En pleine guerre des gangs, Haïti a besoin du monde pour se relever de ce nouveau chaos. Jimmy Chérizier, le chef du gang le plus puissant de Port-au-Prince, le « G-9 », est surnommé « Barbecue ». Il brûlerait vivant ses ennemis. C’est lui qui met la capitale à feu à et à sang depuis le 5 mars 2024. Il pourrait laisser son pays K.-O. pour de bon.
Le sénateur de la Vienne Bruno Belin a tissé un lien ténu avec cet état francophone depuis qu’il a noué nombre d’accords de coopération avec le département de la Vienne dont il fut le président. Le parlementaire vient d’interpeller par courriers le ministre des Affaires étrangères Stéphane Séjourné, puis le président de la République. Puis il a cosigné avec le sénateur socialiste Patrick Kanner, une PPR (proposition de résolution) invitant « à favoriser la restauration de la sécurité en Haïti afin de créer les conditions nécessaires à la mise en place d’un processus politique de sortie de crise. »
« Rien ne sera possible sans action forte et coordonnée »
Au-delà de la réponse formelle à ses missives, il attend beaucoup du Quai d’Orsay, de l’Élysée et de la communauté internationale. « Je pense les choses vont s’accélérer. Ce mercredi 20 mars 2024, la conférence des présidents du Sénat examine cette proposition de résolution transpartisane sur Haïti. Il va donc y avoir un débat dans notre assemblée sur la situation actuelle. Je suis convaincu que rien ne sera possible sans action forte et coordonnée. »
L’état catastrophique de ce petit pays de 27.750 km² perclus de douleurs politiques, économiques et climatiques concerne naturellement la France. « Les populations haïtiennes migrent notamment vers nos territoires, nos départements d’Outre-Mer. »
Haïti s’est enfoncé dans un cercle vicieux depuis des décennies. « La fuite permanente des cerveaux est accélérée par la violence et la misère. Elle condamne ce pays magnifique qui subit en outre les contrecoups de la dictature des Duvalier (1957-1986) et des multiples coups d’État qui ont suivi. Haïti a été démilitarisé ce qui le rend plus faible. La Constitution a instauré un mandat présidentiel unique de 4 ans pour se prémunir des putschs. Aujourd’hui, le poste de président de la République est vacant. Quand il n’y a plus de pouvoir politique, plus de matière grise et plus d’armée, c’est vraiment compliqué pour un pays de fonctionner. »
« Haïti pourrait vivre décemment sur le plan économique »
En position instable sur deux plaques tectoniques, Haïti n’est pas plus épargné par les catastrophes naturelles : pluies diluviennes, cyclone et séismes (le dernier en date il y a trois ans au sud du pays) se succèdent. L’immense majorité de la population (96 %) est exposée à ces types de chocs. Au-delà de son bilan apocalyptique (des centaines de milliers de morts, un million de sans-abri) le tremblement de terre de 2010 a durablement fragilisé ce qui restait de quelque peu solide sur cette terre des Caraïbes.
« Un tiers de la capitale Port-au-Prince est un bidonville qui a été rasé, note Bruno Belin. Ce pays formidable, attachant, pourrait être en autosuffisance alimentaire et vivre décemment sur le plan économique. La République dominicaine qui forme l’autre partie de l’île d’Hispaniola a su développer le tourisme. On en pense ce qu’on veut mais elle vient de rentrer dans 80 premiers pays du monde alors qu’Haïti est dans les derniers. »
L’économie haïtienne est quasiment rayée de la carte. « C’est un pays failli. La Gourde est une monnaie sans valeur, sans change, sans cours. »
« Il faut absolument que l’ONU s’engage »
Bruno Belin a quelques espoirs et des idées pour la renaissance de ce pays ami « Il faut retrouver la sécurité comme au tournant des années 2000 avec la Minustah (Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti). Il faut absolument que l’ONU s’engage, elle est dans son rôle, en envoyant une force militaire. Parce qu’il n’y a plus d’armée et que la police est débordée par les gangs avec le fameux “Barbecue ”. Il faut le retour à des institutions politiques : aujourd’hui le pays n’a plus de maires, plus de parlement et de président de la République depuis l’assassinat de Jovenel Moïse en juillet 2021. Le fait qu’il n’y ait plus d’élus locaux empêche toute coopération décentralisée qui était un lien important avec le monde. »
Et Bruno Belin d’en appeler donc au monde. « L’ONU pour le retour de la Minustah, le FMI pour restaurer une économie et évidemment l’OMS pour faire face aux innombrables problématiques de santé. C’est là-bas que le choléra a fait son retour sur la planète. »
La « perle des Antilles » ne tourne plus rond
> Surnommée « la perle des Antilles » depuis l’époque coloniale où Haïti était la plus prospère des colonies françaises. Indépendant depuis 1804, ce pays d’un peu plus de 11 millions d’habitants est l’un des plus pauvres du monde. Dans le classement des pays les moins avancés de l’Organisation des Nations unies, Haïti figure tristement en mauvaise place aux côtés de l’Afghanistan, de l’Érythrée, du Liberia, de Madagascar ou du Yémen. Ces « PMA » sont selon l’ONU le « maillon le plus faible et le plus pauvre » de la communauté internationale. Parmi ces 45 états, un seul est situé dans les Caraïbes ou en Amérique : Haïti.
> Parmi les handicaps structurels que cumulent ces pays, l’ONU recense un faible niveau de vie, une indigence des ressources humaines, traduite par un indice composite qui intègre la mortalité infantile, la nutrition ou encore le taux de scolarisation et la « vulnérabilité économique ».
> Selon l’indice de développement humain de l’ONU, Haïti était classée 163 sur 191 pays en 2022.
> En 2022, le PIB par habitant s’élevait à 3.306 dollars contre 55.387 dollars en France et 22.841 dollars en République dominicaine avec qui Haïti partage l’île d’Hispaniola.
> La Banque mondiale mesurait l’ampleur de sa tâche dans son rapport de 2023. « Les améliorations du capital humain ont stagné et, dans certains cas, se sont détériorées depuis 2012. La mortalité infantile et maternelle reste à des niveaux élevés et la couverture vaccinale stagne ou diminue. Selon l’indice du capital humain, un enfant né aujourd’hui en Haïti ne deviendra que 45 % aussi productif qu’il pourrait l’être s’il avait bénéficié d’une éducation et d’une santé complètes. Plus d’un cinquième des enfants sont à risque de limitations cognitives et physiques, et seulement 78 % des jeunes de 15 ans survivront jusqu’à 60 ans. »
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