Pourquoi le prince Albert 1er de Monaco est-il lié à jamais au goudronnage de nos routes ?

Monaco, mars 1902. Parmi les conférenciers d’un congrès de médecine, se trouve Ernest Guglielminetti. Installé depuis quelques années dans la Principauté, ce médecin suisse vient de parler des maladies respiratoires et des inventions qu’il a mises au point pour soigner celles-ci, lorsque le prince Albert Ier l’interpelle.

Relatant ce moment dans un article publié en 2017, le journal « Les Echos » signale que le souverain du Rocher lui aurait dit : « Nous ne respirons plus que de la poussière ; les fleurs commencent d’en souffrir, la végétation pâlit. Il faut absolument faire quelque chose ! Vous n’auriez pas une idée ? ». Une question liée à la santé et à l’environnement, mais pas seulement.

Des intérêts touristiques et économiques en jeu aussi

Le média rapporte en effet qu’une gazette suisse racontera plus tard : « Une sortie en voiture ramenait des voyageurs épuisés d’avoir respiré de la poussière et qui devaient prendre leur temps pour nettoyer convenablement leurs habits et leur corps ».

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Le quotidien « Monaco-Matin » signale pour sa part en 2019 que Maxwell Gordon Lay, directeur du Conseil australien de recherche routière dans les années quatre-vingt et professeur à l’université de Melbourne, souligna que le casino de Monte-Carlo enregistrait de « sévères pertes en raison de la poussière persistante venant des routes au revêtement calcaire ». Les intérêts touristiques et économiques de la Principauté sont donc aussi en jeu.

Le goudron de l’usine à gaz de la Principauté était rejeté dans la mer

Une idée, Ernest Guglielminetti en aura une. Géniale. « Voyant les flaques de goudron déposées par accident par le véhicule qui transportait ce résidu de l’usine à gaz jusqu’à la gare de Monaco, le bon docteur, qui a pratiqué dans les colonies de Java, Sumatra et Bornéo, se souvient alors que l’on en appliquait aussi là-bas sur les planchers, pour les entretenir et les protéger de l’humidité », raconte « Monaco-Matin ».

Certes mettre du goudron sur les routes avait déjà été testé, mais sans résultat probant. Ernest Guglielminetti va pour sa part penser à le combiner, chaud, avec du sable et du gravier. Et comme matière première, après l’accord du prince Albert Ier, il va utiliser le goudron résiduel de la production de l’usine à gaz de la Principauté, qui était alors rejeté à la mer… Un deuxième geste pour l’environnement.

Une première expérience à Monaco sur 40 mètres

« Le 13 mars 1902, la première expérience a lieu près de l’usine, sur 40 mètres de route empierrée, et c’est un succès. Le 19 avril il donne une première conférence à Monaco ; en septembre, il est à Genève où il « goudronne » un tronçon de la route Genève-Lausanne en guise de démonstration. Paris accueille le procédé à bras ouverts », peut-on lire dans un article de l’historien Frédéric Rossi publié en 2021 sur le blog du Musée national suisse de Zurich.

Lequel ajoute qu’en quelques semaines, Ernest Guglielminetti -qui y gagna le surnom de « Docteur Goudron » – récolte, avec la « Ligue pour la lutte contre l’empoussièrement » qu’il avait créée, la somme nécessaire à la mise en œuvre de la route nationale Nice –Monte-Carlo. De quoi réjouir sans nul doute Albert Ier, ce « prince savant » féru de science et précurseur en matière d’enjeux environnementaux.

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