Rétroviseur : reconstruire Haïti | L’actualité

Chaque dimanche, le rédacteur en chef adjoint de L’actualité, Éric Grenier, vous invite à lire (ou à relire) dans son infolettre Rétroviseur un des reportages les plus marquants de la riche histoire du magazine. Vous pourrez ainsi replonger au cœur de certains enjeux du passé, avec le regard de maintenant.

Haïti s’enlise. Les discussions pour former un conseil présidentiel de transition piétinent, ce qui empêche une solution pacifique à la suite du départ du premier ministre Ariel Henry, qui dirigeait le pays depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse. Pendant ce temps sur le terrain, la terreur s’intensifie et le pouvoir des gangs croît. On parle beaucoup de « Barbecue », sobriquet donné à l’ancien policier Jimmy Chérizier, mais il y a aussi Izo Vilaj de Dye, de son vrai nom Johnson André, gangster de 26 ans plus puissant et plus violent encore que Chérizier, et vedette du rap récompensée par YouTube pour ses succès. Il y a peut-être pire : Guy Philippe, celui qui a conduit le putsch contre le président Jean-Bertrand Aristide en 2004, est de retour au pays depuis quelques semaines, après avoir purgé plus de six ans de pénitencier aux États-Unis pour blanchiment d’argent du narcotrafic. Libéré par les Américains, il annonce depuis la fin janvier ses désirs de révolution. Devant l’incapacité de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) de mener à bien la création du comité de transition, l’ancien ambassadeur des États-Unis en Haïti, James B. Foley, plaide pour une intervention militaire américaine afin de répondre à ce qu’il qualifie de très probable entrée au pouvoir de Philippe. « Les États-Unis feront face à un État failli dirigé par des criminels et des narcotrafiquants à environ 1 100 km de la Floride », a-t-il écrit dans une lettre ouverte au Washington Post le 25 mars. Devant ce délitement, le Canada, comme la France et les États-Unis précédemment, a annoncé le même jour l’évacuation des citoyens canadiens. 

La « perle des Antilles » a toujours eu l’air en crise politique depuis la chute des Duvalier en 1986, mais la situation actuelle semble moins le fait d’une guerre de palais entre aspirants au pouvoir que le résultat d’un État détruit par le séisme de janvier 2010 et qui ne s’en est jamais relevé. Car 14 ans après la dévastation, le peu d’État fonctionnel dont bénéficiait Haïti avant la catastrophe gît encore sous les gravats. La reconstruction annoncée par la communauté internationale, dont le Canada, la France et les États-Unis ont été des acteurs de premier plan, a autant échoué que le pouvoir haïtien. D’ailleurs, l’essentiel des dizaines de milliards alloués à la reconstruction a été géré par des ONG internationales et des agences de l’ONU, et a bénéficié… à de grandes entreprises américaines, françaises et même québécoises. 

Mais tout n’a pas été en vain, pour peu qu’on ait fait intervenir les populations locales (et pas le gouvernement), comme le montre ce reportage de la journaliste Dominique Forget dans L’actualité de février 2015. Des projets ont permis de reloger une bonne part des Haïtiens sans abri dans des habitations plus solides qu’avant, comme on le souhaitait dans les jours suivant le séisme. « C’est un bunker », dit Claude-André Néron, gestionnaire de projet, aventurier, alpiniste et travailleur humanitaire, en tapant fièrement du pied sur le plancher en béton d’une maisonnette jaune du quartier Morne Hercule, à Port-au-Prince. « Tout a été pensé pour garantir que ces logements […], construits au coût de 9 000 dollars chacun, résisteront à un éventuel tremblement de terre. » Avec d’autres Québécois, dont un bon nombre issu de la diaspora haïtienne, il a participé à un des rares projets de reconstruction couronnés d’un certain succès. Car comme le montre le récit de Dominique Forget, rien n’est simple en Haïti. La construction — que l’on raconte dans le reportage — d’un hôpital moderne capable d’affronter les pires tremblements de terre est pour le moment entravée par l’incapacité des autorités à le brancher au réseau électrique.  

Bonne lecture,

Éric Grenier, rédacteur en chef adjoint

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