-coéquipier à Monaco] est arrogant, mais il est juste sûr de lui. En France, on n’a pas l’habitude de ça. Luis Enrique a une grosse personnalité, il dit ce qu’il pense, il a des choix à faire, des décisions à prendre. Ce n’est pas de l’arrogance. Et puis son conflit avec la presse est aussi une façon de protéger son groupe. Comme Mourinho le fait depuis longtemps, avec des conférences de presse qui sont centrées autour de lui.
Ce rôle d’entraîneur, vous y avez déjà songé?
Oui, j’y ai pensé. Vous savez, j’ai vécu mes plus beaux moments avec Jérémie Bréchet [quand l’OL l’a placé dans le staff avec l’ancien défenseur, Rémy Vercoutre et Jean-François Vulliez, le temps d’un match face au Havre, le 17 septembre avant la signature de Fabio Grosso]. Le terrain me manque.
Vous seriez prêt à vous lancer si un club vous sollicitait?
S’il y a une possibilité, oui. Mais je ne ferai pas n’importe quoi. Les coaches ne sont pas du tout respectés. Lyon a vu passer quatre entraîneurs cette saison, Marseille, pareil. On ne leur laisse plus le temps. Au PSG, si tu ne gagnes pas la Ligue des champions, tu sors. Ils sont dans l’urgence et ça ne marche pas. Il faudrait un poste dans lequel je me sente à l’aise.
Un poste comme celui que vous avez occupé à Lyon quand vous étiez en charge des attaquants pourrait répondre à vos envies?
Oui, dans un staff, comme je l’ai fait à Lyon avec les attaquants, je pourrai me plaire.
À Monaco?
Si Monaco m’appelle, si Monaco a besoin de moi, oui.
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