« On l’a laissé filer », souffle Louis Diakité, découragé. En ce début mars, le fondateur de la réserve privée du N’Zi River Lodges située au centre de la Côte d’Ivoire, près de Bouaké, a décidé de renoncer à poursuivre « le Gros », un éléphant de forêt d’une dizaine d’années. Un crève-cœur. Cet ancien chasseur, reconverti dans la conservation de la faune sauvage, souhaitait l’accueillir sur son site écotouristique qui héberge déjà des buffles, des antilopes et un rhinocéros.
Le pachyderme, pourtant adopté par les villageois du coin qui lui ont attribué ce surnom, était depuis peu menacé. Certains souhaitaient l’abattre après qu’il a provoqué la mort d’un homme en novembre 2023. Malgré les importants moyens déployés pour le mettre à l’abri, « le Gros » s’est échappé à six reprises de son enclos de la réserve. Ce feuilleton qui dure depuis plusieurs mois cristallise les problématiques entourant l’éléphant, emblème de tout un pays.
Car, et c’est un paradoxe, en Côte d’Ivoire, l’éléphant, bien qu’officiellement protégé et source de fierté nationale – l’équipe de football, couronnée championne d’Afrique en février, porte son nom, ainsi que des hôtels et des commerces – est également gravement menacé. Alors que l’Etat signalait près de « 100 000 [individus] dans les années 1960 », un rapport publié en 2020 par des chercheurs ivoiriens dans la revue Plos One, estimait qu’ils étaient 225 dans le pays. Un déclin mesuré entre 2011 et 2017 à l’aide d’excréments, de conflits entre humains et éléphants, et d’entretiens avec les acteurs de terrain, décrit comme « généralisé et catastrophique ».
3,5 mètres au garrot
La colonelle Salimata Koné, directrice de la faune et des ressources cynégétiques au ministère des eaux et forêts, assure quant à elle, carte de la Côte d’Ivoire en main, que les éléphants seraient encore environ 500, soit tout de même deux fois moins qu’il y a vingt ans. La plupart sont des éléphants de forêt (Loxodonta cyclotis). Mesurant 3,5 mètres maximum au garrot, ils sont plus petits que leurs cousins des savanes (Loxodonta africana) – que l’on retrouve en petit nombre dans le centre du pays. A leur aise dans la fraîcheur des forêts d’Afrique centrale et de l’Ouest, ils sont souvent difficiles à localiser dans leur habitat naturel.
Ce n’est pas le cas du « Gros », qui a au contraire pris l’habitude de s’approcher des villages. « Ça faisait neuf ans qu’il était dans la zone, se souvient Pierre Kignon, secrétaire de la chefferie du village de Massa, dans le Centre-Ouest ivoirien. Quand il venait trop près de nous, on lui demandait pardon et, normalement, il rebroussait chemin. » Mais en novembre 2023, en cherchant de la nourriture, l’animal a tué le doyen du village. « J’ai vu l’éléphant planté là devant sa case, il mangeait les fèves de cacao qui séchaient, témoigne celui qui est aussi le neveu du défunt. Après dix minutes, il a enfoncé la maison » dans laquelle dormait le vieil homme. Commence alors une chasse à l’animal. Les villageois l’attaquent à la machette et lui entaillent sévèrement la queue. Ses jours semblent comptés.
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