Grand format. Dans le secteur de Pont-Audemer, les gymnases sont dans un état critique

À Manneville-sur-Risle, l’état du gymnase préoccupe de plus en plus les associations sportives. ©L’Éveil de Pont-Audemer

Coup de sifflet de l’arbitre. Des trombes d’eau s’abattent sur une pelouse devenue impraticable. Le jeu est interrompu. Fin du match. Les deux équipes rentrent au vestiaire. C’est une décision sans surprise que les arbitres de football ont l’habitude de prendre lorsque les conditions météo ne permettent plus aux acteurs de s’exprimer et qu’elles mettent en danger leur intégrité physique. Mais lorsqu’une telle décision survient pendant un match de handball disputé sur un terrain couvert, c’est du jamais vu !

Nous sommes le dimanche 23 octobre 2022. À la salle du Cosec de Pont-Audemer (Eure), l’équipe senior masculine du Capa hand reçoit Conflans-Sainte-Honorine pour le compte du premier tour de Coupe de France. La rencontre est très serrée. Les joueurs franciliens mènent 21-20. 47e minute de jeu, l’arbitre stoppe la rencontre. À l’extérieur, de fortes pluies arrosent la Venise normande. Problème, l’eau s’infiltre par la toiture du Cosec et tombe sur le terrain. « Le match n’a pas repris. Le club a été éliminé de l’épreuve », regrette Arnaud Cappelle, le président du Capa hand.

Des équipements vétustes

Le gymnase Cosec n’est plus tout jeune. Au fil des années, l’équipement se dégrade et impacte forcément la pratique quotidienne des associations sportives. « Il y a des fuites un peu partout au-dessus du terrain. Les joueurs risquent de glisser et se blesser. L’eau s’infiltre dans l’éclairage électrique et les murs verdissent. Certains néons, qui ne fonctionnent plus, n’ont pas été remplacés. Dans les douches, pendant plusieurs années, nous avons eu l’apparition de salmonelle », liste Arnaud Cappelle. Le club a eu l’accord de la Ville pour aménager son propre club-house à côté du Cosec.

Mais le Cosec n’est pas le seul gymnase construit sur le territoire de la Communauté de communes Pont-Audemer Val de Risle qui aurait bien besoin d’être rénové. Certaines équipes du Capa hand s’entraînent également au gymnase de Manneville-sur-Risle où les problèmes d’humidité sont récurrents :

On doit mettre des sauts quand il pleut. Il n’y a pas ou peu de chauffage.

Arnaud Cappelle, président du Capa hand
Gymnase Manneville
Le gymnase de Manneville-sur-Risle est l’un des équipements les plus vétustes du territoire de la Communauté de communes Pont-Audemer Val de Risle. ©L’Éveil de Pont-Audemer

Une situation que connaît bien le club de Twirling bâton de Pont-Audemer qui s’entraîne uniquement à Manneville : « Ça fuit de partout, mais on est content quand même », ironise la présidente Fabienne Dias. Avant d’ajouter : « Le gymnase devient une friche, il ne faut pas qu’il pleuve. Cela fait des années que ça dure. »

Parmi les autres associations sportives de Pont-Audemer qui utilisent ponctuellement ce gymnase, citons le Capa tennis de table. « Il n’y a ni chauffage ni douches », déplore Christophe Lemire, entraîneur du club. L’humidité perturbe également les joueurs : « Quand il y a des fuites, on est obligé de placer les tables en fonction des flaques d’eau au sol. Il y a quelques mois, un joueur s’est blessé, car il a touché un poteau de hand avec sa main. »

Des fuites introuvables au Parc des sports

Le Cosec et le gymnase de Manneville sont sans aucun doute les équipements sportifs les plus vétustes. Mais le Parc des sports et des loisirs Alexis-Vastine de Pont-Audemer commence lui aussi à inquiéter les associations. Les 22 et 23 avril derniers se tenait le championnat interrégional Normandie-Bretagne de twirling bâton. « Le dimanche, avant le passage de chaque athlète, il fallait nettoyer le sol », avoue Fabienne Dias. Car comme dans les autres gymnases, en période d’intempéries, le Parc des sports prend l’eau. « On constate des fuites au niveau du toit et des canalisations. Le risque est de glisser », signale Éric Fichet de Clairfontaine, président du Capa tennis de table.

