Histoire d’une notion. Difficile de se débarrasser des mots du colonialisme. Ce passé a laissé tout un vocabulaire que l’on utilise encore aujourd’hui, sans y faire attention. Les « Indiens d’Amérique » continuent d’habiter nos imaginaires, alors que les peuples désignés par cette expression ne s’y sont jamais reconnus. Christophe Colomb voulait trouver la route des Indes, et nous continuons de faire fausse route avec lui.
Pour remplacer le lexique colonial, d’autres termes sont avancés. « Autochtone » s’est aujourd’hui imposé dans la recherche et le droit international pour désigner ce qu’on appelait autrefois les « peuples premiers ». Au Québec, où vivent onze nations autochtones, dont les Eeyouch, les Inuits, les Anichinabés, pour n’en nommer que quelques-unes, le vocable s’est installé dans les années 1990. En France, ce mot commence tout juste à se diffuser. Il est vrai qu’il recouvre une réalité plurielle et méconnue.
L’ONU estime que le monde compte 476 millions de personnes autochtones vivant dans 90 pays au sein de 5 000 groupes distincts. Bien que minoritaires, ces peuples sont présents sur l’ensemble de la planète : au Japon, les Aïnou ; en Nouvelle-Zélande, les Maoris ; en Inde, les Adivasis ; dans les pays scandinaves et en Russie, les Sami. En France, les Kanak de Nouvelle-Calédonie, les Ma’ohi de Polynésie ou encore les Wayana, les Wayapi, les Lokono, les Teko, les Pahikweneh et les Kali’na en Guyane française sont des peuples autochtones, un statut reconnu au mieux de façon ambiguë par Paris à certains d’entre eux.
« Continuité historique »
L’ONU fixe pourtant le cadre et définit ainsi les peuples autochtones : ils « ont en commun une continuité historique avec un territoire donné avant la colonisation et entretiennent un lien fort avec leurs terres. Ils maintiennent, du moins en partie, des systèmes sociaux, économiques et politiques distincts. Ils ont des langues, des cultures, des croyances et des systèmes de connaissances distincts. Ils sont déterminés à maintenir et à développer leur identité et leurs institutions distinctes et ils constituent un secteur non dominant de la société. »
Le terme « autochtone » prend son essor dans les années 1980 grâce aux travaux menés au sein des grandes institutions internationales. Confrontées à la mobilisation croissante des « peuples premiers », l’ONU et l’Organisation internationale du travail (OIT) tentent d’y apporter des réponses et publient des documents qui feront date. L’« Etude du problème de la discrimination à l’encontre des populations autochtones » réalisée en 1986 par José Martinez Cobo, rapporteur spécial de la sous-commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités, a été déterminante. Un autre document, publié en 1989 par l’OIT, a également joué un rôle-clé : « Comprendre la convention relative aux peuples indigènes et tribaux ».
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