La lettre ouverte publiée [le 29 mars] par le Future of Life Instituten appelant à suspendre pour six mois, par précaution, les recherches sur l’intelligence artificielle, a déjà été signée par plusieurs milliers de personnalités en vue, dont Elon Musk. Les signataires s’inquiètent de voir les laboratoires spécialisés “enfermés dans une course incontrôlée” pour mettre au point et déployer des systèmes toujours plus puissants, que nul ne peut comprendre, anticiper ni maîtriser, pas même leurs inventeurs.
Pourquoi un tel accès de panique dans cette frange de l’élite ? Évidemment, des contrôles et une réglementation doivent être mis en place, mais par qui ? Pendant cette pause de six mois qui doit permettre à l’humanité d’évaluer les risques, qui pour représenter l’humanité ? Puisque en Chine, en Inde et en Russie, les laboratoires de recherche sur l’IA continueront de travailler (dans le secret, sans doute), il est inconcevable d’espérer un débat public mondial sur le sujet.
Panique chez les seigneurs de la tech
Néanmoins, ce sont des enjeux qui méritent d’être considérés. Dans Homo Deus, une brève histoire de l’avenir (2015), l’historien Yuval Noah Harari [signataire de la lettre ouverte] estimait que l’issue la plus vraisemblable de l’avènement de l’IA serait une division radicale des sociétés humaines – bien plus importante que celle induite par les classes sociales. Rapidement, les biotechnologies et l’informatique algorithmique uniront leurs forces pour produire “des corps, des cerveaux et des esprits”, si bien que le fossé se creusera “entre ceux qui savent concevoir des corps et des cerveaux, et les autres”. Dans un tel monde, “ceux qui prendront le train du progrès acquerront des capacités divines de création et de destruction, ceux qui resteront à la traîne seront voués à l’extinction”.
Cette panique qui se ressent dans la pétition sur l’IA, c’est la peur de voir jusqu’à ceux qui auront pris le “train du progrès” se révéler incapables de décider de son cap. Nos seigneurs féodaux, en leur forteresse numérique, sont terrifiés. Pour autant, ce n’est pas un débat public qu’ils appellent de leurs vœux ; ce qu’ils veulent, c’est un accord entre États et sociétés de la technologie pour que le pouvoir ne change pas de mains.
Le chaos ou le communisme
C’est qu’une fulgurante montée en puissance de l’IA constitue, de
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.