Haïti est en proie à une situation «cataclysmique», alerte l’ONU

L’Etat de droit est érodé et les institutions de l’État sont au bord de l’effondrement.

La situation en Haïti est « cataclysmique », a alerté jeudi l’ONU. Selon celle-ci, « la corruption, l’impunité et la mauvaise gouvernance, aggravées par les niveaux croissants de violence des gangs, ont érodé l’État de droit et conduit les institutions de l’État […] au bord de l’effondrement ».

4.451 tués en 2023

Le nombre de personnes tuées et blessées par la violence des gangs a augmenté de manière significative en 2023 : 4.451 tués et 1.668 blessés, indique le rapport. Le nombre de victimes est en forte hausse au cours des trois premiers mois de 2024, avec 1.554 tués et 826 blessés jusqu’au 22 mars.

Des gangs mieux armés que la police

« J’appelle à une mise en œuvre plus efficace de l’embargo sur les armes », déclare le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, dans la présentation d’un nouveau rapport. Le Haut-Commissariat note qu’en dépit de l’embargo sur les armes, « les gangs disposent souvent d’une puissance de feu supérieure à celle de la police nationale haïtienne » du fait de « frontières poreuses » facilitant l’approvisionnement des gangs en armes et munitions. Il réitère la nécessité de déployer d’urgence une mission multinationale de soutien à la sécurité pour aider la police nationale à mettre fin à la violence et à rétablir l’État de droit.

La violence sexuelle des gangs et le recrutement d’enfants

Selon le rapport, les gangs continuent d’utiliser la violence sexuelle pour brutaliser, punir et contrôler la population. Mais les violences sexuelles sont très peu signalées et restent le plus souvent impunies. Les gangs continuent aussi de recruter et d’abuser des enfants – garçons et filles, dont certains ont été tués alors qu’ils tentaient de quitter les rangs de ces groupes.

Des « brigades d’autodéfense »

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Parallèlement à l’intensification de la violence des gangs et à l’incapacité de la police à la contrer, des « brigades d’autodéfense » ont continué à apparaître et à se faire justice elles-mêmes, selon le rapport. Au moins 528 cas de lynchage (510 hommes et 18 femmes) ont été signalés en 2023, et 59 autres en 2024. Si certains meurtres semblaient spontanés, d’autres auraient été encouragés, soutenus ou facilités par des policiers et des membres de gangs appartenant à la coalition de gangs connue sous le nom de G9 et à ses alliés, selon le rapport.

Séismes, choléra et pauvreté

Haïti n’est pas seulement un pays gangrené par les gangs et victime d’une instabilité politique chronique. Il est aussi très vulnérable aux aléas naturels (ouragans, inondations, tremblements de terre), auxquels est exposée 96 % de sa population, selon la Banque mondiale. La péninsule sud-ouest du pays a été ravagée en août 2021 par un tremblement de terre de magnitude 7,2, qui a tué plus de 2.200 personnes et causé la destruction de plus de 130.000 maisons. En janvier 2010, un séisme de magnitude 7 avait fait plus de 200.000 morts dans le pays, transformé la capitale Port-au-Prince en champ de ruines et mis à la rue 1,5 million de personnes.
Haïti a en outre connu fin 2022 un regain épidémique de choléra, qui avait fait plus de 10.000 morts entre 2010 et 2019 après avoir été introduite par des Casques bleus.
Haïti reste par ailleurs le pays le plus pauvre du continent américain. Selon les estimations de la Banque mondiale, plus de 60 % de la population vivait en 2023 avec moins de 3,65 dollars par jour. Le pays était classé 163e sur 191 pays en 2022 selon l’indice de développement humain de l’ONU.

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