Paris n’est pas content. Pas content du tout de voir que ses alliés américains, italiens et même allemands continuent de négocier avec la junte militaire nigérienne alors que les troupes françaises ont été priées sans ménagement de plier bagage de cette ancienne colonie.
Une mauvaise humeur perceptible jusque dans les allées de la commission européenne où le différend entre Paris, Berlin et Rome ne passe pas inaperçu, d’autant que l’Union européenne appelle toujours au retour à l’ordre constitutionnel à Niamey, en plaidant la cause du président déchu Mohamed Bazoum, tout en maintenant une coopération a minima dans le pays.
Contrairement à la France, pourquoi Washington veut rester au Niger
Pragmatisme allemand
La position allemande et italienne se veut d’abord pragmatique. Le ministre de la Défense allemand, Boris Pistorius, a expliqué, lors d’un colloque sur la sécurité au Sahel en mars dernier, qu’il ne fallait pas “faire des conditions démocratiques une condition préalable de notre engagement”, avant de poursuivre “quand les ponts sont brisés, il devient difficile de les reconstruire”.
Jusqu’ici, Berlin dispose d’une centaine de militaires au Niger pour aider à la formation de l’armée nationale. L’Allemagne négocie pour conserver approximativement 50 hommes pour assurer la sécurité d’un aérodrome militaire à Niamey.
Ambition italienne
L’Italie, elle, a réussi à multiplier par deux son contingent sur place en le passant de 250 à 500 militaires. Objectif : participer à l’entraînement de certaines troupes nigériennes. Pour y parvenir, l’Italie avait envoyé une délégation de la défense, des renseignements et des affaires étrangères négocier avec les membres de la junte. Au-delà de cet effort militaire, Rome espère surtout reprendre progressivement les discussions sur les questions migratoires avec les nouvelles autorités qui ont abrogé en novembre 2023 une loi contre les trafiquants de migrants. Le Niger a en effet toujours été une voie de passage pour les migrants subsahariens qui empruntent la route libyenne pour rejoindre l’Europe et donc les côtes italiennes.
Le Niger a succombé à la fièvre régionale des coups d’État
Face à la colère française, l’Italie explique à qui veut l’entendre que son approche permet à l’Union européenne de conserver “un pied dans le pays et dans le Sahel” et évite d’abandonner tout le terrain aux Russes. Une explication qui ne calme pas Paris qui parle, en off, de “trahison italienne” et de “compromission” avec les putschistes.
Détermination américaine
Une approche italienne que partagent les États-Unis, bien décidés à tenter de conserver leur base militaire d’Agadez, dans le nord du pays. Une base où est stationné l’essentiel du contingent composé de 1 100 militaires au service d’une impressionnante flotte de drones qui surveillent la Libye et le Sahel. La secrétaire d’État adjointe aux Affaires africaines, Molly Phee, a été envoyée à Niamey du 12 au 14 mars. Une mission qui s’est soldée par un échec. Les nouvelles autorités nigériennes ont dénoncé l’accord qui les liait à Washington depuis 2012. Dans la foulée, une manifestation “populaire” contre la présence militaire américaine au Niger s’est déroulée à Niamey le 13 avril. Une autre manifestation est prévue ce dimanche 21 avril. Lors de la première marche de contestation, des membres du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le gouvernement de la junte, étaient bien visibles au premier rang.
Washington entend continuer à négocier avec le pouvoir nigérien et refuse pour l’instant d’abandonner du terrain face à Moscou.
Déploiement russe
Les autorités nigériennes n’ont pas fermé définitivement la porte aux Américains mais elles ont accueilli ce 10 avril, une délégation d’une centaine d’hommes de l’Africa Corps, nouvel avatar – plus présentable – de la milice Wagner. Mission : former l’armée locale mais aussi, comme c’est le cas en Centrafrique, protéger le président Abdourahamane Tiani.
L’arrivée des Russes s’est accompagnée d’un silence assourdissant, chacun cherchant à éviter de froisser les autorités nigériennes en se souvenant du sort des troupes françaises.
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