Monaco a révélé des femmes de télévision, dès les débuts de Télé Monte-Carlo, en 1954. Elles ont débuté comme simples speakerines, avant d’endosser des postes stratégiques à la production et à la réalisation. Une partie de leur travail est mis en avant dans une exposition consacrées aux vingt premières années de cette chaîne, au cabinet des curiosités de l’Institut audiovisuel de Monaco.
La télévision d’aujourd’hui n’a pas inventé grand chose. Il suffit de passer au cabinet des curiosités et de suivre sa dernière exposition, consacrée aux vingt premières années de la chaîne Télévision Monte-Carlo (TMC), pour s’en rendre compte (1). On parle d’une chaîne créée le 20 novembre 1954 sous l’impulsion du prince Rainier III (1923-2005), et pourtant, tout y est. Des jeux télévisés ? Avec Jacques Antoine (1924-2012) au casting comme directeur des programmes, il ne pouvait pas en être autrement. Ce grand monsieur de la télévision française, à l’origine de Tournez Manège et de Fort Boyard, a marqué la chaîne monégasque de sa patte créative, en créant des jeux comme Chapeau, dans lequel les candidat(e)s chantaient face caméra et se soumettaient au vote des téléspectateurs, comme le fait The Voice aujourd’hui.
Parmi les participants, on retiendra le jeune Bernard Tapie (1943-2021), vidéo noir-et-blanc à l’appui, dénichée par Estelle Macé, la co-commissaire de cette exposition “made in Monaco”, menée avec l’Institut audiovisuel de la principauté. Il y avait aussi du cinéma, avec un « grand film » diffusé chaque soir, en “prime time”. Un journal télévisé et des interviews long format, à cœur ouvert, dans Toute la vérité, rien que la vérité, menées par le journaliste Guy Gilbert, dès 1955, avec déjà des invités de renom comme Jeanne Moreau (1928-2017), Jean Cocteau (1889-1963), ou Michel Simon (1895-1975). Mais il y avait aussi des femmes qui crevaient l’écran, et qui ont, par-dessus tout, dépassé le rôle de « potiches » dans lequel leur époque aurait pu les enfermer. Entrées comme simple speakerines, certaines sont devenues productrices, et réalisatrices, à l’heure où le paternalisme faisait sa loi sur le monde du petit écran.
Dès la fin des années 1950, Télévision Monte-Carlo a mis en avant de véritables figures féminines, qui n’étaient pas qu’un physique mis à profit pour attirer de l’audience et des revenus publicitaires
« Ne me présentez pas comme speakerine »
Il n’a pas fallu attendre l’émergence de femmes comme Jacqueline Joubert (1921-2005), toute première présentatrice des programmes de l’ORTF, devenue productrice et réalisatrice, pour féminiser la direction du paysage audiovisuel francophone. Dès la fin des années 1950, Télévision Monte-Carlo a mis en avant de véritables figures féminines, qui n’étaient pas qu’un physique mis à profit pour attirer de l’audience et des revenus publicitaires. L’histoire a commencé avec Irène Young. Blonde et éloquente, cette résidente monégasque à l’allure hollywoodienne a été la première speakerine à concevoir et à animer une émission consacrée aux femmes, jusqu’au début des années 1960. « Ne me présentez pas comme speakerine », insistait d’ailleurs la jeune femme, préférant le titre d’animatrice, puis de productrice, qui reflétait mieux son rôle de tête pensante de l’émission « Irène vous propose », dans laquelle elle prodiguait des conseils pratiques aux téléspectatrices, et concoctait même des recettes de cuisine.

En 1964, elle a cédé sa place à Mireille Delannoy, première speakerine de Télé-Luxembourg, la télévision du Grand Duché, et présentatrice du concours de l’Eurovision de 1962. Sur TMC, elle lance et anime Shopping, une émission tournée tantôt en studio, tantôt en extérieur, dans laquelle elle recommande les bonnes adresses de la Côte d’Azur. Un concept qui n’a pas pris une ride, et que l’on retrouve à foison sur les réseaux sociaux aujourd’hui, via des créatrices de contenu, encore qualifiées trop simplement d’influenceuses par les mêmes qui réduisaient hier les animatrices au rôle de speakerines. Valérie Sarn (1932-2013) a ensuite fait le chemin inverse. Révélée sur TMC avec « Allo Valérie », où elle présentait des articles glanés dans des magasins locaux, et permettait également aux téléspectatrices de se confier sur des problèmes « féminins », cette animatrice a rejoint Télé Luxembourg. Là, elle est devenue productrice, puis responsable des variétés, et commentatrice de l’Eurovision, dont elle a été le visage de 1983 à 1991.

Il y avait aussi des femmes qui crevaient l’écran, et qui ont, par-dessus tout, dépassé le rôle de « potiches » dans lequel leur époque aurait pu les enfermer. Entrées comme simple speakerines, certaines sont devenues productrices, et réalisatrices, à l’heure où le paternalisme faisait sa loi sur le monde du petit écran
Petit écran, grande carrière
Parmi ces femmes qui ont marqué TMC, on retiendra la Française Denise Fabre, à qui l’on doit l’un des fou-rires les plus célèbres de la télévision française, avec José García Moreno, dit Garcimore (1940-2000), dans le cadre du fameux jeu du kaléidoscope, sur TF1, en 1978. Sa longue carrière en télévision a commencé à Monaco. Elle avait alors 19 ans. Après cette expérience chez TMC, elle a rejoint Paris en 1963, pour faire les beaux jours de TF1 dans les années 1970, en recevant même le prix de la meilleure présentatrice de télévision en 1975. Elle cumulera les succès en télévision, mais aussi en radio sur France Inter, avant de se consacrer à la politique, en devenant conseillère intercommunautaire à la métropole Nice Côte d’Azur, et conseillère municipale à la ville de Nice, de 2014 à 2020. L’autre forte personnalité issue de TMC se nomme Génia Bomy-Carlevaris. Le parcours de cette Monégasque est hors-norme : d’abord speakerine et animatrice de 1957 à 1961 sur TMC, sa carrière est florissante, si bien qu’elle présente des journaux télévisés pour la chaîne, et apparaît même au générique de certaines émissions.

Mais la Monégasque en veut plus. Elle rêve de passer derrière la caméra, à la réalisation, fait rare chez les femmes dans les années 1960. Elle fait alors ses valises pour rejoindre les États-Unis et la Grosse Pomme pour se former à un atelier de réalisation télévisée à la New-York University, dans le quartier de Brooklyn. Elle obtient ensuite un stage aux studios de la mythique chaîne américaine ABC. De retour chez TMC, son ascension est fulgurante : elle devient réalisatrice d’émissions, puis directrice d’antenne et directrice des relations internationales de la chaîne. Pas mal pour une « speakerine ». Passionnée de théâtre, Génia Bomy-Carlevaris a également fondé la Monaco Art & Scène Compagnie (MASC) avec son frère Yves, et son époux Jean Bomy. Une partie de son travail chez TMC est exposée au cabinet des curiosités, jusqu’au 31 janvier 2025.

1) Exposition La jeunesse de Télé Monte-Carlo accessible gratuitement du lundi au vendredi, de 10 heures à 17 h 30, à l’Institut audiovisuel de Monaco, situé au 83/85 boulevard du Jardin Exotique.
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