C’est un ultime revers pour Karim Wade, candidat recalé à l’élection présidentielle au Sénégal. Les recours déposés devant la Cour suprême afin de suspendre les décrets fixant la date du scrutin et la durée de la campagne ont été déclarés « irrecevables », vendredi 15 mars, par le juge de la haute juridiction. Cette décision, qui était sa dernière chance de pouvoir concourir pour la magistrature suprême, met définitivement fin aux espoirs du fils de l’ancien président Abdoulaye Wade, désigné candidat par le Parti démocratique sénégalais (PDS).
Au sortir de l’audience, une trentaine de militants du PDS ont laissé éclater leur déception. « Je suis fâchée contre l’actuel président, Macky Sall, car il a planté Abdoulaye et Karim Wade. Sans Karim, il n’y aura pas d’élection ! », crie une militante qui espérait une annulation du scrutin et la reprise à zéro du processus électoral. « Nous avons utilisé le droit pour nous battre démocratiquement et pacifiquement », souligne pour sa part Lat Dior Diop, membre du PDS.
Lundi, plusieurs recours avaient été déposés par Karim Wade et d’autres candidats contre le décret présidentiel convoquant les électeurs aux urnes le 24 mars, faisant valoir que le délai laissé à la campagne électorale était de douze jours et non de vingt et un, comme le prévoit la Constitution. Mais la Cour suprême s’est déclarée incompétente en la matière, estimant que le Conseil constitutionnel, qui a validé cette date, avait « la plénitude de juridiction en matière électorale ».
Depuis la publication par le Conseil constitutionnel, en janvier, de la liste des candidats à la présidentielle – dont il est exclu –, Karim Wade cherche par tous les moyens à contester cette décision depuis le Qatar, où il est exilé depuis 2016. Son parti a d’abord affirmé que certains des juges avaient été corrompus par Amadou Ba, qui était alors premier ministre et le candidat de la coalition de Macky Sall. Ces accusations avaient entraîné la création d’une commission d’enquête parlementaire et avaient poussé le président à annoncer le 3 février le report du scrutin, plongeant le pays dans une crise politique inédite.
La question du report des voix
Ces rebondissements avaient néanmoins suscité des espoirs au sein du PDS, un dialogue national mis sur pied en urgence ayant notamment préconisé une révision de la liste des candidats. Las, le Conseil constitutionnel, dans une nouvelle décision, a exigé que seules les 19 personnes choisies initialement puissent se présenter et ordonné au chef de l’Etat d’organiser le scrutin avant le 2 avril – la date du 24 mars a alors été retenue.
A neuf jours de l’élection, la nouvelle tentative de report a donc échoué et rien ne semble pouvoir empêcher, désormais, la tenue du scrutin. Mais la crise reste vive. Mercredi, le PDS a exigé la « dissolution immédiate du Conseil constitutionnel » et a annoncé vouloir saisir la justice « afin de faire toute la lumière sur ces faits » de corruption. « Ce qui nous a toujours intéressés, c’est que cette élection puisse avoir lieu dans un contexte de stabilité pour que les Sénégalais puissent choisir leur président de la République », a déclaré Mamadou Diop Decroix, candidat recalé à l’élection présidentielle et allié du PDS.
La question est maintenant de savoir vers lequel des 19 candidats les voix des sympathisants du PDS vont se reporter, alors que le parti est l’un des poids lourds de l’opposition au Sénégal, avec 27 députés à l’Assemblée nationale.
Le jeu politique s’est de nouveau recomposé, jeudi, avec la sortie de prison d’Ousmane Sonko, le principal opposant, et de son bras droit, Bassirou Diomaye Faye, qu’il a désigné comme candidat à la présidentielle. Vus par le camp au pouvoir comme de redoutables rivaux, les deux hommes devaient tenir leur première conférence de presse vendredi en fin d’après-midi, avant de débuter une campagne électorale express.
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