Sénégal : Bassirou Diomaye Faye s’installe dans le fauteuil présidentiel et nomme Ousmane Sonko Premier ministre

Bassirou Diomaye Faye, le nouveau président sénégalais, élu dès le premier tour le 24 mars dernier avec plus de 54 % des voix, ne semble pas vouloir perdre de temps. Quelques heures seulement après avoir prêté serment ce 2 mars devant une centaine d’officiels sénégalais et de chefs d’États africains, suivi d’une passation de pouvoir au Palais présidentiel avec son prédécesseur Macky Sall, il a nommé son Premier ministre dans la soirée. Décidé à relever rapidement les urgences du pays, le plus jeune président élu d’Afrique, a confié cette lourde tâche à son mentor Ousmane Sonko. Dans la foulée, le Premier ministre a annoncé ce mercredi la composition de son gouvernement. “Nous donnerons tout ce que nous avons et ne ménagerons aucun effort pour atteindre ce que nous avons promis au peuple sénégalais, c’est-à-dire, la rupture, le progrès et le changement définitif dans le bon sens”, a-t-il annoncé mardi soir avant de renouveler sa “loyauté” et son “dévouement” au président.

Choix logique et stratégique

Les Sénégalais ne sont pas surpris par cette nomination”, assure le journaliste politique Ibrahima Bakhoum. En effet, c’est l’avènement de la stratégie d’un duo Sonko/Faye qui a débuté depuis quelques mois. Chef de file du Pastef, (parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), Ousmane Sonko, 49 ans, empêché de concourir à la présidentielle en raison de condamnations judiciaires, avait alors désigné Bassirou Diomaye Faye, son bras droit, comme plan B. L’élection du nouveau président, auparavant inconnu, est donc directement liée à l’appui de Sonko qui jouit d’une grande notoriété et un large soutien. “Sonko est la vedette. Diomaye sait qu’il a été élu grâce à lui. Cette nomination est la suite logique, elle était prévue dès le départ : ils ont travaillé ensemble sur le projet du Pastef et vont continuer à faire ce travail de changement politique ensemble”, développe Moussa Diaw, analyste politique. Compagnons de route depuis la création du parti en 2014, les deux hommes, complices, partagent de nombreux points communs dont celui d’avoir été emprisonnés pendant plusieurs mois pour des affaires politico-judiciaires avant d’être finalement libérés le 14 mars à la faveur d’une loi d’amnistie. “Sonko ne pouvait pas être un second couteau laissé sur le banc de touche. C’est quand même lui qui est le porteur du projet. Il ne pouvait pas être mis au même rang que les autres ministres. Attendre les législatives (pas avant l’été) pour qu’il devienne président de l’Assemblée nationale n’était pas une option car on a besoin d’actions urgentes”, avance M. Bakhoum. Selon lui, une autre nomination aurait été mal perçue par l’opinion.

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Soutien ou prise en main ?

Le nouveau président pourra compter sur son mentor, qui a ainsi assuré le soir du 2 avril : “il ne sera pas question de laisser le président Bassirou Diomaye Faye seul assumer cette responsabilité”. Les deux hommes partagent une même vision du projet Pastef, se font mutuellement confiance et ont l’habitude de travailler ensemble. “Ils sont complémentaires”, affirme M. Diaw. Un cas de figure inédit, celui d’un duo qui œuvrerait ensemble pour déterminer la politique de la nation. “Mais le président s’appelle Bassirou Diomaye Faye, c’est lui qui est signataire des décrets présidentiels, etc”, rappelle Ibrahima Bakhoum pour souligner qu’en public Diomaye resterait dans la figure présidentielle. Mais en coulisse cependant, la répartition pourrait être plus flexible. “Sonko est le véritable maître du jeu. C’est lui qui sera aux manettes, il sera le pilote et servira de fusible. Mais en cas d’échec, cela sera la défaite des deux hommes”, souligne Moussa Diaw.

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“Chacun devra donner le meilleur de lui-même pour que nous atteignions les objectifs que nous nous sommes assignés pour le Sénégal et non pas pour le président”, a déclaré Ousmane Sonko le 2 avril. Pour l’analyste, cette prise de parole montre qu’il “fixe le cap dès le départ : il n’attend pas que le président lui donne ses orientations, il montre que c’est un travail collectif”. M. Diaw rejette tout risque de “dualité” entre les deux hommes. “On ne sent pas que chacun cherche une parcelle de pouvoir. Il ne peut pas y avoir de rivalités dans leur façon de concevoir ce type d’autorité”, veut-il croire. Ibrahima Bakhoum est moins affirmatif. “Des influences et pressions diverses, familiales ou politiques, peuvent intervenir. En cas de dissension entre les deux hommes, cela pourrait alors créer une crise au sein du Pastef et pas seulement, mais aussi dans tout le pays”, pointe-t-il.

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