Alicia Faye, le basculement fatal d’une mule bordelaise

Depuis qu’Alicia Faye n’est plus là, elle est partout. Aux murs, sur les tables, au-dessus de la cheminée, dans les armoires vitrées, sur le réfrigérateur, dans chaque pièce, dans la véranda, à l’extérieur aussi, sur une plaque en marbre fixée au tronc de l’ormeau qu’elle avait planté devant la maison quand elle avait 6 ans. Le pavillon de Bernard et Jacqueline Faye, à Saint-Louis-de-Montferrand (Gironde), au nord de Bordeaux, s’est transformé en mémorial où sont exposées des dizaines et des dizaines de photos de leur fille, à tous les âges de son existence, de zéro à 25 ans.

Posés dans une coupelle discrète, au milieu de ce kaléidoscope de souvenirs joyeux, une croix, deux boucles d’oreilles et un piercing : les bijoux qui encadraient le visage d’Alicia Faye, lorsque son cadavre a été découvert, le 13 mars 2021, à 6 500 kilomètres de Saint-Louis-de-Montferrand, en Guyane, sur un petit chemin de Cayenne, à l’écart de la circulation, face contre terre, un trou à l’arrière de la tête et un autre sur le front, causés par la balle de 9 mm qui lui a traversé le crâne.

A ses parents, la jeune femme avait dit qu’elle partait pour Paris voir des copines. L’enquête a vite permis d’établir le contexte de sa mort : « Les faits d’homicide volontaire dont a été victime Alicia Faye sont étroitement liés à un trafic de cocaïne d’ampleur entre la Guyane et la métropole. » Alicia Faye en était un tout petit rouage, elle venait d’être recrutée comme mule. C’était son deuxième aller-retour entre la Gironde et le département d’outre-mer par lequel transitent 20 % de la consommation française de cocaïne.

« Honnête » et « bosseuse »

« Ma petite n’était pas du tout dans ce milieu, elle s’est fait embrigader, elle ne savait pas où elle mettait les pieds, confie Bernard Faye, 65 ans, qui ne peut faire le deuil de la dernière de ses trois filles, dont l’arrivée avait été un « heureux accident », quinze et treize ans après les deux premières. Elle s’est retrouvée dans des histoires qui l’ont complètement dépassée. »

Comment cette enfant couvée par une famille unie et sans histoires, fille d’une agente territoriale spécialisée des écoles maternelles et d’un couvreur-zingueur, élevée dans un pavillon avec piscine hors sol et four à pizza dans le jardin, décrite comme « honnête » et « bosseuse » par son entourage, a-t-elle pu basculer ? « Pour s’embarquer dans une affaire comme ça, il fallait que notre fille ne soit pas bien, mais elle ne nous avait rien dit, racontent ses parents. Trois jours avant son départ, on était tous ensemble à la maison pour la Fête des grands-mères, tout semblait normal. On n’a rien vu. »

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