Premier adjoint au maire de Pont-Audemer chargé du sports et vice-président de l’intercommunalité aux manettes des infrastructures sportives, Christophe Canteloup ne nie pas l’évidence : « Le Parc des sports fuit à sept endroits différents, mais on ne parvient pas à savoir d’où viennent les fuites. Deux entreprises sont intervenues ces dernières années, mais personne ne trouve. » Selon l’élu, le problème ne vient pas du vieillissement de l’équipement bâti en 1995, mais plutôt de défauts de construction.

À ces mystérieuses et introuvables fuites d’eau, il pointe une autre raison pouvant expliquer l’excès d’humidité : « Le Parc aurait dû être construit 1,5 mètre plus haut. La dalle se dégrade et fissure à cause de sa proximité avec la Risle. » Sans oublier le problème d’isolation qui entraîne des variations importantes de températures en fonction de la météo.

De Pont-Audemer à Manneville-sur-Risle, en passant aussi par Montfort, vous l’aurez compris, les gymnases vieillissants auraient bien besoin d’être rénovés. Et qu’en est-il du gymnase Diagana, situé près du lycée Prévert à Pont-Audemer ? C’est l’équipement le plus récent (construit à la fin des années 2000) et qui reste en bon état. Particulièrement utilisé par le club de badminton, son président Fabrice Aubry nous a confié qu’il n’avait pas constaté de problème particulier. Aucun ? Petite surprise quand même, le 26 avril dernier, vers 20 h. Un sceau rouge était au sol à l’entrée de la salle principale. À l’intérieur, de l’eau qui tombait par gouttes… de la toiture.

pont audemer tennis
La présidente du club de tennis de Pont-Audemer, Gisèle Le Marec, constate les détériorations sur un des quatre courts extérieurs. ©L’Éveil de Pont-Audemer

Les courts extérieurs du Tennis club de Pont-Audemer se dégradent de plus en plus

« Nous ne pouvons plus utiliser le court n°1. C’est trop dangereux ». Gisèle Le Marec, la présidente du Tennis club de Pont-Audemer (TCPA), est très inquiète. Il y a quelques mois, la Ligue de tennis est venue faire un état des lieux des installations à Pont-Audemer. « Le gravier s’en va. Cela commence à former des trous. Des fissures apparaissent par endroit », constate la présidente. Trois courts de tennis restent utilisables pour les joueurs. Problème : ils risquent de se dégrader également au fil des mois.
Une nouvelle surface de jeu ?
Deux fois par an, un traitement contre les mousses doit être réalisé. Il est effectué par la Ville. Prévu habituellement en avril, il n’a pas été réalisé. D’après la présidente, l’intervention de la Ville n’aura pas lieu avant plusieurs semaines. Depuis plusieurs années, le club demande un changement de la surface : « Ces terrains sont vieillissants. Cette surface, en béton poreux, se dégrade avec le temps. L’idéal serait d’avoir de la terre battue artificielle, nommée Top Clay. Sur cette surface, on peut jouer une demi-heure après la tombée de la pluie », développe Gisèle Le Marec. Le hic ? Le coût, forcément. Il serait d’environ 70 000 € pour deux terrains. Selon la présidente du TCPA, des subventions pourraient être obtenues et le club est prêt à participer au financement.
Le constat est le même pour les courts intérieurs. Pour Gisèle Le Marec, la surface est également « vieillissante ». Le club avait demandé un changement de l’éclairage : « Plusieurs néons ne fonctionnent plus et ils ne sont plus adaptés. Les adversaires se plaignent. » Les toilettes, devenus vétustes avec le temps, devraient être changés. « Il y a plusieurs années, nous avions investi 3 000 € pour chiffrer un projet de club house. La mairie a estimé que c’était trop cher », regrette-t-elle.
Pendant l’hiver, certaines séances sont annulées. Le TCPA accueille en effet des personnes dans le cadre du Tennis santé. « Le bâtiment n’étant pas isolé, il est arrivé qu’il fasse -2°C. Étant donné que les personnes font des pauses, on ne peut pas faire les cours dans ces conditions. Ce n’est pas adapté non plus pour accueillir les spectateurs », conclut-elle.
 

