Subventions aux carburants : les prévisions du Cameroun divergent avec celles de Fitch Ratings et les tendances du marché

(Investir au Cameroun) – Dans un rapport publié le 10 juin 2022, l’agence de notation américaine Fitch Ratings estime qu’au Cameroun, « les subventions aux carburants s’élèveront à 480 milliards de FCFA (soit 1,8% du PIB), contre 120 milliards de FCFA initialement prévus ». Cette projection repose sur la décision du gouvernement camerounais de ne pas répercuter à la pompe, la hausse des prix observée sur le marché international, en raison du conflit entre la Russie et l’Ukraine.

Dans l’ordonnance modifiant et complétant certaines dispositions de la loi de finances 2022, signée par le président de la République, le 2 juin dernier, les « subventions et contributions » connaissent une hausse de 360 milliards de FCFA pour se situer à 625,4 milliards de FCFA. Mais le document, qui sera bientôt soumis à l’examen du parlement, ne précise pas quelle est la part de cette enveloppe qui sera allouée aux subventions des prix des carburants.

Mystère

L’estimation de l’agence de notation américaine est plutôt modeste, comparée aux propres projections du gouvernement. En effet, au cours d’un point de presse organisé le 30 mars 2022 à Yaoundé, la capitale du pays, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, avait estimé à 672 milliards de FCFA le montant de la subvention nécessaire pour maintenir inchangés les prix des produits pétroliers finis (gaz compris) à la pompe au Cameroun, au cours de l’année 2022.

Dans la même veine, au cours du récent road-show, au terme duquel l’État du Cameroun a pu mobiliser 235 milliards de FCFA sur le marché financier sous-régional, par appel public à l’épargne, le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, a à plusieurs reprises annoncé aux investisseurs des subventions aux carburants de « plus de 600 milliards de FCFA » au cours de l’année 2022.

Suivant les prévisions des deux membres du gouvernement, c’est donc tout le budget des « subventions et contributions » qu’il faudra consacrer au soutien aux prix des carburants à la pompe. Sauf qu’on ignore sur la base de quelles hypothèses (volume de la consommation, cours du brut, valeurs du dollar…) Magloire Mbarga Atangana et Louis-Paul Motazé ont fait leurs projections. Même Fitch Ratings ne dévoile pas les siennes.

Divergences avec le marché

La loi de finances initiale a été élaborée sur la base d’un baril à 64,5 dollars et un taux de change de 575,5 FCFA pour un dollar. Selon la Banque des États de l’Afrique centrale, le prix du baril de pétrole a augmenté de 23,4 % et celui du gaz naturel de 3% au premier trimestre. Et de son côté, le taux de change du dollar n’a pas augmenté de plus de 10% sur la période. Dans ce contexte, les ressorts d’une multiplication par 4 ou 3 des prévisions de subventions aux prix des carburants méritent d’être questionnés par les parlementaires lors de l’examen de l’ordonnance modifiant et complétant certaines dispositions de la loi de finances 2022.

La décision du gouvernement de renforcer la subvention plutôt que de rationaliser les prix devrait aussi faire débat. Le Fonds monétaire international (FMI), avec lequel le Cameroun est sous-programme économique, est constant sur les effets négatifs des subventions. Dans une étude publiée en octobre 2018, ses experts estimaient, par exemple, que 50% des ménages, représentant les tranches les plus aisées, ont reçu 96% des subventions sur l’essence. Une façon de voir qui n’est pas partagé par gouvernement et même une partie de la classe politique.

Brice R. Mbodiam

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