Passé depuis peu au micro avec un premier single, l’Ivoirien Akatche s’est fait en une décennie une solide réputation en Afrique de l’Ouest comme sur la scène française. Derrière ses claviers et autres outils de programmation, il compte en effet de multiples collaborations, d’Aya Nakamura à Sidiki Diabaté en passant par Didier Awadi ou Kendji Girac.
Voir un nom apparaitre de plus en plus souvent sur des projets musicaux est un indice qui ne manque pas d’éveiller une forme de curiosité plaisante : la sensation d’assister à l’éclosion, ou plutôt la reconnaissance d’un talent qui, s’il s’exprime dans l’ombre de ceux qui tiennent les premiers rôles, n’en est pas moins devenu évident pour ses pairs. La visibilité acquise par Akatche au cours des huit dernières années, auprès d’un nombre impressionnant d’artistes d’Afrique de l’Ouest comme de France, dans des registres très différents, en est symptomatique.
Il y a quelques mois, le musicien ivoirien installé au Sénégal franchissait une nouvelle étape : cette fois, c’est sous sa propre identité que cet apporteur de sons se transformait en chanteur. Pour créer la surprise – et marquer les esprits –, rien de mieux que s’illustrer là où personne ne vous attend. Yaw Rek Lay Top, interprété en wolof, puise son inspiration de l’autre côté de l’Atlantique : un zouk, qui a la singularité d’avoir les sonorités identifiables du kompa gouyad haïtien, mais aussi celles d’une guitare mandingue en arrière-plan !
Rien n’était en réalité prémédité. Comme d’habitude, Akatche avait composé un titre qui répondait à sa vision de mélanger les univers et cherchait à quelle voix, de préférence nouvelle sur la scène locale, le confier. Coup sur coup, ses partenaires consultés pour l’occasion lui ont fait la même réponse : “Pourquoi tu ne le chantes pas toi-même ?”
Le trentenaire a beau avoir toujours eu des réticences à s’entendre au micro, il a fini par se laisser convaincre, d’autant que le label français BLZ avec lequel il travaille l’a encouragé dans sa démarche. Et que les réactions aux vidéos postées en guise de test sur les réseaux sociaux ont été positives. “Ça m’a donné confiance”, constate avec humilité celui qui a pourtant collaboré avec un bel aréopage d’artistes de renom.
A l’ombre de grands artistes
Quand il décide de rester au Sénégal en 2013, après y avoir fait plusieurs séjours avec son groupe Jahmo Band qui a accompagné entre autres Daara J Family, il espère trouver à Dakar pour son backing band un “coin fertile”, par comparaison avec Abidjan où il est plus compliqué de s’imposer vu la concurrence dans ce secteur. Le jeune homme a toujours baigné dans un environnement musical, à commencer par sa famille, originaire du Ghana. “On faisait de la musique highlife à l’église”, se souvient-il. D’abord la batterie, que le petit Beneth Seraphin Koffi (à l’état civil) commence à cinq ans. Puis le piano, trois ans plus tard, après avoir lorgné sur un petit clavier de trois octaves que son père réparait.
En 2006, à quatorze ans, avec le groupe Révélation de Port-Bouët (du nom de la commune d’Abidjan où il réside), il remporte le tremplin de la fameuse émission Podium, connue de longue date dans toute la Côte d’Ivoire. À la clé, un album “de variété” dans le studio de Tiken Jah Fakoly (qu’il a retrouvé en tant qu’instrumentiste sur Le Monde est chaud en 2019) à Bamako. Le reggae ? “C’est mon école, ça m’a développé musicalement”, estime le musicien tombé amoureux du groove de la musique jamaïcaine après être entré au service de son compatriote Spyrow Fayaman, lequel l’emmène pour la première fois au Sénégal.
Dans ce qui devient son pays d’accueil, Didier Awadi prend le relais en l’impliquant sur le EP des 25 ans du groupe Positive Black Soul en 2014. Reconnaissant envers son “tuteur”, Akatche lui est resté fidèle, aussi bien en studio que pour Sargal, l’émission musicale télévisée animée par le rappeur. Avec Wuyuma pour Viviane Chidid, d’autres portes s’ouvrent. Au Sénégal, il y aura encore Wally Seck, Aida Samb ou Carlou D aux côtés duquel il joue en France. En Guinée, il est sollicité par Banlieuz’art ou encore Soul Bang’s, lauréat du Prix Découvertes RFI 2016 ; au Mali, par Sidiki Diabaté…
Envie de spectacles
Remarqué et enrôlé par l’ancien patron d’Universal Africa, Romain Bilharz, il se retrouve embarqué dans ces séminaires de création qui privilégient une approche quasi industrielle de la musique : pendant une semaine ou dix jours, une task force de compositeurs, auteurs, musiciens, topliners (en charge des mélodies) fabrique de la musique en abondance, destinée à l’album d’un artiste, mais qui peut aussi finir sur celui d’un autre !
À son palmarès, Akatche accroche ainsi de nouveaux trophées, parfois sans jamais rencontrer les intéressés : Aya Nakamura, Yannick Noah, Mayra Andrade, Emma Peters… La méthode ne lui déplait pas forcément. “Le corps à corps avec les artistes en studio, ce n’est pas facile”, explique-t-il, admettant avoir tendance à “être naturellement dans [son] coin”.
Pour autant, quand on lui propose de rejoindre Kendji Girac sur sa tournée en France en mars 2022, il saute sur l’occasion. À quelques jours de l’échéance, il découvre qu’il doit, en plus des claviers, jouer de la guitare, ce qu’il n’a jamais fait ! Et déclencher des séquences, synchronisées avec les vidéos projetées ! L’homme relève le défi, conscient de ce qui pèse sur ses épaules. “Quand je suis arrivé, j’avais tellement peur ! Je stressais trop car le niveau était très haut”, sourit-il. L’expérience a laissé des traces : “Ça change ta manière de penser. Tu ne veux plus juste faire des concerts, mais faire des spectacles”, observe l’Ivoirien.
Avant de mettre ces enseignements à profit en live, il compte bien donner prochainement une suite discographique à son récent single, qui a bousculé ses plans et révélé des envies inavouées. L’appétit vient aussi en chantant.
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