Au Kasaï-Oriental, l’indispensable gratuite des soins pour les plus vulnérables

Dans la salle des urgences pédiatriques, le Docteur Masengo discute avec la mère d’un patient. « C’est mon premier et seul enfant » raconte Noëlla, 19 ans, assise sur un banc en bois auprès d’un lit d’hôpital pour enfant surmonté de barreaux. Le berceau médicalisé est recouvert d’un drap de couleur bleu sombre, des tremblements l’agitent à intervalles réguliers. A tout juste un an et sept mois, Mbiya souffre d’une méningite et de tuberculose qui ont entraîné un état de malnutrition aiguë sévère. Aujourd’hui durant la visite du Docteur Prudence Masengo et de ses stagiaires en pédiatrie à l’unité nutritionnelle thérapeutique interne de l’hôpital de Bonzola, le petit garçon a été pris de convulsions.

« Au début il avait simplement de la fièvre mais son état s’est aggravé et je l’ai emmené ici à l’hôpital. J’ai appris qu’il avait ces maladies et que comme il ne mangeait plus, il était aussi tombé dans la malnutrition, explique Noëlla. Parti il y a deux ans lorsqu’elle était encore enceinte, le père de l’enfant continue de l’appeler régulièrement “Il n’avait pas l’argent pour la dot. Il a dit qu’il partait en chercher mais il n’a toujours pas l’argent pour le mariage et sa famille ne veut pas l’aider.” Sans emploi, Noëlla vit à la charge de sa mère avec ses quatre petits frères et sœurs ainsi que son fils. La grand-mère revend des vêtements usagés mais Noëlla espère ouvrir un petit commerce pour prendre en charge elle-même Mbiya.

Dans l’hôpital de Bonzola, les enfants malnutris sont accueillis dans trois pièces. La salle des urgences accueille les complications médicales extrêmement sévères comme celles de Mbiya. La salle de phase aiguë est prévue pour ceux qui n’ont pas encore retrouvé l’appétit et qui sont soignés avec du lait thérapeutique pour retrouver leur métabolisme de base et enfin la salle de transition. Dans cette dernière, les mères soulagées regardent leurs enfants délaisser le lait thérapeutique au profit de la pâte solide des aliments thérapeutiques prêt à l’emploi en attendant qu’ils soient assez en forme pour sortir de l’hôpital et continuer leur traitement en ambulatoire.

Au total, 53 lits sont répartis entre les différentes salles et une vingtaine d’enfants malnutris avec complications sévères comme Mbiya sont accueillis par mois. Les accompagnants ont leurs repas pris en charge gratuitement. Chaque jeune patient a son histoire mais pour le Docteur Prudence Masengo, les causes de la malnutrition tiennent principalement à la pauvreté due à la faillite de la MIBA mais aussi au manque d’espacement entre les naissances. Effectivement avoir des enfants rapprochés augmente le risque de malnutrition pour le premier né, lequel est souvent sevré brutalement lorsqu’une seconde grossesse se déclare. Pour sensibiliser les mères et leur donner le choix sur leur santé, la planification familiale fait donc partie des activités en santé sexuelle et reproductive menées par Action contre la Faim dans les centres de santé de la zone comme dans celui de Jérémy tenue par Madeleine Ntumba.

Donner le choix de son suivi de grossesse

 

Dans la pénombre de la salle post-partum du centre de santé Jérémy, Madeleine Ntumba, la responsable, s’affaire auprès de trois jeunes mères étendues sur leurs lits surmontés de moustiquaires. Soubila et Kauawanga sont nés ce matin et la fatigue qui creuse les visages des femmes et de la soignante est contrebalancée par la joie que tout se soit bien déroulé. Mutuba a vu le jour hier. Enveloppé dans une couverture, il est tenu fermement par Mélanie. Il sourit, répondant sans le voir au sourire de sa mère. 

Dans les centres de santés soutenus par Action contre la Faim dans les zones de Nzaba et Bonzola à Mbuji Mayi, les accouchements, les consultations pré et postnatales et le planning familial sont gratuits. Une gratuité qui permet de réduire les risques pour ces mères et leurs enfants dans un contexte de pauvreté. “ C’est une population démunie, explique Madeleine. Avant les femmes n’avaient pas de moyens vraiment, parfois elles accouchaient dans la communauté et il y avait des décès des enfants. Avec l’appui d’ACF, il y a une grande différence de fréquentation. » En parallèle, les personnels de santé sensibilisent à l’espacement des naissances qui permet d’assurer aux enfants et aux mères les meilleures chances d’être en bonne santé et d’éviter la sous-nutrition. 

Mélanie a suivi tous les conseils de grossesse et s’est rendue aux consultations prénatales. Ses deux aînés sont espacés de deux ans et ont été allaités exclusivement jusqu’à 6 mois comme préconisé par l’OMS. La planification familiale permet de réduire la mortalité et la morbidité maternelle et infantile. « Les centres de santé ont été construits pour nous. Si j’accouche à domicile il y a beaucoup de risques, pour moi-même et pour mon enfant. Il y a des risques que j’attrape des maladies, de faire une hémorragie post-partum. » Lors de ses grossesses, les conseils sur l’espacement des naissances ont été pris en compte « On me disait toujours que si je fais un bon espacement, il y a plus de chance que mon enfant ait beaucoup de poids et une bonne santé et ça lui épargne beaucoup de maladies. »

Un plateau métallique sur les genoux encombré d’objets divers, Madeleine s’assoie sur le rebord du lit de Mélanie et Mutuba. Elle explique à la nouvelle mère les méthodes contraceptives qui sont disponibles. Implant, injection, stérilet, recours aux méthodes dites naturelles comme un collier de perles colorés pour suivre son cycle : la soignante présente les avantages et le fonctionnement de chaque méthode.

Mélanie choisit l’implant. Elle s’estime chanceuse car elle fait du petit commerce et son mari est enseignant. Dans son foyer, les discussions sont ouvertes entre les époux et son choix de planification familiale est respecté.  Madeleine reconnaît que ce n’est pas le cas partout et qu’il y a encore beaucoup à faire pour sensibiliser les communautés à la planification familiale et à la gratuité de l’accès aux soins.

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