Economiste et normalien supérieure en sciences sociales, D’jimy Malval, dans son tout récent ouvrage Nouvelles et errances, observe la société haïtienne et peint la réalité de tous les jours. Il a répondu à cinq questions de notre collaborateur.
Etre écrivain, c’est quoi pour vous?
Premièrement, l’écrivain a le devoir de guider sa communauté, d’être un modèle pour la jeunesse. La différence entre un profane et un écrivain, est que le profane est libre de voguer au gré de ses caprices alors qu’en tout temps et partout, l’écrivain se doit d’être un modèle pour la jeunesse et dans chaque action et chaque pas de plus, il a le devoir d’apporter la lumière aux autres.
Deuxièmement, écrire est un acte de générosité, parce qu’on décide de partager. Parce qu’on veut partager une vision et une philosophie de la vie. Un acte de courage, parce qu’il y a des gens qui ont des idées mais qui n’arrivent pas à les partager. Un écrivain est celui qui assure une responsabilité sociale, il est un directeur d’opinion. C’est quelqu’un qui simplifie la vie des autres.
Qu’est-ce que le thème nouvelle évoque pour vous?
Une nouvelle est un court récit, qui n’a pas beaucoup de protagonistes et qui a souvent une fin surprenante ; c’est une histoire qui, bien que tirée de la réalité, est en fin de compte fictive. J’ai intitulé ce recueil Nouvelles et errances parce que ce sont des nouvelles tirées de mon environnement. En général c’est une partie de l’information que j’ai et je mets ma touche personnelle pour donner de sens aux nouvelles.
Pourquoi errances ? Parce que je commence toujours mes nouvelles par une note philosophique, comme quelqu’un qui est en train d’errer par exemple dans le sourire. Dans une de mes nouvelles, la septième du livre, j’ai vraiment erré. Errance ! C’est une errance littéraire, c’est une errance philosophique, c’est comme si je lance une balle littéraire et chaque lecteur y trouvera du sien. J’invite le lecteur à voyager, à sortir des sentiers battus.
Loop: Votre plus récente oeuvre s’intitule Nouvelles et errances. Quand avez-vous commencé à l’écrire?
J’ai commencé à écrire Nouvelles et errances à partir de 2011. J’écrivais pour des amis et pour le plaisir d’écrire notamment: j’aime la lecture et l’écriture. Je dois mentionner à l’époque je travaillais en dehors de la capitale, Port au prince. Je dormais un peu tard et au cours de la nuit j’écrivais, c’était mon passe-temps préféré.
Loop: Nouvelles et errances fait le pari de raconter le quotidien du peuple haïtien. Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit là tout-de-suite lors qu’on vous demande de parler du livre?
Dans Nouvelles et errances je partage ce qui est le plus profond de moi et ce qui me passionne et que j’aime: l’histoire, la littérature. Dès mon plus jeune âge j’ai appris à écrire, j’ai toujours été un homme de lettre et les plus beaux moments de ma vie furent pendant mes années d’étude à l’Ecole normale supérieure comme étudiant en sciences sociales avec des cours de lettres et de philosophie en supplément. C’est vous dire que l’histoire est ancrée dans ma vie et c’est pourquoi je décris et je peins la société haïtienne.
Par exemple jadis, en Haïti, pour étudier le soir, il fallait aller dans les rues sous un poteau électrique ; il n’y avait pas d’électricité dans les maisons. Ces phares électriques représentaient une idole pour les jeunes de cette génération. Haïti était toujours entre le modernisme et l’archaïsme parce que à l’époque il n’y avait pas d’électricité en tout point sur le territoire national.
Je parle aussi de cette Haïti d’autrefois quand les jeunes se rendaient dans les kermesses pour s’amuser alors de nos jours nous avons nos chers DJ…
Je décris, par exemple, la société haïtienne au lendemain du départ de Jean Claude Duvalier, le 7 février 1986, avec le lynchage, dans les rues, des milices de Jean Claude Duvalier. C’était une pratique nouvelle qui deviendra par la suite forme de justice de prédilection du peuple.
Un autre clin d’œil fait à la société haïtienne dans mon livre est la description que j’ai faite d’une forme de plaisir sain : jouer au domino ou à d’autres jeux de sociétés en plein air, dans les rues. De nos jours l’insécurité et l’insalubrité tendent à faire disparaitre ce genre de divertissement.
A travers Nouvelles et errance je décris nos mœurs notamment dans le sourire la tante de Xavier était contre son mariage parce que quand on est jeune et qu’on commence à travailler il faut aider la famille et non pas aller se marier de très tôt.
La société haitienne est aussi décrite à travers les échecs de Mika au niveau du baccalauréat première partie avant de se découvrir une passion et des aptitudes extraordinaires pour la couture qu’elle pratiquera avec succès.
La majorité silencieuse est un chapitre qui décrit le comportement de la classe moyenne en Haïti par rapport à la crise politique du pays. Cette classe moyenne qui se met toujours au milieu pour recevoir les miettes qu’elle empêche d’arriver à la classe populaire.
Dans les chapitres 4 et 5 du livre, vous utilisez des images comme « le poulet du magicien » ou encore « le temps des aveux ». À quoi voulez-vous faire référence?
Je profite du poulet du magicien pour approcher la superstition dans notre société. Des fois il y a des choses qui ont une explication scientifique mais on leur donne une connotation surnaturelle. La première information qui nous arrive assez souvent nous fait penser à des histoire para normales. Toutefois avec un peu de recul, on finit par avoir la bonne compréhension des choses. Donc il est important de prendre des reculs.
L’exemple que je partage avec vous c’est l’histoire de deux personnages. Ils étaient en voyage professionnel sur la route nationale #1 en allant vers le nord d’Haiti quand ils ont heurté un poulet qui reste accroché au-devant de la voiture. Ils ne s’arrêtèrent pourtant pas. Trente minutes plus tard, un vieillard les stoppa, s’approcha et leur demanda d’un ton superstitieux si ce poulet qu’ils ont écrasé n’avait pas de propriétaire. D’un coup ils ont rebroussé le chemin car pour eux c’est un mauvais signe, le type était forcément un magicien pour avoir deviné l’histoire. Ils ont annulé un voyage professionnel pour une histoire de superstition.
Par contre le temps des aveux est très profond. C’est une introspection qui contient une vérité personnelle. Par exemple, mon père, j’estime n’avoir pas passé assez de temps avec lui pour lui faire part de mon amour. Nous avons tous un fantôme dans notre vie, des fois ce sont des choses qu’il fallait faire ou des choses qu’il faut avouer avant de partir pour l’orient éternel. Il faut avouer certaines choses car cela peut nous garantir le plus grand bonheur à la fin de notre vie. Chaque personne essaie de faire la part des choses en fin de vie. C’est le cas de quelqu’un qui n’a jamais avoué à sa femme qu’il a une fille en dehors de son foyer familial.
Propos recueillis par Marcel M. Sauveur
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