Denis Allemand — Monaco Ocean Week : « Un Davos des connaissances océaniques »

Directeur du centre scientifique de Monaco, Denis Allemand estime que la Monaco Ocean Week a « trouvé une place centrale dans le débat sur la sauvegarde des océans ». Et qu’elle permet aux acteurs économiques et politiques de confronter leurs enjeux aux données scientifiques.

La Monaco Ocean Week s’est déroulée en principauté du 18 au 22 mars : que retenez-vous de cette septième édition ?

Ce que je retiens, tout d’abord, c’est le fait que la Monaco Ocean Week est incontestablement devenue un événement incontournable dans le paysage scientifique. C’est un véritable Davos des connaissances océaniques, comme en témoignent les nombreuses conférences et rencontres qui étaient, cette année encore, au programme. Lesquelles ont mobilisé des profils très complémentaires, indispensables à la sauvegarde des océans de la planète : des scientifiques bien sûr, mais aussi des chefs d’État, des décideurs politiques, des experts, des responsables d’administrations, des ONG… Et même des représentants du monde économique, avec des entreprises, des startups, et des juristes. Bref, tous ceux en capacité de faire bouger les choses se déplacent à Monaco pour cet événement. C’est le signe que ce dernier a trouvé une place centrale dans le débat sur la sauvegarde des océans.

Il est indispensable de faire se rencontrer ces profils très différents, aux enjeux parfois contradictoires ?

Oui. Pour changer l’avenir de l’océan – et par extension de notre planète –, il est nécessaire de faire en sorte que tous ces gens ne travaillent pas en silo, mais ensemble. Qu’ils puissent échanger, débattre, confronter leurs enjeux, leurs priorités, et s’écouter. La Monaco Ocean Week offre un cadre idéal pour cela.

Une prise de conscience s’est donc opérée ?

Il y a incontestablement une prise de conscience de la part des États de l’urgence qu’il y a à agir pour les océans. Elle vient notamment du public, de plus en plus sensibilisé à cette question, et apte à faire pression sur les décideurs pour qu’ils prennent des décisions de bon sens. Mais ce qui est relativement nouveau, c’est que le monde économique, lui aussi, a compris que non, il n’est plus possible de faire « comme avant ». Qu’il doit adapter ses pratiques à l’urgence de la préservation des océans. Et ce qui est sans doute plus motivant pour ses représentants : il comprend que ce combat peut aussi représenter une opportunité économique.

Comment cela ?

Au-delà de la question de l’image renvoyée au public, les acteurs économiques peuvent bénéficier de financements pour développer des nature bases solutions (NBS) [des solutions basées sur la nature — NDLR], à travers des startups innovantes. Lesquelles vont développer des technologies qui peuvent aussi contribuer à leur succès économique. Il y a aussi une « révolution psychologique » au sein de ce milieu, qui s’est par exemple aperçu que protéger les baleines afin qu’elles contribuent à piéger le CO2, rapportait plus que de les tuer pour les manger. On voit donc s’opérer une convergence des intérêts en faveur de la protection de la diversité des océans. Et c’est dans un espace d’échange comme la Monaco Ocean Week que ces contacts peuvent se nouer.

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