Chez Ecosia, un collaborateur qui souhaite participer à une manifestation pour le climat peut le faire sur ses heures de travail. A condition que l’événement soit pacifique, bien entendu.
Voilà qui en dit long sur l’engagement de Christian Kroll, le fondateur de cette entreprise allemande. En 2009, l’entrepreneur alors âgé de 25 ans revient bouleversé d’un voyage en Amérique du Sud durant lequel il mesure les méfaits de la déforestation. Il décide de planter des arbres. Mais comment s’y prendre lorsque l’on maîtrise davantage les outils informatiques que la pelle et la pioche ?
Succès auprès des jeunes
En créant Ecosia , un moteur de recherche Internet écologique qui fonctionne en s’appuyant sur Microsoft Bing. Comme tout moteur de recherche, Ecosia tire ses revenus de la publicité. Mais, à la différence des autres, celui-ci est à but non lucratif. Ses bénéfices sont reversés à des associations qui plantent des arbres dans plus d’une trentaine de pays, allant du Brésil au Cameroun en passant par l’Espagne et même la Grande-Bretagne.
Souhaitant qu’Ecosia reste indépendant, Christian Kroll n’a pas couru après les levées de fonds. Aidée néanmoins par un business angel, son entreprise a mis du temps à prendre racine. Il lui a fallu quatre ans pour financer la plantation de son premier arbre, au Brésil en 2013.
En 2019, alors que Greta Thunberg lançait sa grève de l’école, que l’Amazonie était la proie des flammes et que la jeunesse activiste se réunissait à Fridays for Future , Ecosia est devenu le moteur de recherche adulé des militants. Le nombre d’utilisateurs a triplé : « Nous en comptons 15 millions aujourd’hui, dont 4 millions pour la France, chiffre Juliette Chabod , responsable France d’Ecosia, 80 % d’entre eux ont moins de 30 ans, avec un pic des 18-24 ans. »
Producteur d’énergie verte
Le cap des 150 millions d’arbres plantés a été atteint l’année dernière. « Nous avons planté en deux ans ce qui nous avait pris dix ans », constate Juliette Chabod. D’une progression de chêne, Ecosia est passé à une poussée d’eucalyptus, pour atteindre 28 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021.
Christian Kroll s’est aussi interrogé dès le début de l’entreprise sur l’impact carbone de ses activités. Et pour lui, l’objectif de neutralité carbone n’est pas suffisant. Il faut aussi contribuer à renverser la tendance, à réduire la concentration de CO2 dans l’atmosphère. En 2017, il lance l’entreprise dans la production d’énergie verte, en créant sa propre ferme de panneaux photovoltaïques en Allemagne.
100
millions d’arbres Le nombre d’arbres plantés en 2020 grâce au moteur de recherche.
Tant et si bien qu’Ecosia produit aujourd’hui deux fois plus d’énergie verte qu’il n’en consomme. L’entreprise revend le surplus, dont les bénéfices vont à la plantation d’arbres, tout cela dans une démarche de transparence continue. Chaque mois, Ecosia affiche ses comptes.
Ainsi, en mars 2022, 962.000 euros ont été reversés pour les arbres alors que les frais opérationnels de l’entreprise s’élevaient à 513.000 euros. « Ecosia montre qu’il y a d’autres façons de faire du business. Pour certains, les enjeux de la planète peuvent passer avant le profit personnel », argumente Juliette Chabod.
Ecosia est labellisé B Corp
D’autres partagent son avis. A chaque mise en ligne d’une nouvelle annonce d’embauche, Ecosia reçoit des dizaines de CV, qui viennent s’ajouter aux multiples candidatures spontanées reçues à longueur d’année.
Mais au coeur de cette entreprise, où la centaine de collaborateurs partage les mêmes convictions, il faut malgré tout pactiser un peu avec l’ennemi. Dépendante de Microsoft Bing, et sans régie publicitaire propre, Ecosia ne peut refuser un annonceur « écolo unfriendly ».
Aussi ses programmeurs ont-ils trouvé une petite parade. Ils marquent leurs annonceurs à la culotte par un pictogramme : une petite feuille verte pour les vertueux, une usine grise pour les pollueurs. « Nous avons une politique de partenariat stricte qui implique que nous ne collaborions pas avec des entreprises de certains secteurs industriels, notamment celles liées aux énergies fossiles », ajoute Juliette Chabod.
Les annonceurs vertueux sont les bienvenus, avec tapis rouge pour les détenteurs du label B Corp, dont Ecosia est lui-même certifié.
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