Amatassou
Tinariwen
L’emblématique groupe Touarègue, célébré par les plus grands artistes mondiaux, continue de chanter le désert et son blues. 20 ans après The Radio Tisdas Sessions, Tinariwen poursuit sa diffusion de la culture et de la musique touarègue. Un nouvel album intitulé Amatssou – « au-delà de la peur » en tamasheq. Un titre choisi par le groupe pour parler de la peur croissante dans le désert du Mali liée aux conflits armés, aux ingérences et à la diminution des ressources. La musique des Tinariwen a toujours été empreinte de nostalgie mais aussi de cette résistance qui est d’ailleurs à la base de la création du groupe. Cet album vibre toujours de ce rock folklorique propre au groupe, mais il s’hybride à un autre genre, celui des plaines de l’ouest américain. Une alliance qui ne surprend guère quand on connaît l’amour du groupe pour la musique country comme nous confiait Abdallah Ag Alhousseini, l’un des membres fondateurs du groupe, « parmi toutes les musiques, la country est celle la plus proche de l’esprit de la nôtre. C’est une musique qui parle à l’âme comme la nôtre ». Les banjos et les pedal steel guitar de Nashville viennent donc s’ajouter aux lignes de guitare pour produire Amatssou. Un sublime album qui porte l’esprit d’une culture au bord de l’effacement.
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amaXesha
Bongeziwe Mabandla
Après un Colors poignant sur le single « sisahleleleni (i) », Bongeziwe Mabandla sort enfin son plus qu’attendu album amaXesha. L’album prend une trajectoire différente des trois précédents qui mettaient en avant la voix de Bongeziwe sur une simple guitare acoustique. Une modification qui n’est pas sans rapport avec la participation de l’instrumentiste et producteur Tiago Correia-Paulo sur amaXesha. L’artiste sud africain met à l’honneur son pays et son héritage culturel en chantant en xhosa et en puisant dans la folk xhosa qui l’a bercé durant son enfance à Tsolo (de la province du Cap oriental en Afrique du Sud), mais viennent s’y ajouter des influences pop, jazz, R&B, jazz et même électroniques. Un album qui plonge dans les liens qui nous lient les uns aux autres, familles, amis, amants, le tout bordé par des productions aux sons percussifs organiques. Des thématiques qui ont toujours été au cœur du travail de l’artiste comme il l’expliquait dans une interview avec PAM. Bongeziwe appuie cet album sur sa volonté d’affirmer une culture qui a très longtemps été utilisée sans crédit, une lutte chantée avec brio.
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Highly Spiritual
Jeune Lion
Spiritualité, samples, Japon et rastafaris sont à l’honneur sur Highly Spiritual. Jeune Lion était impressionnant dès ses débuts sur son projet Before Babylone Burnt et il confirme l’essai avec ce second projet qui mêle sa trap d’une impressionnante technicité et des productions d’une finesse qui ne peuvent laisser de marbre. Jeune Lion embrasse la culture rastafari tout en infusant son projet d’autres influences. Sur « Peter Tosh » il sample « Shiki no uta », produit par la sommité du lofi, le regretté producteur japonais Nujabes. L’artiste sample aussi « Isabella’s Lullaby » de Takahiro Obata sur une intro aux basses trap percutantes. Des compositions que l’on doit à Hans Dressen, un beatmaker membre de son collectif Laragang. Une chose est sûre, la scène rap du 225 n’a pas fini de faire parler d’elle.
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London Ko
Fatoumata Diawara
Londres, Bamako et un petit détour par Paris. C’est ce que nous offre Fatoumata Diawara avec son nouvel album London Ko, un titre qui paraît logique pour cette artiste qui a grandi à Bamako et pour cet album produit en partie en collaboration avec l’artiste anglais Damon Albarn. Mais d’autres couleurs viennent s’ajouter à celle de la talentueuse chanteuse malienne, le pianiste cubain Roberto Fonseca, l’artiste nigériane Yemi Alade, le rappeur ghanéen M.anifest et d’autres encore sont venus apporter leurs notes à cet album. Résultat ? Un bijou multiculturel ou la musique traditionnelle malienne transparaît tout en restant ancré dans la pop. Entre jazz, afrobeat et électro, Fatoumata Diawara éblouit sur tous les terrains et confirme, s’il le fallait encore, son talent à l’épreuve de tous les domaines.
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Mádibá
Blick Bassy
De retour après 4 ans, l’artiste camerounais marque son retour avec une balade militante. Madiba, « l’eau » en douala, nom et thème central du nouvel album de Blick Bassy. Un album dans lequel l’artiste incarne toutes sortes de formes de vie pour dépeindre l’urgence écologique que nous vivons, tantôt animal, tantôt esprit, il se glisse dans chaque rôle avec perfection et nous plonge au cœur d’un univers de dualité où urgence et sérénité cohabitent. L’artiste refuse d’accepter le mythe de l’artiste africain cantonné à la musique traditionnelle et nous offre un album d’une sublime contemporanéité. Des mélodies blues portées par la douceur berçante de sa voix. Des synthétiseurs et des productions électroniques viennent accompagner la guitare folk de l’activiste qui nous plonge avec beauté dans cet appel à l’aide.
