Quand les espèces exotiques détruisent la biodiversité locale

En France comme ailleurs, de nouvelles espèces exotiques viennent peupler nos villes et nos campagnes. Une cohabitation parfois dangereuse pour la biodiversité locale, parfois même pour l’homme. Ce phénomène, qui a tendance à s’accélérer ces dernières années, est un véritable danger, révèle Le JDD. Chaque département « hérite » en moyenne de douze nouvelles espèces tous les dix ans selon les spécialistes. Au total, 2 400 espèces auraient fait leur apparition en France.

Si ces espèces exotiques voyagent depuis toujours, la mondialisation a accéléré le processus et multiplié les problèmes.

Une espèce exotique pour en contrôler une autre

Pour bien comprendre le problème, prenons l’exemple de l’Halyomorpha halys, dit la punaise diabolique. D’une taille semblable à un ongle de pouce, elle est arrivée d’Asie, sur des voitures, elles-mêmes transportées par bateaux pour atteindre l’Australie, les États-Unis puis l’Europe. Elle est aujourd’hui présente sur l’ensemble du territoire. Si elle n’est pas dangereuse pour l’être humain, elle constitue une véritable menace pour l’agriculture. « La punaise provoque de gros dégâts dans les vergers », indique Jean-Claude Streito, ingénieur de recherche à l’Inrae. « Elle s’attaque aux pommes, aux poires, aux kiwis et aux noisettes en les piquant. Cela nécrose les fruits, qui deviennent invendables. L’Italie a été particulièrement touchée. En France, les filières sont inquiètes. »

La solution pour contrer cet insecte serait d’introduire une autre espèce exotique. Le Trissolcus japonicus est également appelé la guêpe samouraï. En pondant ses œufs dans ceux de la punaise, elle permet de réguler l’espèce naturellement, les autres solutions n’étant pas assez performantes. Les scientifiques assurent qu’elles ne constituent pas un danger pour les vergers français, les autorités ont, elles aussi, donné leur accord. Les risques de piqûres sont faibles et l’insecte, déjà présent dans quelques pays frontaliers, arrivera, un jour ou l’autre, sur notre territoire.

De nombreux exemples

Des exemples de la sorte, il en existe une multitude. Moucherons vecteurs d’un virus hémorragique potentiellement mortel pour le bétail en Europe arrivés par la Méditerranée, fourmis électriques à la piqûre irritante et allergisante arrivées d’Amérique du Sud, goujons asiatiques porteurs d’un agent pathogène fatal pour les autres poissons…

Certains cas sont plus impressionnants, comme ces pythons birmans de deux mètres de long qui prolifèrent en Floride, si bien que des chasses sont organisées pour les réguler. Ces reptiles font un ravage dans l’écosystème, en se nourrissant d’oiseaux, de petits mammifères ou de cerfs. D’autres sont plus étonnants. En arrivant en Grande-Bretagne et en Italie, l’écureuil gris consomme les bourgeons, les graines et les écorces au détriment de l’écureuil roux, l’espèce historique. Le premier peut même être porteur d’un virus mortel pour le second, si bien qu’il est en déclin, voire en danger d’extinction en Europe.

À LIRE AUSSIFrelons, moustiques, scorpions… Ces tueurs qui nous envahissent !Les spécialistes recensent aussi des invasions végétales. L’Opuntia rosea, cactus mexicain, est désormais présent dans l’Hérault. Les épines longues de six centimètres peuvent transpercer les chaussures des randonneurs. Les autorités sont en alerte, mais personne ne sait vraiment comment cette espèce est arrivée.

Une application dédiée

Afin de contrôler au mieux les différentes espèces exotiques, l’application Agiir a été lancée, permettant à chacun de signaler quand il en aperçoit une. Car outre les dangers sanitaires (dengue, chikungunya, virus Zika avec le moustique-tigre par exemple), ces envahisseurs coûtent cher. Selon une étude du CNRS, au niveau mondial, les pertes financières causées par ces espèces se sont élevées à 1,208 milliard de dollars pour la période 1980-2019. Sur ces vingt-cinq dernières années, la France a dépensé, à elle seule, quelque neuf milliards d’euros pour contrer ces menaces environnementales, sanitaires et agricoles.

dmp

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