un algorithme pour réduire la consommation d’énergie du streaming vidéo

Changer moins souvent d’appareils pour allonger leur durée de vie, privilégier le reconditionné, les utilisateurs sont de plus en plus incités à une utilisation raisonnée du numérique mais il n’y aura pas d’usage sobre sans réseaux sobres. Autrement dit, nos usages sont étroitement liés à l’offre des services numériques. Sites internet, applications, podcasts, l’heure est à l’éco-conception.  » Aujourd’hui la plupart des sites sont « gras », trop de fonctionnalités, trop d’images, de vidéos » constate Frédéric Bordage de GreenIT. Le porte parole de ce collectif d’experts du numérique responsable s’emploie depuis dix ans auprès des pouvoirs publics et des entreprises à mieux prendre en compte l’empreinte écologique.

Dans un monde de plus en plus connecté où le trafic de données est appelé à se multiplier, par 6 d’ici 2030 selon les estimations de l’Ademe, l’enjeu est en effet énorme. Or, depuis le début de l’ère numérique, la plupart des appareils et des services connectés ont été créés sans prendre en compte les limites planétaires. Une posture aujourd’hui incompatible dans le contexte du réchauffement climatique.

Poussées par la législation française et européenne, les entreprises sont aujourd’hui fortement incitées à trouver des solutions pour rendre leur offre de services numériques plus sobre.

Professeur à l’Université de Bordeaux , Daniel Negru docteur en informatique et cofondateur de la jeune pousse Quanteec, s’est intéressé en particulier aux diffuseurs de vidéos en streaming, connus pour être de gros consommateurs de bande-passante, d’énergie et d’infrastructure.  » Toutes les technologies de streaming sont fondées sur un seul principe. Actuellement, c’est le déploiement de serveurs.  C’est-à-dire que plus il y a de spectateurs, plus on déploie des serveurs, et on les déploie partout. Des data centers, il y en a sous la mer, en Arctique et de plus en plus, pour finalement ne les utiliser qu’à 40% de leur capacité. « 

Pourquoi une telle débauche d’infrastructure que l’on sait délétère pour l’environnement ? Pour répondre au pic d’audience et éviter les crashs, le cauchemar du diffuseur. Les fondateurs de Quanteec ont donc inversé le problème et pensé disruption : « Avec notre solution, plus il y a de téléspectateurs, moins on a besoin de serveurs » annonce Daniel Negru. Pour le néophyte, la formule est magique. « Pour un informaticien, c’est du codage, tout simplement » nous dit-il.

A l’écouter, son innovation n’en est pas vraiment une. Assis sur le principe du pair à pair, technologie bien connue depuis le début des années 2000, l’algorithme aura tout de même pris trois ans de recherche pour être maîtrisé et développé afin d’être incorporé dans un player de streaming. « Délaissé pour des raisons de réputation lorsqu’il servait au piratage, le pair à pair est pourtant une technologie très efficace quand on vise la réduction de l’empreinte écologique du web » estime Daniel Negru, tout en assurant qu’il n’y a pas de risque de sécurité des données avec son système.

« Ce n’est pas du partage de connexion » précise t-il. L’algorithme développé par Quanteec met en relation de manière intelligente chaque spectateur pour optimiser au maximum l’énergie qui doit être utilisée pour le streaming au global. « Notre technologie s’intègre à l’intérieur du player vidéo du diffuseur. C’est eux qui le mettent dans leur appli, dans leur site web, et qui derrière permettent une rediffusion instantanée du flux vers les autres spectateurs. »

David Grether, fondateur de Viewsurf et Daniel Negru, fondateur de Quanteec
David Grether, fondateur de Viewsurf et Daniel Negru, fondateur de Quanteec

© Radio France – Annabelle Grelier

Chaque utilisateur devient ainsi un relai de proximité sans qu’il n’ait rien à faire ni qu’il s’en rende compte. La seule chose que l’utilisateur pourra voir, c’est la réduction de son empreinte écologique qui s’affichera en temps réel sur son écran. Une information importante pour Quanteec qui a fondé le cœur de sa technologie sur une approche sobre et l’optimisation des équipements existants. « Les analyses montrent qu’on utilise entre 3 et 20 fois moins d’énergie si c’est un spectateur qui envoie à un autre, plutôt que si c’est un serveur  » confirme-t-il.

Retenue par France Télévisions pour un contrat de quatre ans, qui débutera par la diffusion des épreuves des Jeux Olympiques Paris 2024 sur son application mobile et son site internet, la technologie de Quanteec permettra d’éviter les crashs lors des pics de fréquentation, d’économiser des coûts d’exploitation et de réduire l’empreinte écologique des Jeux.  » On s’était donné l’objectif d’apporter une solution environnementale qui plus est française pour le plus gros évènement de l’année. C’est fait ! » se félicite Daniel Negru. Si la promesse peut paraître mirobolante, pas de stress pour autant  » Pas de problème. ça marchera  » nous dit-il de sa voix assurée d’informaticien.

La technologie est déjà éprouvée, en témoigne l’un de ses premiers clients, David Grether, le directeur général de Viewsurf. Cette entreprise bordelaise, qui déploie des caméras sur les sites touristiques et diffuse plus de 10 millions de vidéos par mois, s’est fait connaître, bien malgré elle, en 2019.  » Quand Notre-Dame a brûlé, on avait une caméra sur Notre-Dame. L’ensemble de nos serveurs ont été saturés. Les émissions et les captations se sont arrêtées d’un coup.  Il est très dur à ce moment-là de réagir.  » Mettre en œuvre des infrastructures qui répondent à ces pics toute l’année, coûte en effet très cher et n’est pas à la portée des petits diffuseurs.   » Tandis qu’une solution qui permet de répondre à l’instant T, sans avoir de surfacturation sur la solution, pour nous c’était assez incroyable  » n’hésite pas à vanter David Grether. D’autant que l’environnement est devenu aujourd’hui une réelle préoccupation pour ses clients et proposer une solution plus sobre est un véritable atout.

Engagée sur la voie du numérique responsable, Quanteec avec sa solution d’optimisation technologique a de quoi séduire nombre de gros diffuseurs en France et à l’étranger. Il faut dire que la vidéo sur Internet type Netflix ou YouTube consomme à elle seule 80% de la bande passante mondiale ! Sans réel concurrent sur son secteur, la vitrine mondiale que lui offrent les JO devrait propulser le développement de la jeune pousse qui attend tout à fait sereinement la cérémonie d’ouverture.

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