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Mutations
Faizal Mostrixx
Kampala n’a pas fini de nous montrer qu’elle regorge de talents en tous genres, et cette fois c’est avec Faizal Mostrixx, proche du collectif Nyege Nyege, que l’Ouganda brille. Son album fait la jonction entre musique tribale et musique électronique. Pour le chorégraphe-chanteur-producteur, l’afro futurisme n’est pas qu’un rendu musical mais un état d’esprit, une exploration. Mutations évolue, des chants modernes aux chants traditionnels, jusqu’à l’amapiano ou même l’afro house, l’album revête son nom à la perfection tant il ne prend pas nettement forme. Beau reflet d’une scène ougandaise expérimental déjà bien installée. L’héritage musical ougandais est au premier plan mais l’album emprunte des polyrythmies à tout le continent africain, faisant de ce Mutations un bijou avant-gardiste et multisensoriel panafricaniste.
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Nakibembe Embaire Group
Nakibembe Embaire Group
La troupe de xylophones Nakibembe Embaire Group, originaire d’Ouganda, est connue pour ses chants et ses interprétations sur un grand instrument d’ensemble appelé embaire. L’embaire est un grand xylophone en bois joué par jusqu’à huit musiciens simultanément, qui tissent de courtes phrases mélodiques. Les membres de l’ensemble chantent également à l’unisson ou en appel et réponse, en jouant avec d’autres instruments de percussion pour maintenir le tempo. Sur ce premier album, le groupe, qui s’est déjà représenté au Berghain de Berlin, nous offre cinq morceaux en tant qu’ensemble et trois accompagnés du trio indonésien Gabber Modus Operandi. Les phases percussives alternent avec les voix chantant en lusoga (langue bantoue parlée par la population soga en Ouganda), créant un nuage d’harmonie au tempo s’accélérant parfois évoquant les sonorités qui se sont infiltrées dans l’électro expérimentale européenne. L’album semble se détacher de toute forme de temporalité dans son incessante polyrythmie.
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Ngo Ma
IzangoMa
IzangoMa a été fondé en 2016 par les sud-africains Sibusile Xaba (voix/claviers) et Ashley Kgabo (synthés/batterie snare/tableau). En février 2021, le duo s’est transformé en un collectif composé de musiciens issus de la vibrante communauté d’artistes basée à Pretoria. En décembre de la même année, IzangoMa est prêt à enregistrer ses expériences. Ils ont décampé pendant une semaine entière au KwaZulu-Natal, où le groupe mozambicain de Sibusile les a rejoints. Quelques membres supplémentaires sont arrivés ; le collectif s’est transformé en un orchestre de quinze musiciens et ils livrent l’impressionnant Ngo Ma, une hybridation cosmique d’harmonies, de chants spirituels et de sons électroniques mélangés dans un méli-mélo. Une expérience qui déséquilibre les sens tout en gardant une insouciance rafraîchissante, partez en voyage musical avec IzangoMa et leur magnifique Ngo Ma.
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Société Suspecte
Suspect 95
La scène rap ivoirienne n’a décidément pas fini de sévir, c’est au tour de Suspect 95 de nous surprendre avec son tout premier album Société Suspecte. Le chef du « syndicat » vient affirmer son style sur ce premier opus aux rimes percutantes. L’artiste brille dans l’afro drill et la trap mais ce n’est pas pour autant que Suspect 95 ne sait pas chanter et il le prouve sur « Y’a la santé » ou « Douk saga » avec des refrains qui feront bouger vos bassins. Le titre éponyme de l’album en featuring avec Youssoupha a d’ailleurs eu un tel succès qu’il a été remixé par de multiples fans et d’autres rappeurs comme Trippa Gningnin. Un album qui compte aussi les présences de Ovie Kan et même Kaaris, Suspect 95 est bien entouré pour ce projet qui marque une nouvelle étape dans le rap ivoirien.
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The Coming of Gaze
Kabeaushé
Kabeaushé, l’artiste kényan, perle rare découverte par le collectif Nyege Nyege, a dévoilé ce mois-ci The Coming of Gaze. « Pop futuriste », ce sont les termes souvent employés pour parler de la musique de Kabeaushé et nous ne saurions démentir tant sa musique semble en avance sur son temps. L’artiste possède une identité musicale d’une force monstrueuse et nous en ouvre les portes avec cet album. Bien que prédominé par le R&B et la pop, ce projet ne se limite pas à un genre ou à des barrières, chorales gospel-funk, rap pitché et productions pleines de tressautements cohabitent sur The Coming of Gaze. Le Shé n’a pas uniquement pensé son projet comme un album mais comme une performance, on entrevoit l’océan de ses influences de Prince à Grace Jones en passant par Tyler the Creator mais l’univers final est bien uniquement celui de Kabeaushé. « Le Shé est là pour s’éclater » disait-il au micro de PAM, et cet album le confirme.
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