L’individu, fin de parcours ? Le piège de l’intelligence artificielle est un essai qui vient de paraître aux éditions Gallimard. Ce premier ouvrage est signé par Julien Gobin qui a une double formation d’économiste et de philosophe, deux champs qui nous permettent d’analyser avec pertinence les mutations de l’individu à l’ère de la révolution technologique.
D’ailleurs, Julien Gobin ne reprend pas l’expression facile et médiatique de « révolution », il préfère le terme plus complexe de « métamorphose ». Et pour cela, il s’inspire d’un phénomène naturel pour décrire les évolutions de l’époque, celui de la chrysalide de la chenille. Il revient sur la désagrégation de son organisme qui se transforme en bouillie liquide, avant la création de nouveaux organes pour donner naissance au papillon.
Pour Gobin, l’occident est cette chenille qui s’est consumée, animée par une recherche exacerbée de croissance. Ses ressources se sont épuisées, liquéfiées même ! L’auteur fait référence ici au concept de « société liquide » initié par le sociologue Zygmunt Bauman. Il décrit un monde instable où tout se jette, où l’univers du travail n’est plus facteur d’épanouissement, où la sphère familiale se délite et où les instances religieuses perdent en influences. Les structures solides et fondatrices d’avant se noient dans une liquidité qui glisse sur l’individu.
Pour Gobin, le responsable de la dissolution de ce premier corps est à trouver du côté de la démocratie libérale née au siècle des Lumières, qui a favorisé l’émergence de l’individu autonome qui s’affranchit des normes sociales pour affirmer son moi profond, pour s’autodéterminer.
Mais cette charge est lourde et, malgré un sentiment de liberté, l’individu croule sous le poids de la responsabilité de ses choix, il peine à trouver sa place dans cette société atomisée. Il navigue entre quête de sens et crise démocratique.
Et c’est à ce moment-là du processus que la technologie entre en jeu !
Une fois ce constat opéré, la troisième grande partie du livre entre dans la prospective et l’auteur convoque ici le transhumanisme pour achever cette métamorphose. Ce qu’il entend par transhumanisme, c’est la possibilité d’augmenter nos capacités physiques et cognitives pour répondre à la charge. Mais ce sont également les manipulations génétiques et l’eugénisme.
Une manière de pousser la quête de liberté individuelle à son paroxysme en s’affranchissant du hasard pour choisir sa biologie et trouver les moyens d’être encore plus soi-même. Un transhumanisme libéral dans la continuité des Lumières avec la volonté de domination de la nature par l’homme.
Et pour résoudre cette crise du choix, l’auteur annonce la fin du libre arbitre qui n’était finalement qu’une illusion. L’individu s’en remettra à une gouvernance algorithmique où une intelligence artificielle saura mieux que lui ce qui est bon pour son épanouissement.
L’autorité redeviendra extérieure et cette chenille devenue papillon pourra s’en remettre aux ailes de l’IA pour voler en toute sérénité. Un « bien être » déterminé par la technologie et qui rappelle la société dystopique de l’ouvrage d’Aldous Huxley : « Le meilleur des mondes ».
- Julien Gobin sera justement l’invité de l’émission Le Meilleur des mondes, ce vendredi, à 21h sur France Culture.
Le Meilleur des mondes
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