C’est beaucoup de sacrifices, de concessions, ce n’est pas évident
, nous dit-elle d’entrée de jeu. Ça demande beaucoup d’appels.
Babeth est séparée de son fils, William Enzo, depuis maintenant quatre ans.
En 2018, elle a confié sa progéniture aux bons soins de sa mère pendant qu’elle faisait ses études à l’Université d’Ottawa.
Un sacrifice que j’ai fait pour garantir un meilleur avenir à mon fils. J’ai fait cette formation, j’ai terminé. Ensuite, j’ai appliqué et malheureusement au moment où j’ai postulé [en septembre 2020] c’est la période de la COVID.
Rejointe au Cameroun, la mère de Babeth, Elisabeth garde le fort en l’amenant à l’école tous les matins
et en l’encadrant.
C’est difficile, mais bon, je suis forte.
La fermeture des frontières et les demandes de visas au ralenti
ont empêché Babeth de retrouver son fils dans sa nouvelle ville adoptive, Manitouwadge, dans le Nord de l’Ontario. Elle a obtenu une permanence à l’École publique Franco-Manitou, où elle enseigne une classe au primaire composé d’élèves de 3e, 4e et 5e année.
Je suis en train de postuler pour ma résidence permanente et on espère qu’il sera là pour septembre.
C’est très épuisant
Babeth caresse le rêve d’élever Enzo à Manitouwadge, mais le processus pour l’amener est plus compliqué que ce qu’elle avait envisagé. Un consultant en immigration l’accompagne dans le processus.
Je suis rendue pas mal fatiguée d’attendre. C’est très épuisant et malheureusement ça commence à prendre de moi dans mon travail et c’est ce que je trouve plate parce que j’aime vraiment beaucoup [mon travail].
Elle lance au passage des fleurs à son entourage qui fait un travail remarquable pour l’élever.
Le papa de mon fils est très investi aussi dans son éducation. Il est très présent. On parle tous les jours par rapport à mon fils. J’ai ma maman, j’ai son papa. Je suis pas mal rassurée.
La nouvelle directrice à l’École publique Franco-Manitou, Gisèle Libawo, comprend la situation de Babeth puisqu’elle vient aussi du Cameroun.
Je trouve que c’est une maman extrêmement attentionnée. L’autre jour, je suis allé dans sa classe après l’école et il était assez tard.
Gisèle raconte que Babeth était en ligne avec fils afin de compléter les devoirs de son fils. En étant loin, elle est présente dans l’éducation de son fils.
En amour avec le système scolaire canadien
Babeth ne se plaint pas le ventre plein : elle adore son nouvel environnement, son équipe à l’école Franco-Manitou et la façon unique d’enseigner au Canada.
« En quittant le Cameroun, j’étais déjà dans l’enseignement. Quand je suis arrivée ici, j’ai vu toute une autre façon d’enseigner. Honnêtement, ça m’a tellement plu, mais, comme, vraiment plu. »
Une approche dont elle souhaite que son fils bénéficie. Elle soutient qu’en Afrique, on ne prend pas assez en considération l’enfant, c’est plus centré sur la performance.
« Se comparer aux autres, on a la sensation qu’on ne fait pas de son mieux. Alors qu’ici, c’est vraiment un apprentissage qui est centré sur l’enfant, sur son intérêt, sur son style, sur qu’est-ce qu’il aime et d’amener cet enfant à voir comment il progresse. »
Quand son fils l’appelle pendant la récréation, il est impressionné par les outils qu’utilisent sa mère comme les tableaux blancs interactifs ou encore que chaque élève à un Chromebook.
Les défis d’élever un enfant à l’autre bout du monde
WhatsApp est sans contredit l’application que Babeth utilise le plus sur son téléphone. Un outil qui lui permet de converser en temps réel avec son fils.
Ma pause [dîner], je ne les prends pas. Je vais travailler un peu avec lui, on va faire mathématiques, un peu d’anglais et du français. […] Il faut noter que le décalage est de 5 à 6 heures. Mon matin, c’est vraiment d’appeler mon fils parce qu’après 13 heures, il se prépare à aller se coucher.
Les bisous avant le dodo ne font plus partie du quotidien de l’enseignante qui se trouve en salle de classe quand son William Enzo se couche. De petits moments comme celui-là, elle en manque plus d’un.
Ses anniversaires, j’ai manqué ses 4 derniers parce que c’est en janvier. Ses dents qu’il a perdues, j’ai juste vu après, c’est vraiment de petites choses qui marquent que j’aimerais bien vivre
, s’émeut la mère de famille.
Son fils rêve de venir s’établir au Canada pour faire des bonshommes de neige et des câlins
à sa maman.
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