des attentes aux défis, portrait de Bassirou Diomaye Faye, le « petit berger » qui a conquis le pays

Il a énoncé la « réconciliation nationale », la baisse du coût de la vie et la lutte contre la corruption ses chantiers prioritaires quand, emprunté et bredouillant, il a lu en français et en ouolof sa première déclaration publique après la victoire, lui qui n’a jamais exercé le moindre mandat d’élu auparavant. Se disant panafricaniste « de gauche », il a promis de rétablir une « souveraineté » bradée selon lui à l’étranger et a exprimé son souhait de remettre sur la table les contrats pétroliers et gaziers ainsi que les accords de pêche.

Il envisage de quitter le franc CFA et d’investir dans les secteurs agricole et industriel pour tenter de faire baisser le chômage qui s’élève officiellement à environ 20 %. Il veut rééquilibrer les partenariats internationaux dans un sens « gagnant-gagnant » et travailler au retour du Burkina Faso, du Mali et du Niger dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.

Reggae, Real, psychologie et arts martiaux

Bassirou Diomaye Faye est né dans une famille d’agriculteurs humble et éduquée dans le village de Ndiaganiao, à 150 km à l’Est de Dakar, au bout d’une route cahoteuse et sablonneuse. Là-bas, il n’y a ni centre de santé, ni route goudronnée. « Diomaye était un petit berger qui surveillait ses chèvres », se souvient Mor Sarr, l’un de ses meilleurs amis. « Diomaye a toujours été très proche de sa maman, Khady Diouf, qu’il aidait pour les tâches ménagères » après l’école, témoigne-t-il.

Admirateur de l’ancien président américain Barack Obama et du Sud-africain Nelson Mandela, fervent lecteur de livres de psychologie, il est aussi un « grand fan du Real Madrid et de (Zinedine) Zidane », l’ancien joueur de foot français. Il est aussi amateur d’arts martiaux et de natation, et fan de reggae, rapporte-t-il.

Ce petit-fils d’un tirailleur, grièvement blessé durant la bataille de Verdun (Est de la France) pendant la Première Guerre mondiale, est « un bon garçon », « très soigneux dans sa manière de faire » et « sera un président connecté » aux réalités du pays, pense son oncle et homonyme, Diomaye Faye.

Bassirou Diomaye Faye a quitté Ndiaganiao pour étudier à Dakar, puis intégrer la prestigieuse École nationale d’administration dans la capitale. Il a dit revenir régulièrement au village. Il s’est présenté pendant la campagne comme quelqu’un de « particulièrement raisonné, de particulièrement raisonnable, de particulièrement sensé, de particulièrement réfléchi ».

« Sonko c’est Diomaye, Diomaye c’est Sonko »

Haut fonctionnaire de l’administration des Impôts et domaines où il a fait la connaissance d’Ousmane Sonko, il a franchi discrètement les étapes dans l’ombre de ce dernier. Son avènement consacre la réussite du plan B d’Ousmane Sonko qui, troisième de la présidentielle en 2019 et disqualifié en 2024, l’a désigné comme son remplaçant.

Pendant trois ans, avec le parti Pastef créé en 2014 par de jeunes cadres du public et du privé et dissous depuis, ils ont croisé le fer avec le pouvoir, le président Sonko se démultipliant aux avant-postes, le secrétaire général Faye actif à l’organisation et la doctrine. Ils sont sortis ensemble après plusieurs mois d’emprisonnement mi-mars, en pleine campagne à la faveur d’une amnistie. Ils ont parcouru le pays ensemble, puis se sont partagé la tâche, drainant des foules en liesse derrière le slogan « Sonko mooy Diomaye, Diomaye mooy Sonko » («Sonko c’est Diomaye, Diomaye c’est Sonko »).

« Ils sont deux faces d’une même pièce avec deux styles différents », corrobore Moustapha Sarr, un formateur des militants du Pastef.

C’est Ousmane Sonko qui, lors du dernier meeting de la campagne, a présenté à la foule les deux épouses de « Diomaye », Marie et Absa. Diomaye Faye sera ainsi le premier président du Sénégal polygame. Souvent vêtu d’un boubou blanc traditionnel, de taille moyenne, portant une barbichette sous son visage juvénile, ce musulman pratiquant, père de quatre enfants, personnifie une nouvelle génération de politiciens.

Rétablir la confiance avant tout

Pour l’économiste Mame Mor Sene, de l’université de Dakar, la première mission de Diomaye Faye sera de créer un « environnement favorable et rétablir la confiance entre Sénégalais » rompue sous le précédent régime. Même si la population attend des résultats rapides, le chercheur prévient qu’« elle devra être patiente », car « tout ne pourra être réglé du jour au lendemain ».

Il précise ensuite le principal défi pour le nouveau président sera « la création d’emplois ». Dans ce pays où 75 % de la population a moins de 35 ans et où le taux de chômage s’élève officiellement à 20 %, les jeunes sont de plus en plus nombreux à fuir la pauvreté et prendre le chemin de l’émigration clandestine vers l’Europe, en dépit des périls.

« Résoudre le problème du chômage prendra du temps et ne sera pas facile. C’est toute la structure de l’économie qui est à réviser », estime le chercheur. Mar Mome Sene souligne qu’il faudra investir massivement dans le secteur industriel, alors que l’économie repose traditionnellement sur les services. Selon lui, l’État doit accompagner le secteur privé, investir dans le capital humain et créer un climat favorable aux affaires.

Pour le politologue El Hadji Mamadou Mbaye, « baisser rapidement le prix de produits de base », comme le riz, l’huile, ou le coût de l’électricité, pourrait être l’une des premières mesures pour donner rapidement des gages à l’électorat.

Bien que la Constitution interdise la dissolution de l’Assemblée nationale durant les deux premières années de législature, Bassirou Diomaye Faye ne dispose pas de majorité dans celle installée en septembre 2022. Le politologue El Hadji Mamadou Mbaye juge donc que le nouveau président devra décider ou non de la dissoudre ; des élections pourraient être possibles à partir de mi-novembre.

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