Comment est née cette idée audacieuse de proposer un festival dédié au folklore d’Amérique du sud en plein cœur du Brionnais ?
« J’ai toujours travaillé dans les festivals, non seulement comme musicien mais aussi en tant qu’organisateur. En 2017, j’effectuais une tournée en Europe avec mon groupe Estoy Jean Pierre et je suis passé voir mes parents qui vivent toujours dans le Brionnais. On avait fait une sorte de petit festival avec des concerts et des rencontres, et tout le monde était super enthousiaste. Les gens d’ici me demandaient quand est-ce qu’on reviendrait. On a voulu réessayer mais on n’a pas pu car les artistes boliviens n’ont pas réussi à obtenir leurs visas, et ensuite il y a eu la pandémie. Alors quand on est rentré en France en décembre dernier avec ma famille, je me suis dit que c’était le bon moment et j’ai commencé à contacter les mairies ».
Entre-temps, vous avez lancé une première édition du Folk All Stars en Bolivie ?
« Oui, c’était en mai 2019 à Cochabamba. Comme je suis producteur d’événements et que ma femme travaille aussi dans l’organisation de festivals et l’animation, on avait monté un spectacle de musique folklorique bolivienne qui réunissait 250 artistes. Cochabamba est le berceau du folklore bolivien, avec les meilleurs groupes et un public super exigeant. Il y avait 12 000 personnes pour la grande soirée et ils ont adoré. On en a fait un documentaire et un disque musical. Mais aujourd’hui c’est plus compliqué à refaire car il y a un peu de nationalisme et ils préfèrent faire travailler les Boliviens ».
Vous pensez que le concept peut s’exporter et séduire aussi le public local ?
« On a fait une pré-soirée en mars, on pensait avoir 30 personnes, on en a eu 100, et on a refusé du monde… On sent que l’accueil est bon, les gens sont super réceptifs. En Amérique latine, il y a énormément d’accordéon par exemple, ça reste des musiques qui sont proches des nôtres. L’idée de ce festival, c’est aussi de rapprocher les cultures. On a décidé de proposer tout gratuit cette année. C’est petit mais on a envie de bien faire. On a quand même Javier Barahona, qui est un des meilleurs bassistes du Chili, et Joseph, qui fait partie de Quimsa, un groupe mythique. Avec tous les musiciens et danseuses, ça représente une quinzaine de personnes, c’est une super aventure ».
L’objectif est de pérenniser l’événement ?
« Oui on finit celui-là et on commence de bosser sur le prochain ! On veut dynamiser la région et monter en puissance. Cette année ce serait déjà bien d’avoir 300 personnes mais l’an prochain on aimerait bien atteindre 1 000 ou 2 000. D’ici 3 ou 4 ans, on veut devenir la Mecque du folklore en France ! On veut en faire un produit international qui voyage, en ouvrant justement à d’autres folklores, pas uniquement ceux d’Amérique latine. Mais pour ça on aura besoin de tout le monde et de travailler en collectif ».
PRATIQUE www.folkallstars.com
Le programme des festivités
Ce samedi 27 mai, c’est à Saint-Christophe-en-Brionnais que se déroulera le temps fort de ce premier festival Folk All Stars. Les festivités débuteront dès 10 heures dans la cour du théâtre de St-Christophe. Au programme, marché local latino et brionnais, bio-équitable avec possibilité de prendre l’apéritif et de déjeuner sur place. De 13 h 30 à 14 h 30, atelier de cirque/jonglage. À partir de 14 heures, et jusqu’à 17 heures, les danseuses Castillo Gonzales (chilienne) et Annette Danya-Navaro-Rocha (bolivienne) seront sur les planches du théâtre. À 17 h 30, place au groupe Lautaro, composé de 10 musiciens (bongo, kena, charango…). À 18 h 15, le talentueux bassiste Javier Barahona accompagnera des chorégraphies de danse contemporaine. Puis à 20 heures, le groupe afro-cubain Quimsa Electro Folklore s’associera à celui de Yuri Mardones, Estoy Jean-Pierre, pour clôturer cette belle journée par de la musique festive franco-latino. Dimanche enfin, c’est à Sainte-Foy que cette première édition du festival prendra fin. À partir de 11 heures, la délégation d’Amérique du Sud animera un apéritif de remerciement à la salle des fêtes de Sainte-Foy avant qu’une troupe afro-cubaine ne fasse monter la température l’après-midi.
Bio express
Yuri Mardones a fêté ses 42 ans ce vendredi 26 mai. Avec ses parents et son frère, cette famille chilienne a migré en France en 1980 lors de la dictature du général Pinochet. D’abord installés à Lyon, ils ont trouvé leur bonheur dans le Brionnais, dans le petit village de Sainte-Foy. Baignant dans la musique, Yuri est passé par le conservatoire avant d’obtenir son diplôme d’État de professeur de musique traditionnelle. En 2011, ce chanteur, percussionniste et bassiste de talent part exercer sa passion de l’autre côté de l’Atlantique, sillonnant le continent de concert en concert, du Mexique à l’Argentine. Installé en Bolivie, où il a rencontré son épouse, il anime un groupe de danseurs et musiciens de musiques du monde et dirige le centre Franco-Bolivien de Cochabamba. De retour en France depuis quelques mois avec toute sa famille, il en a profité pour lancer ce premier Folk All Stars français.
Saint-Christophe/Marcigny – Musique, danse, cinéma, un festival d’une grande richesse
Depuis lundi, le festival Folk All Stars a pris ses quartiers en Brionnais. À l’école de Saint-Christophe-en-Brionnais, 95 enfants ont participé à des ateliers tournants, s’initiant à la fois au chant, à la musique et à la danse avec trois musiciens et une danseuse venus d’Amérique latine. Un travail avec les écoliers du RPI qui a donné lieu ce vendredi à un spectacle dont ont pu profiter leurs parents. Jeudi se tenait au cinéma Vox de Marcigny une soirée de concerts. En ouverture, la projection du film « Utama, la terre oubliée ». Ce film, primé 50 fois dans des pays différents raconte l’histoire d’un peuple en sursis sur l’Altiplano bolivien, faute de pluie. Une beauté inouïe, une émotion forte ressentie par tous, même Yury Mardones et sa famille. Les musiciens et les danseuses sont entrés ensuite en action. Les 15 « Tambours du Brionnais », que Yury a fait travailler un mois, ont dévoilé les talents pédagogiques du maestro avant la projection d’un second film, colombien cette fois, « Los reyes del mundo », qui a mis le doigt sur une jeunesse brisée par la drogue. Hier soir enfin, toute la délégation était présente sur le martsi de Semur-en-Brionnais. Elle a égayé le marché bio, que ce soit à travers le spectacle des Chiliens Javier et Joseph Barahona, l’atelier de danse de Jovana ou encore le concert de chanson française, latino et salsa. Le public a apprécié, le Brionnais a beaucoup de chance d’accueillir ce festival d’une richesse et d’une variété inouïe.
Fabienne CROZE (LCP)
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