La technologie et l’IA font revivre les morts: « On a de plus en plus de demandes pour un QR Code sur les tombes »

Les nouvelles technologies n’en finissent pas d’investir de plus en plus de domaines et le secteur des pompes funèbres n’y échappe pas. Doucement mais sûrement, elles font le lien entre les morts et les vivants. Après l’Horeca, c’est au cimetière qu’on commence à apercevoir des QR Codes.

Les pompes funèbres Dekimpe, du côté de Comines-Warneton, reçoivent depuis moins d’un an ce petit code-barres carré à apposer sur la tombe. “C’est une société externe qui le fait. Cela comprend des données numériques. En scannant le QR Code, on peut voir bien souvent des vidéos de la personne décédée ou des photos. Ce n’est pas encore dans l’ère du temps mais ça arrive. C’est surtout des jeunes qui demandent ça.”

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En France plusieurs sociétés privées comme Histoire de vie et Auctus Vitae immortalisent le souvenir du défunt en ligne. Dans la partie francophone du plat pays, cette pratique n’est encore qu’à ses balbutiements même si le secteur en a connaissance et y réfléchit de plus en plus.

”On y a déjà pensé mais on n’avait aucune envie de s’engouffrer là-dedans. Au salon des pompes funèbres à Paris, on voit des choses incroyables et beaucoup de bêtises car on reste dans un cadre de décès”, confie Denis Fontaine, entrepreneur en pompes funèbres à Charleroi. “Il y a beaucoup d’options viennent avec dans les funérailles mais ça reste modeste. On a par contre des demandes pour un livre de deuil en ligne ou la construction de chanson en ligne.”

L’IA fait parler les morts

De plus en plus de personnes font leur deuil en ligne avec des pages web commémoratives. En poussant le concept plus loin, de plus en plus de services proposent une conversation avec les morts grâce à l’intelligence artificielle : StoryFile, Seance AI, HereAfter AI, Replika ou encore Project December. Non non, ce n’est pas un futur dystopique ni un épisode de la série “Black Mirror”.

Sur base des souvenirs, des messages et des informations partagées, l’IA crée une version artificielle de la personne décédée ou un avatar tellement développé que cette création parle. Pour certains, cette technologie du deuil peut maintenir les gens dans un état de chagrin. “L’IA est extraordinaire, c’est une révolution qui peut faire beaucoup de choses mais ça devient complètement absurde. Si certains s’y retrouvent tant mieux mais faire parler un ordinateur à la place du mort, c’est trop. Il faut accepter que la personne est partie”, commente Denis Fontaine qui a un peu peur de cette dérive.

Vinciane Despret ne s’alarme pas. “Il y a d’autres manières de vivre la perte. Les gens savent très bien à quoi ils ont affaire. Ils sont inventifs pour le pire et le meilleur. À chaque nouvelle invention de communication, elle a très vite été détournée pour communiquer avec les morts. Cela s’est peut-être intensifié car on vit désormais avec l’idée constante que le réel est beaucoup plus instable : on ignore qui se trouve derrière avec les réseaux sociaux”, analyse la psychologue et philosophe.

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En tout cas, une industrie se développe autour de la mort ces dernières années. “Communiquer avec le mort est un niveau au-dessus et l’IA via le chatbot offre une opportunité de vraiment parler avec le mort. Cela pose des questions émotionnellement et éthiquement parlant”, estime Zoé Ghyselinck (UGent/KUL Leuven), chercheuse spécialisée dans la communication avec les morts. “L’IA n’est pas plus dangereuse que les autres méthodes mais on a besoin d’un cadre éthique pour ne pas laisser des profiteurs utiliser des personnes à un moment très vulnérable pour des raisons financières. Tout évolue rapidement et on doit s’adapter.”

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