Quand
Charles Darwin s’embarque sur le Beagle, cela fait plusieurs décennies que la mode des grandes explorations scientifiques a été initiée. Les déserts comme les forêts les plus denses, le grand Nord comme les tropiques suscitent la curiosité, pas toujours dénuée d’arrière-pensées cupides. Les puissances européennes de la fin du XVIIIe siècle se livrent une concurrence farouche, ce qui n’empêche pas des collaborations entre scientifiques. Des collaborations souvent construites sur des amitiés, plus que sur des motivations géopolitiques comme on le dirait aujourd’hui.
La Méthode scientifique
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A l’origine : l’amitié entre deux grands scientifiques
Alexander von Humboldt, né en 1769, était francophone, comme beaucoup d’intellectuels et d’aristocrates du XVIIIe siècle. Installé à Paris en 1798 – où vit déjà son frère aîné Wilhelm – il fréquente le Jardin des plantes et le
Muséum d’Histoire naturelle où il côtoie les grands scientifiques de l’époque que sont Cuvier, Lamarck, ou
Laplace.
Humboldt est approché par le capitaine Nicolas Baudin chargé de diriger une expédition en Amérique du Sud. Il fait alors la connaissance d’Aimé Bonpland qui fait partie des participants pressentis. Mais les soubresauts des guerres révolutionnaires vont empêcher cette expédition de se faire. Les deux hommes décident alors de rejoindre Bonaparte en Égypte. Leur bateau ne rejoint pas le port de départ, Marseille. Seconde annulation. Ils partent alors à pied pour l’Espagne où le roi Charles IV leur offre la possibilité de voyager dans ses colonies américaines.
Les Curieuses histoires du Muséum
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En route pour l’aventure américaine
Après une escale aux Canaries, Humboldt et Bonpland arrivent au Venezuela le 16 juillet 1799 et débutent l’exploration d’un continent sud-américain presque totalement inconnu en dehors d’intérêts militaires ou économiques.
Ils font l’expérience d’un
tremblement de terre, assistent à une pluie d’étoiles filantes et Bonpland survit quasi miraculeusement à l’attaque d’un fou furieux. Ayant commencé à s’aventurer dans l’arrière-pays, les deux explorateurs sont fascinés et changent leur plan initial. Ils décident de partir vers l’Orénoque et le Rio Negro à la découverte de l’Amazonie sauvage et d’une éventuelle connexion entre les bassins de l’Orénoque et de l’Amazone. Ils ne vont pas être déçus, quitte à regretter parfois ce choix tant l’aventure se révèle pleine de difficultés, en raison notamment d’une vie sauvage foisonnante.
Heureusement, les observations et les collectes scientifiques que réalisent les deux hommes sont exceptionnelles. Ils empruntent le fameux canal Casiquiare qui connecte bien les deux grands bassins de l’Orénoque et de l’Amazone. Bien que malades, Humboldt et Bonpland finissent par revenir à leur point de départ sur la côte caraïbe, après un périple de plus d’un an.
Après un détour par
Cuba, nos deux aventuriers débarquent dans l’actuelle Colombie. Ils réalisent l’ascension de plusieurs volcans autour de Quito. Mais l’exploit qui restera dans les annales est bien l’ascension du Chimborazo, un volcan considéré alors comme le plus haut sommet du monde. Le 23 juin 1802, les deux hommes atteignent l’altitude de 5880 mètres, rebroussant chemin à 500 mètres du sommet, faute d’oxygène. Ils passeront ensuite une année au Mexique, puis feront un détour par les États-Unis avant le retour vers l’Europe et la France en août 1804.
Retour en Europe : la célébrité
Humboldt est francophile et en 1804, il s’installe à Paris et y restera jusqu’en 1827. Il donnera son herbier au Muséum où il croisera Cuvier. Il deviendra un naturaliste reconnu et célébré par ses pairs. Cela ne l’empêchera pas de passer, selon les moments, pour un espion au service de la Prusse ou de la France.
Dans le tumulte des guerres d’Empire, et après la chute de Napoléon, le roi de Prusse réclamera avec insistance le retour d’Humboldt jusqu’à l’obtenir au bout de 12 ans en écrivant : « Je ne puis donc vous autoriser à prolonger plus avant votre séjour dans un pays que tout vrai Prussien devrait haïr« . L’argument de notre Alexandre francophile était qu’il ne pouvait terminer ses ouvrages qu’à Paris. Il faut dire que Paris était la capitale intellectuelle du moment et qu’en comparaison, il qualifiera Berlin de « petite ville inculte et fort malveillante« .
Depuis son retour d’Amérique, Humboldt avait imaginé de nombreux projets d’expéditions lointaines, tous avortés lorsqu’en 1829, l’année de ses 60 ans, s’offre à lui la possibilité d’un grand voyage vers l’Oural et la Sibérie orientale. Il part en avril dans une calèche… française ! Son voyage le conduira bien au-delà de l’Oural jusqu’aux confins de l’Altaï, où il retrouve des nués de moustiques, et sur les rives de la Mer Caspienne. Il sera le découvreur des premiers diamants de l’Oural et même de toute la Russie. Rentré à Berlin à la toute fin décembre, il aura parcouru 19 000 kilomètres en moins de 9 mois.
Comme quoi, on peut avoir eu une vie aventureuse, pleine de risques dans un monde où voyager s’apparentait à plonger dans l’inconnu. On peut avoir respiré des nuages d’insectes, mis les pieds dans des eaux douteuses, escaladé des volcans, traverser des contrées gelées et mourir dans son lit à plus de 90 ans.
Les Nuits de France Culture
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