Election présidentielle au Sénégal : une campagne éclair et un scrutin très ouvert

Sur l’enceinte poussée au volume maximum, une voix métallique crachote un slogan en Wolof. Ce matin-là, ils sont une petite poignée de militants à faire le tour des rues de Mermoz, un quartier du centre de Dakar.

Tee-shirt et casquette aux couleurs du candidat Amadou Ba, le dauphin du président sortant, Fatou motive ses troupes et harangue les curieux. « Il faut voter dimanche ! Votez Amadou Ba, le candidat de l’emploi ! » A quelques mètres, un commerçant observe la scène depuis sa boutique. Sur le mur trône une affiche à l’effigie du candidat de l’opposition Bassirou Diomaye Faye : « Nous voterons pour Diomaye et Sonko car nous voulons le changement. Ce sont les seuls à pouvoir améliorer le pays. »

Dix-neuf candidats en lice

À Dakar et dans le reste du Sénégal, c’est la dernière ligne droite d’une séquence présidentielle inédite, bousculée par la décision du président de la République, Macky Sall, qui ne pouvait se représenter, de reporter d’au moins dix mois le scrutin à quelques semaines de la date initiale, prévue fin février. Contraint par le Conseil constitutionnel et mis sous pression par la communauté internationale, le président a finalement arrêté la date du 24 mars après plusieurs semaines de manifestations et de crise politique.

Amadou Ba, le candidat de la coalition présidentielle, et Bassirou Diomaye Faye, qui porte les couleurs de l’opposition, s’affronteront donc dimanche dans les urnes avec 17 autres prétendants. « C’est une élection très ouverte, en raison du nombre de candidats notamment. En 2019, ils n’étaient que cinq à se présenter », rappelle Babacar Ndiaye, analyse politique du think tank Wathi. « C’est aussi la première fois que le président sortant n’est pas candidat à succession, et on ne sait pas si son successeur désigné va bénéficier de la prime au sortant. »

Le thème de l’emploi

Autre particularité de cette campagne : sa durée éclair. Au lieu des trois semaines habituelles, les candidats n’ont bénéficié que d’une quinzaine de jours pour partir à la rencontre des électeurs.

Aussitôt libéré de prison la semaine dernière, Bassirou Diomaye Faye s’est rendu en Casamance, dans le sud du Sénégal, fief de l’opposition et de son chef, lui aussi emprisonné jusqu’à récemment, Ousmane Sonko, où les deux hommes ont été accueillis par une foule en liesse. Le candidat en a profité pour marteler l’un des points clés de son programme : le retour d’un « Sénégal souverain » émancipé de ses liens avec la France.

De son côté, Amadou Ba a tenté de multiplier les apparitions dans le pays, prédisant sans relâche une victoire dès le premier tour qui semble a priori peu probable.

En deux semaines, les 19 candidats ont déroulé les thèmes principaux de leur programme. L’économie et l’emploi des jeunes, qui représentent 60 % de la population du pays et souffrent d’un fort de taux de chômage, y figurent en bonne place. Dans la lignée du président Macky Sall, Amadou Ba qui se présente comme « le président de l’emploi » promet la création d’un million d’emplois d’ici à 2028, tandis que la seule femme candidate, Anta Babacar Ngom, prône la création d’un revenu universel. De son côté, la coalition de l’opposition, portée par Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, annonce qu’elle apportera un soutien financier accru au secteur agricole.

Tradition démocratique

Dimanche, les regards de tous les pays de la région seront tournés vers le Sénégal, qui devra tenir sa place, celle d’un pays à la longue tradition démocratique dans une région secouée par plusieurs coups d’Etat ces dernières années. « La crise dans laquelle le pays a été plongé ces dernières semaines a mis un coup de projecteurs sur le Sénégal pour les mauvaises raisons, regrette Babacar Ndiaye. Pourtant, rajoute l’analyste, la décision courageuse du Conseil constitutionnel de s’opposer au report de l’élection présidentielle a aussi envoyé un signal fort, qui renforce la démocratie. » Dans deux jours, la démocratie sénégalaise aura à nouveau l’occasion de prouver sa vitalité et sa résistance.

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