Commencé comme une récréation en période de confinement, le projet The Smile – réunissant Thom Yorke et Jonny Greenwood, respectivement chanteur et guitariste de Radiohead, et le batteur Tom Skinner, sous l’égide du réalisateur Nigel Godrich – n’arbore pas le sourire du dilettantisme. Au point qu’après un concert trop intense à Manchester une extinction de voix obligeait Yorke à annuler, samedi 4 juin, celui de Lille, la première des sept dates de la tournée française du trio. Remis sur pied, le chanteur a pu se présenter, lundi 6 juin, sur la grande scène de la Philharmonie de Paris pour le premier des deux spectacles programmés dans le cadre du festival Days Off.
Introduit par un poème de William Blake enregistré par le comédien irlandais Cillian Murphy (le héros de Peaky Blinders), rappelant qu’il existe « un sourire d’amour et un sourire de tromperie », The Same, titre qui lance le concert, est aussi celui qui ouvre leur premier album, A Light For Attracting Attention. Le chanteur a beau porter une basse rouge, sa voix d’ange hanté erre d’abord dans un paysage électronique qu’on a pris l’habitude de le voir traverser dans ses disques solo. La suite des morceaux redonne vite sa place à la dynamique organique d’un power trio.
Membre du groupe de jazz Sons of Kemet, Tom Skinner y est pour beaucoup, grâce à une sobriété qui ne se prive jamais de groove, même quand le répertoire se rigidifie du côté du post-punk ou du krautrock. Parfois, le batteur passe aux machines, non sans quelques bugs (Waving a White Flag). Alternant le falsetto plaintif (Pana-Vision) et le mordant d’un chanteur de rock (You Will Never Work in Television Again), Thom Yorke s’affirme aussi en multi-instrumentiste. A l’origine de nombre des mélodies les plus désolées de Radiohead, le piano reste un compagnon privilégié de sa mélancolie spectrale. Mais le chanteur se met également à la basse et à la guitare. En version acoustique, lors d’une ballade bucolique, Free in the Knowledge, digne de Neil Young, ou électrique, comme dans l’inédit Bodies Laughing, dont les riffs étonnamment funky s’imprègnent d’humeurs bossa suggérant Steely Dan comme référence insoupçonnée.
Cérébral et sensuel
Si The Smile a laissé de côté les autres membres du groupe d’Oxford – Ed O’Brien, Colin Greenwood et Phil Selway –, il rayonne de la présence de Jonny Greenwood. L’instrumentiste dégingandé, qui n’avait encore jamais participé aux projets parallèles de Thom Yorke, apporte ici l’aura d’un « guitar hero ». Mais pas de ceux qui fanfaronnent, de solo en solo, en virtuoses crâneurs. Sa longiligne silhouette à l’éternelle mèche est reconnaissable entre toutes, mais c’est d’abord la singularité de son approche qui en fait un des musiciens rock les plus importants de ces trente dernières années.
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