En Haïti, la capitale, Port-au-Prince, continuait de s’enfoncer, dimanche 10 mars, dans les violences liées aux gangs ; les Etats-Unis annonçant avoir évacué une partie du personnel de son ambassade et renforcé les équipes en charge de sa sécurité. « L’augmentation de la violence des gangs dans le voisinage de l’ambassade américaine et de l’aéroport a conduit le département d’Etat à prendre des dispositions permettant le départ d’autres membres du personnel », a précisé l’ambassade sur X.
L’opération, conduite par l’armée américaine, s’est déroulée au cours de la nuit de samedi à dimanche par hélicoptère, selon des habitants du quartier. « Ce transport aérien de personnel à destination et en provenance de l’ambassade s’inscrit dans nos procédures prévues pour renforcer la sécurité des ambassades », a déclaré dimanche l’armée américaine dans un communiqué. L’ambassade des Etats-Unis à Port-au-Prince reste ouverte, a-t-elle précisé.
Le ministère des affaires étrangères allemand a annoncé le départ dimanche de son ambassadeur en Haïti, avec d’autres représentants de l’Union européenne, ajoutant qu’ils travailleraient depuis la République dominicaine « jusqu’à nouvel ordre ».
« Une ville en état de siège »
Le président du Salvador, Nayib Bukele, qui est parvenu à un effondrement de la criminalité dans son pays avec sa politique de main de fer contre les gangs, a proposé dimanche de « résoudre » la crise sécuritaire en Haïti, où les violences liées aux bandes criminelles ne cessent d’augmenter. « Mais nous aurons besoin d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, du consentement du pays hôte et que tous les frais de la mission soient couverts », a-t-il précisé sur X.
Cinq personnes enlevées en février à Port-au-Prince, dont quatre religieux, ont été libérées, a annoncé dimanche leur congrégation catholique. « La congrégation des frères du Sacré-Cœur (…) est soulagée par la libération de quatre de ses membres et [d’]une collaboratrice retenus en otage depuis le 23 février dernier », écrit-elle dans un communiqué. « La lutte n’est pas terminée, car les frères Pierre Isaac Valméus et Adam Montclaison sont encore privés de leur liberté », poursuit-elle.
La capitale d’Haïti, théâtre d’affrontements entre policiers et bandes armées, est « une ville en état de siège », a alerté samedi Philippe Branchat, le chef pour Haïti de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). « Les habitants de la capitale vivent enfermés, ils ont nulle part où aller », décrit-il.
362 000 personnes déplacées en Haïti, selon l’OIM
Les bandes criminelles qui contrôlent la majeure partie de la capitale ainsi que les routes menant au reste du territoire s’en prennent depuis plusieurs jours aux commissariats, aux prisons et aux tribunaux, en l’absence du premier ministre, Ariel Henry, dont elles réclament la démission, tout comme une partie de la population. Celui-ci est, selon les dernières nouvelles, bloqué dans le territoire américain de Porto Rico après un voyage à l’étranger.
Face aux violences, des dizaines d’habitants ont investi samedi les locaux d’une administration publique à Port-au-Prince, espérant y trouver refuge, selon un correspondant de l’Agence France-Presse (AFP). « Depuis hier soir, nous n’avons pas pu dormir. Nous sommes en train de fuir, moi avec mes effets personnels posés sur ma tête, sans savoir où aller », a raconté une habitante qui a dû quitter sa maison. « Aujourd’hui, ce ne sont pas nos voisins de la République dominicaine qui se battent contre Haïti, mais ce sont des Haïtiens, du même sang, qui se battent entre eux », a-t-elle déploré.
Vendredi soir, des hommes armés avaient attaqué le palais national présidentiel et un commissariat de Port-au-Prince, a confirmé à l’AFP le coordonnateur général du Syndicat national des policiers haïtiens (Synapoha). Plusieurs assaillants ont été tués, selon la même source. « L’insécurité est en train de grandir à l’échelle nationale : il y a des violences à Artibonite [région au nord-ouest de la capitale], des blocages à Cap-Haïtien [département du Nord], et des pénuries de carburant au sud [d’Haïti] », note Philippe Branchat.
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Selon l’OIM, 362 000 personnes – dont plus de la moitié sont des enfants – sont actuellement déplacées en Haïti, un chiffre qui a bondi de 15 % depuis le début de l’année. Le gouvernement haïtien a décrété l’état d’urgence dans le département de l’Ouest qui comprend Port-au-Prince, ainsi qu’un couvre-feu nocturne, difficilement applicable par des forces de l’ordre déjà dépassées.
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