La Tribu Salsa Band remporte le Syli d’or

L’orchestre montréalais Tribu Salsa Band a remporté jeudi le Syli d’or 2023, grand prix du concours des musiques du monde organisé par les Productions Nuits d’Afrique depuis 16 ans. L’issue de la soirée opposant trois finalistes n’a sans doute pas donné trop de maux de tête au jury constitué de professionnels et du public réuni au théâtre La Tulipe : la Tribu a offert une performance simplement parfaite en comparaison à celles des inexpérimentés, mais prometteurs, Abondance (Syli d’argent) et Lil K HPB (Syli de bronze).

La Tribu Salsa Band s’est formée il y a moins de deux ans, mais, mise bout à bout, l’expérience des musiciens se compte en décennies. L’origine du projet nous a été ainsi résumée : en pleine pandémie, des musiciens se regroupaient pour partager ensemble leur amour de la salsa dura (ou salsa brava), ce son gravé dans l’histoire par le mythique label new-yorkais Fania Records, fondé dans les années 1960 par le non moins mythique chef d’orchestre d’origine dominicaine Johnny Pacheco.

Or, en observant cette petite douzaine de musiciens (section de cuivres et de percussions, quatre chanteurs, imaginez l’impressionnant déploiement) prendre place, on comprend vite que la pandémie a réuni la crème de la crème des musiciens de la scène salsa montréalaise. Ces gars-là sont en parfait contrôle de leur art, jusque dans le costume de scène et les pas de danse qui accompagnent chaque chanson de leur répertoire, constitué de classiques et de compositions originales.

En un rien de temps, le parterre s’est transformé en plancher de danse, les couples qui se formaient et les autres qui gigotaient en néophytes à leurs côtés. L’énergie, l’enthousiasme, l’exécution réglée au quart de temps, la ponction des cuivres, ce bassiste méticuleux et groovy, le piano qui pétillait entre les bouffées de timbales, c’était patent : elle serait imbattable, la Tribu Salsa Band.

On aura eu moins eu la délicatesse de faire jouer l’orchestre en fin de soirée, ce qui a mieux fait paraître les deux autres concurrents. Deuxième à fouler les planches de La Tulipe, Abondance a aussi misé sur l’aspect festif et dansant de sa proposition, plus moderne que celle des lauréats. « Électro-caribéen », a-t-on étiqueté l’orchestre. Le mariage « de la sonorité des îles avec la sonorité de la ville », comme l’a élégamment présenté l’animateur de la soirée. Abondance revendique ses influences martiniquaises et guadeloupéennes (les origines respectives des deux chanteuses), mais les rapproche de la house. Or, sur scène, la facture électronique du son du groupe n’est pas vraiment mise en valeur. Parlons davantage d’un métissage entre disco-soul, zouk et gwoka.

Ce fut joyeux, à défaut d’être au point, la rythmique pas toujours juste, les harmonies non plus. Le projet est encore vert, mais la proposition séduit : le sourire dans la voix des interprètes, l’invitation à la danse, le groove qui finit par trouver son équilibre. Abondance s’est même permis une gâterie en reprenant le classique Ça fait rire les oiseaux, mais en modifiant légèrement la progression harmonique de l’originale pour mieux faire un lien entre le succès de la Compagnie créole, le zouk et la house — très réussi !

Le jeune rappeur et chanteur d’origine burundaise Lil K HPB a ouvert la soirée en proposant son répertoire, essentiellement chanté en anglais et en français, accompagné de quatre musiciens. Bien qu’il ait lancé il y a cinq ans déjà ses premières chansons, l’expérience de scène est encore à parfaire pour le musicien, visiblement influencé par la vague afrobeat originaire du Nigeria et qui, en plus de rayonner à l’international, inspire toute une génération de chanteurs du continent africain.

Son répertoire de chansons d’amour, surtout interprétées en anglais, possède les attributs pop des succès des Davido, Wizkid et autres Burna Boy, quoique subtilement teinté des couleurs rumba du géant voisin du Burundi, la République démocratique du Congo. On a senti Lil K HPB prudent, voire gêné, dans l’interprétation de ses premières chansons, la voix cassante, pas toujours sur la note. Le musicien semblait dans son élément en milieu de performance, lorsqu’il a délaissé le chant pour retourner au rap, et dans sa langue natale (le kirundi, présume-t-on). Alors, là, ça y était : la gestuelle, la prosodie, l’assurance, on aurait préféré un concert complet de textes rappés.

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