En un sens, les héros américains restent d’éternels cow-boys. Prenons Matt Damon dans Air (sur Amazon à partir du 12 mai). Directeur marketing de Nike, il va signer le contrat du siècle avec Michael Jordan, un prodige qui s’apprête à enflammer la NBA. Et Ben Affleck de filmer son vieux compère en cavalier solitaire, allant décrocher son rêve, tout au bout des USA.
Air est une « success story » classique mais plaisante, bien interprétée (notamment par Viola Davis en Madame Jordan) et secouée de tubes eighties imparables : de Money for Nothing de Dire Straits ( Airest un film sur l’argent ) à Legs de ZZ Top (Air est aussi l’histoire d’une chaussure) en passant par Born in the USA de Bruce Springsteen, car Air, en bon film américain, ne se lasse jamais de définir l’Amérique.
S’il chante la gloire des vainqueurs, le cinéma étasunien sait regarder avec tendresse les oubliés. « War Pony » retrace le quotidien d’Indiens Oglala Lakota. Gina Gammell et Riley Keough mettent en scène une jeunesse à la dérive et les paysages abandonnés d’une réserve du Dakota du Sud.
Matho, préado doit composer avec un père violent et gérer le béguin qu’il éprouve pour une fille de sa classe. Bill, la vingtaine et déjà père, tente de joindre les deux bouts. Ils ne se croiseront pas avant la fin mais se complètent néanmoins. Tous deux sont les héritiers d’un peuple humilié. War Pony a ceci de généreux : il leur rend plus qu’une dignité, l’héroïsme que l’Amérique leur a volé.
Louis Malle a tracé sa carrière comme un aventurier, entre la France et les Etats-Unis, avec des détours par l’Inde ou la Grande-Bretagne. En 1990, il réalise le tendre Milou en mai , l’un des rares films sur Mai 68 qui ressort aujourd’hui. Loin des pavés de Saint-Germain-des-Prés, dans un petit village du Gers, ce cher Milou (Michel Piccoli) rassemble sa famille. La belle demeure devient le reflet de la France avec sa bourgeoisie, sa jeunesse, ses prolos… Un soir, la radio annonce la chute imminente de la République, c’est la révolution à la Sorbonne. Sonne l’heure du Grand Soir… Alors Milou et ses proches fuient dans la forêt (en emportant un bon gigot, parce que nous sommes en France, tout de même).
Le lendemain, tout est rentré dans l’ordre. On citait beaucoup Mao à l’époque : « La révolution n’est pas un dîner de gala. » En France, ça y ressemblait parfois. Nous n’avons pas de far west, mais il est doux de revenir au Sud-Ouest, à Piccoli et à la pêche aux écrevisses.
Adrien Gombeaud
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