un chef de gang menace le pays de « guerre civile » en cas de maintien au pouvoir du premier ministre
La défiance vis-à-vis du pouvoir devient de plus en plus menaçante en Haïti. « Si [le premier ministre] Ariel Henry ne démissionne pas, si la communauté internationale continue de le soutenir, nous allons tout droit vers une guerre civile qui conduira à un génocide », a déclaré, mardi 5 mars, Jimmy Chérizier, surnommé « Barbecue », un chef de gang influent au sein du petit pays pauvre des Caraïbes en proie à de fortes violences.
« Nous devons nous unir. Soit Haïti devient un paradis pour nous tous, soit [elle devient] un enfer pour nous tous », a poursuivi cet ancien policier de 46 ans, devenu chef d’une coalition de bandes armées surnommée « la famille G9 », et visé par des sanctions des Nations unies (ONU). « Il n’est pas question qu’un petit groupe de riches vivant dans de grands hôtels décide du sort des habitants des quartiers populaires », a-t-il encore clamé, équipé d’un gilet pare-balles, portant une arme et entouré d’hommes cagoulés.
La situation « est plus qu’insoutenable pour le peuple haïtien », a réagi mercredi le haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, Volker Türk, précisant que 1 193 personnes ont été tuées depuis le début 2024 à cause de la violence des gangs. Il a appelé au déploiement urgent d’une mission de soutien à la police nationale débordée, soulignant que « la réalité est telle que, dans le contexte actuel, il n’y a pas d’alternative pour protéger la vie des gens ».
M. Türk, qui connaît bien Haïti pour y avoir travaillé dans le passé, a décrit un système de santé « au bord de l’effondrement », des écoles et des entreprises fermées, « des enfants de plus en plus exploités par les gangs ». « L’économie est asphyxiée car les gangs imposent des restrictions aux mouvements de la population. Le principal fournisseur d’eau potable en Haïti a cessé ses livraisons. Au moins 313 000 personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays », s’est-il indigné. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir mercredi à huis clos pour évoquer la situation du pays. Maria Isabel Salvador, représentante des Nations unies en Haïti, leur fera à distance un point sur la situation.
Mercredi, les Etats-Unis ont appelé le premier ministre haïtien à « accélérer la transition » vers une nouvelle « structure de gouvernance » et à organiser des élections dans le pays en crise politique, dévasté par la violence des gangs armés. « Nous l’exhortons à accélérer la transition vers une structure de gouvernance renforcée et inclusive » censée permettre à Haïti de se préparer « de toute urgence » au déploiement d’une mission multinationale attendue « pour répondre à la situation sécuritaire » et « ouvrir la voie à des élections libres et équitables », a déclaré à la presse le porte-parole du département d’Etat Matthew Miller.
Les vols vers Port-au-Prince annulés
Les bandes armées, qui contrôlent des pans entiers d’Haïti et une grande partie de la capitale, Port-au-Prince, ont récemment annoncé se liguer contre le gouvernement et mènent des attaques contre des infrastructures et des sites stratégiques, profitant d’un voyage à l’étranger du premier ministre. La capitale est sous état d’urgence et couvre-feu depuis dimanche, après la libération par des bandes armées de milliers de détenus.
Des gangs armés ont attaqué, mardi, l’académie de police de la capitale haïtienne, après avoir tenté la veille de s’emparer de l’aéroport international Toussaint-Louverture. L’attaque contre l’académie, où plus de 800 personnes sont en formation, a été repoussée par des policiers déployés en renfort, a déclaré Lionel Lazarre, coordonnateur du Syndicat national de policiers haïtiens (Synapoha).
Plusieurs personnes armées ont pris d’assaut un commissariat de police près de l’aéroport et l’ont incendié, selon la même source. Les troubles ont conduit les compagnies aériennes internationales à annuler tous les vols à destination de Port-au-Prince.
Ces violences succèdent aux assauts lancés au cours du week-end contre deux prisons de Port-au-Prince, qui se sont soldés par l’évasion de milliers de détenus et une dizaine de morts. En réaction, le gouvernement a décrété l’état d’urgence et un couvre-feu nocturne de trois jours renouvelables jusqu’à mercredi inclus.
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Cette nouvelle « escalade » de la violence a forcé quelque 15 000 personnes à fuir leur domicile à Port-au-Prince, a dit, mardi à New York, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, précisant que les humanitaires avaient commencé à distribuer de la nourriture et d’autres produits de première nécessité sur trois nouveaux sites de déplacés.
Ariel Henry dans l’incapacité de rentrer
Après avoir été comme paralysée, la capitale a semblé malgré tout, mardi, reprendre un semblant d’activité, même si certaines rues restent barricadées par les pierres et les troncs d’arbres mis en place par les habitants pour se protéger, d’après des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP). Les transports fonctionnent à nouveau et les commerces ont rouvert. De longues files d’attente s’allongent devant les magasins, les banques et les stations-service.
Ariel Henry, au pouvoir depuis l’assassinat, en 2021, du président Jovenel Moïse, tente, de son côté, de regagner Haïti et a atterri mardi à Porto Rico, alors qu’il était en visite la semaine dernière au Kenya afin de signer un accord pour l’envoi de policiers kényans dans son pays dans le cadre d’une mission internationale soutenue par l’ONU et les Etats-Unis.
D’après le média local Radio Télé Métronome, Ariel Henry n’a pas pu rentrer à Port-au-Prince en raison du manque de sécurité à l’aéroport. Selon le média dominicain CDN, l’avion privé du premier ministre, en partance de l’Etat américain du New Jersey, a atterri à Porto Rico, territoire américain des Caraïbes, après s’être vu refuser un atterrissage en République dominicaine, pays voisin d’Haïti. Les relations sont tendues entre les deux pays.
Sheila Anglero, la porte-parole du gouvernement de Porto Rico, jointe par l’AFP, a précisé ne pas savoir si le premier ministre haïtien se trouvait toujours sur l’île.
Haïti, pays le plus pauvre des Amériques, est confronté à une profonde crise politique, humanitaire et sécuritaire aggravée par l’assassinat de Jovenel Moïse, avec un processus politique dans l’impasse totale. Selon l’ONU, plus de 8 400 personnes ont été victimes de la violence des gangs en 2023, ayant été tuées, blessées ou enlevées, « une augmentation de 122 % par rapport à 2022 ».
Reconnaissant les exactions commises par des membres de gang, Jimmy « Barbecue » Chérizier a appelé, mardi, la société à aller de l’avant : « Oui, nous sommes conscients que les hommes armés ont commis des actes nuisibles à la société, mais (…) je pense que la société doit leur pardonner et s’unir pour repenser une nouvelle Haïti », a-t-il ainsi déclaré.
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