Concerts, films documentaires, pièces musicales autour de l’œuvre d’Aimé Césaire, spectacles jeune-public, débats, bal créole… le Théâtre Traversière, considéré comme le lieu à part entière de la vie culturelle parisienne, vibrera du 10 au 15 mai, au rythme de l’afrodescendance. Le festival baptisé « Semaine Mémoires », qui sera réalisé avec la collaboration des cheminots de Paris-Nord, par La nuit Caraïbes présentée par Jazz Magazine, à l’Alhambra Paris, le 17 mai. « La Semaine Mémoires se veut un temps fort de découvertes, de réflexions, et de fête; un événement qui nous concerne tous : âge, origine, femmes et hommes confondus. Conçu pour toute la famille, il s’adresse à un public le plus large possible », indiquent les organisateurs dans un document parvenu au Nouvelliste. Non sans rappeler : « De l’histoire africaine découlent l’immigration, la colonisation, l’esclavage ; ces faits historiques induisent notre histoire contemporaine. L’afrodescendant est constitué de cette mémoire, de cette double culture : le comprendre est un cheminement et une force considérables. »
L’afrodescendance est au cœur de la création musicale de James Germain, notamment le vodou. « C’est la puissance de ce legs que je ressens : il est en moi, je l’entends et je le rediffuse à ma façon : c’est au cœur de ma création musicale », affirme le chanteur et codirecteur artistique de la Semaine Mémoires dans le document de presse. « J’aime ainsi mêler ma passion aux chants traditionnels vaudous haïtiens (grâce soit rendue à mon mentor, la grande dame de la musique haïtienne Lina Mathon Blanchet), au gospel, au jazz et à l’opéra. Ce devoir de mémoire, ce travail sur l’afrodescendance nourrissent mon parcours artistique, et c’est ainsi que j’ai proposé à Frédéric Henaut (directeur du Théâtre Traversière) de mener à bien ce nouveau festival, avec mon complice et ami Marco Quesada, guitariste et arrangeur musical, qui m’accompagne depuis plus de vingt ans », ajoute le chanteur, très ancré dans ses racines ethniques.
« Enfant, à Port-au-Prince, avec ma famille, on avait l’habitude de se réunir dans la cour, raconte James Germain. Là, on se racontait des histoires vécues mais aussi des légendes. J’étais fasciné; j’ai tout mémorisé, ce sont des souvenirs inoubliables. A l’époque, je ne comprenais ni l’importance ni l’origine de ce rituel, tout comme mes parents et aînés des Caraïbes. Pour nous, c’était une transmission entre générations : l’héritage africain de cette tradition nous échappait totalement. C’est lors d’un voyage au Burkina-Faso (2007) que j’ai compris que 50% de moi venait de là; de l’Afrique. Cet éveil à mes racines a déterminé mon cheminement musical autour de l’afrodescendance. Haïti, en ce sens, est particulièrement représentatif de ce lien, car autrefois, il y avait une forte concentration d’esclaves venus d’Afrique de l’Ouest… »
Le Théâtre Traversière accueillera « des concerts (James Germain & Guests, Céline Languedoc …), un film documentaire (Citoyens bois d’ébène), suivi d’une rencontre animée par le journal L’Humanité sur le thème de l’afrodescendance, une pièce musicale autour de l’œuvre d’Aimé Césaire (Discours sur le colonialisme), un spectacle jeune public (Black Boy) et un grand bal créole avec Dédé Saint-Prix. Le festival sera clôturé à L’Alhambra avec La nuit Caraïbes qui sera présentée par Jazz Magazine, avec Big in Jazz Collective & friends.
Selon James Germain, « tous les artistes programmés ont bien sûr du talent mais ils ont surtout un point commun : ils font tous preuve d’un engagement ». Il a cité entre autres le pianiste martiniquais Mario Canonge « qui a renoué avec la musique de ses racines (la mazurka, la biguine et autres rythmes traditionnels qu’il a réhabilités merveilleusement), devenant une référence du jazz créole ; Dédé Saint-Prix qui, depuis des décennies, popularise les rythmes traditionnels martiniquais bien au-delà des frontières caribéennes et n’a pas cessé d’enrichir ces musiques qui ont bercé son enfance et font partie intégrante de la culture créole ; l’immense Mariann Mathéus, comédienne et chanteuse guadeloupéenne, qui défend le patrimoine créole au théâtre et sur les scènes musicales, dans un devoir de transmission aux plus jeunes. Nouvelle génération justement : la chanteuse guadeloupéenne Céline Languedoc qui, née à Paris, a découvert, à dix ans, la richesse culturelle de son île, et s’est depuis donnée pour mission d’explorer et de défendre cet héritage. »
Le 10 mai est, depuis 2006, la « Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition ». Il ne peut y avoir de meilleure date pour braquer les projecteurs sur l’afrodescendance.
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