Les jeunes judokas auront la possibilité de s’entraîner dans leur dojo mais les contacts sont toujours interdits. L’adjoint au maire en charge des Sports, Christophe Canteloup, fait le point sur la réouverture des structures sportives.
L’adjoint au maire en charge des Sports, Christophe Canteloup, ne nie pas l’évidence. ©Archives/L’Éveil de Pont-Audemer

Christophe Canteloup (adjoint au maire en charge des Sports) : « Les infrastructures sportives n’ont pas été prises au sérieux »

« C’est un sujet qui revient tous les ans à chaque assemblée générale. » Jean-Pierre Lucas dirige l’Office municipal des sports (OMS) à Pont-Audemer. Chargé de faire le lien entre les associations et la municipalité, l’organisme a pour mission, entre autres, de répartir les créneaux horaires entre les sections au sein des différents équipements sportifs.

L’état des gymnases fait partie des problématiques récurrentes. Des travaux de rénovation très coûteux auraient besoin d’être entrepris dans une grande majorité des gymnases du territoire.

On a une offre sportive très conséquente à Pont-Audemer. Mais je ne suis pas sûr que les équipements suivent.

Jean-Pierre Lucas, président de l’Office municipal des sports
Gymnase Cosec pont audemer
Le gymnase du Cosec est utilisé par le Capa handball. ©L’Éveil de Pont-Audemer

Le président de l’OMS ne veut pas incriminer les élus. « Il faut reconnaître que les collectivités font des efforts pour gérer ces équipements mis gratuitement à disposition des clubs. Ce n’est pas le cas partout. »  

Si personne ne semble nier la nécessité d’engager d’importants travaux dans les gymnases, des questions se posent : pourquoi les a-t-on laissés se dégrader ? Pourquoi l’entretien ne s’est-il pas fait « par petites touches » tous les cinq ou dix ans ? « On ne s’est pas suffisamment préoccupé de l’entretien des gymnases. Il aurait fallu avoir un programme plus rigoureux », répond avec franchise Jean Legrix, maire de Tourville-sur-Pont-Audemer et président du Capa omnisports. L’élu expérimenté glisse même : « On s’occupe davantage de l’état de la voirie que des infrastructures sportives. Ce n’est pas une priorité. » Jean Legrix souhaiterait qu’une réflexion plus générale sur le sport soit menée au sein de la communauté de communes.

Pour Jean-Pierre Lucas, les collectivités devraient davantage travailler sur la maintenance préventive des équipements sportifs. « Elles tiennent peu compte des coûts de maintenance. Vu les contraintes budgétaires, elles ont tendance à repousser des travaux d’entretien. On ne fait pas de programmation budgétaire pour la maintenance. Résultat, on se retrouve avec des équipements qui se dégradent. » 

Même constat pour Christophe Canteloup, premier adjoint au maire de Pont-Audemer en charge des sports et vice-président de l’intercommunalité chargé des infrastructures sportives :  » Je suis le premier conscient des difficultés qu’on a sur la qualité de nos installations sportives. Ces gymnases ont vécu avec un entretien minimum. Il ne faut pas se le cacher. Les infrastructures sportives n’ont pas été prises au sérieux. » 

Nous, élus en place, allons devoir prendre des dispositions.

Christophe Canteloup

Mais aujourd’hui, compte tenu de l’état de dégradation avancé des gymnases comme celui de Manneville ou le Cosec de Pont-Audemer, les deux équipements les plus vétustes, est-ce encore judicieux d’entreprendre des travaux de rénovation ? N’est-ce pas trop tard ? Doit-on privilégier des travaux d’entretien réguliers ou raser un gymnase pour en construire un neuf aux normes environnementales et qui consommera donc moins d’énergie ? Quelle est la solution la moins coûteuse ? Une chose est sûre, plus la rénovation des gymnases sera repoussée, plus ils se dégraderont et plus la facture augmentera.

Concernant le gymnase communautaire de Manneville-sur-Risle, la maire Isabelle Duong nous a confié qu’une commission de sécurité était prévue le 11 juillet prochain « pour faire le point sur le maintien de son ouverture. Elle avait déjà eu lieu en 2018. » Elle ajoute que « la Communauté de communes a bien conscience que nous avons besoin de conserver ce gymnase pour les associations du territoire. » 

En charge de la politique sportive sur le territoire de l’intercommunalité, Christophe Canteloup informe qu’un diagnostic sur l’état de tous les équipements sportifs communautaires et sur les coûts de fonctionnement est actuellement en cours. L’occasion de pointer les travaux de rénovation les plus urgents à engager et peut-être aussi s’interroger sur les nouveaux besoins des associations en termes d’équipements sportifs.

Benoît Galley et Stéphane Fouilleul

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