ARTE RADIO – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE
« La seule chose positive, c’est que je peux aujourd’hui vous raconter mon histoire dans votre langue », observe un ancien pensionnaire. « Il faut que l’on connaisse cette histoire, très longtemps occultée, abonde Kadina. Elle doit être enseignée à l’école. » Cette « histoire », c’est celle de centaines d’enfants amérindiens de Guyane, qui ont été enlevés à leurs parents pour être placés dans des pensionnats catholiques et convertis aux mœurs et croyances européennes.
Clément Baudet et Alice Lefilleul explorent ce fait colonial tabou, avec le témoignage de trois anciens pensionnaires, figures publiques en Guyane et témoins de l’excellent ouvrage de la journaliste Hélène Ferrarini, autrice d’Allons enfants de la Guyane. Eduquer, évangéliser, coloniser les Amérindiens dans la République (Anacharsis, 2022), qui a posé les jalons de ce travail de mémoire essentiel.
Au début des années 1930, la République française finance en Guyane, un territoire colonisé depuis le XVIIe siècle, la création de pensionnats régis par l’Eglise. Le but ? Evangéliser des populations vues comme « primitives ». « Tuer l’Amérindien dans son âme, faire disparaître sa culture », résume Alexis Tiouka, ex-pensionnaire, aujourd’hui militant pour les droits des autochtones. Elevés par des sœurs et des prêtres, les enfants étaient arrachés à leurs parents et à leur village par les gendarmes. Alexis Tiouka, Tawayakele Guillaume Kouyouri et Kadina Eléonore Johannès ont accepté de raconter leur calvaire dans ces pensionnats d’assimilation forcée, d’assujettissement à la puissance coloniale.
Parole bouleversante
C’est l’histoire d’enfants qui se soutiennent et qui luttent contre cette entreprise de déracinement ; puis d’adultes qui cherchent dans une mémoire douloureuse et refoulée pour faire avancer les droits de peuples et d’une culture menacés. Dans ces « homes indiens », où les enfants sont captifs de la petite enfance au bac, il est interdit de parler la langue maternelle kali’na – au point de l’oublier –, on oblige les enfants à aller à la messe et à apprendre par cœur des prières qu’ils ne comprennent pas, on les coupe de la nature, qui est une part d’eux-mêmes et le centre de leur culture et de leurs savoirs.
Mal nourris, les enfants subissent des sévices. « Certains ont préféré disparaître complètement, échapper à ce système, à ce monde où ils ne se retrouvaient plus. » A l’heure où les militants demandent l’ouverture d’une commission de vérité et de réconciliation, un pensionnat fonctionne toujours à Saint-Georges, à la frontière avec le Brésil.
Pour apporter à l’auditeur cette parole bouleversante, Arte Radio propose une réalisation léchée, signée Charlie Marcelet, où les décors naturels, à la fois métaphore et emblème d’une biodiversité qui résiste, forment un écrin. Le seul défaut de ce très précieux travail d’archives, réalisé avec le concours de ces oiseaux envolés de leur cage, est d’être trop court.
Comme des oiseaux, de Clément Baudet et Alice Lefilleul (Fr., 2023, 23 min), disponible sur Arte Radio et sur les plates-formes d’écoute.
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