À la Une: CES contre Cédéao

Il y avait l’AES, l’Alliance des États du Sahel… Il y a désormais la CES, la Confédération des États du Sahel… C’est la nouvelle entité créée par les régimes militaires au pouvoir au Burkina Faso, au Mali et au Niger. « Les trois pays sahéliens ont donc entériné leur alliance lors de leur premier sommet samedi à Niamey, pointe Le Monde Afrique, une décision qui acte leur rupture avec le reste du bloc ouest-africain. »

En effet, rappelle le journal, « ces trois pays avaient annoncé en janvier leur départ de la Cédéao, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, une organisation qu’ils jugent instrumentalisée par la France, ex-puissance coloniale avec laquelle ils ont multiplié les actes de rupture. » 

Au travers de cette nouvelle entité, le Burkina Faso, le Mali et le Niger « ont décliné des ambitions dans des secteurs qui semblent couvrir l’ensemble des domaines d’intervention d’un État, relève Jeune Afrique : l’agriculture, l’eau, l’énergie, l’éducation, les transports et même la finance, avec la confirmation d’une prochaine banque d’investissement de l’organisation tripartite. Il ne manque à l’arsenal de mutualisation qu’une monnaie qui permettrait de jeter aux orties le très symbolique franc CFA. »

Et « comme pour rendre indénouable le tissage idéologique du quotidien des trois pays sahéliens, pointe encore Jeune Afrique, l’annonce de cette « confédération » de 72 millions d’habitants est apparue comme un message envoyé à la Cédéao, toujours sur un ton anti-occidental. Hasard heureux du calendrier ou bien chronogramme bien pensé ? Le trio kaki lançait sa nouvelle offensive néo-souverainiste, samedi, la veille d’un sommet, au Nigeria, du regroupement régional dont il a claqué la porte, une communauté jugée « factice » et « instrumentalisée ». »

La Cédéao : « le nègre de service de la France » ?

La presse malienne pour sa part se félicite de la création de la nouvelle entité… Notamment Le Challenger à Bamako, « face à une Cédéao très affaiblie, qui s’est aussi réunie dimanche en sommet ordinaire à Abuja au Nigéria, l’AES a décidé de marquer sa ferme détermination à tracer sa propre voie, celle de la pleine souveraineté. (…) En toile de fond, les ambitions souverainistes des trois pays, en rupture avec la Cédéao, devenue plus nègre de service de la France que soucieuse des intérêts de ses membres. »

Plus mesuré, L’Alternance, toujours à Bamako, s’interroge : « la Confédération AES est née ! Adieu à la Cédéao ? » Car, poursuit le périodique, « qu’il s’agisse de la force conjointe ou encore de la libre circulation des personnes et de leurs biens tout comme la nécessité d’une coordination de l’action diplomatique, il n’y a pas de différence fondamentale entre les deux organisations. »

Faure Gnassingbé et Bassirou Diomaye Faye pour recoller les morceaux

De son côté, la Cédéao était donc réunie en conclave dimanche à Abuja… L’organisation sous-régionale a confié aux présidents togolais, Faure Gnassingbé et sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, la mission de recoller les morceaux avec les trois États sahéliens.

« La partie est loin d’être jouée ! », estime WakatSéra à Ouagadougou. « La Cédéao devra mettre beaucoup d’eau dans son vin et accepter, en plus de la main tendue, de revenir notamment, sur certaines prises de position contre les putschs militaires qui sont aussi condamnables que les « coups d’État constitutionnels » opérés dans certains de ses pays membres. Dans le même temps, poursuit le site burkinabé, les pays de l’AES devraient également faire des concessions d’envergure, singulièrement pour un meilleur respect des droits humains. Et tous les efforts, de part et d’autre, mis bout à bout, pourraient bien ramener l’entente et la solidarité légendaires qui constituent la marque déposée des Africains. Mais, en attendant ces beaux jours visiblement encore lointains, conclut WakatSéra, Bassirou Diomaye Faye et Faure Gnassingbé doivent œuvrer pour amener tout le monde sous l’arbre à palabres africain, loin de toute influence étrangère, qu’elle soit russe, française, américaine, chinoise, ou autres. »

Examen de conscience…

Enfin, le président sénégalais s’est exprimé à l’issue du sommet d’Abuja. « Bassirou Diomaye Faye a insisté sur la nécessité d’éviter un retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cédéao, relève Afrik.com. Selon le nouveau dirigeant sénégalais, cette sortie des trois pays serait le pire des scénarios et une grande blessure au panafricanisme. »

Mais dans le même temps, Bassirou Diomaye Faye a appelé à un examen de conscience : « nous devrons sans doute débarrasser la Cédéao des clichés et des stéréotypes qui la réduisent à la posture d’une organisation soumise aux influences de puissances extérieures et distante des populations », a-t-il dit avant de poursuivre : « il faut réfléchir davantage sur les sanctions communautaires extrêmes, qui, au regard de leurs impacts économiques et sociaux sévères, renforcent malheureusement l’idée d’une institution qui punit ses populations au lieu d’être à leur service et à leur secours. »

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