L’illusion est parfaite. L’image de la carlingue de l’engin spatial, sa structure métallique rivetée et ses hublots laissant apparaître une constellation d’étoiles, flotte littéralement derrière les deux comédiens engoncés dans leurs combinaisons d’astronautes. Derrière la caméra, l’œil rivé sur son écran de contrôle, Jérôme Bernard tourne son troisième film pour le compte de l’Agence spatiale européenne (ESA), donne ses directives au duo d’acteurs mais aussi et surtout aux nombreux techniciens qui s’activent, ce jeudi après-midi, au studio L 3 du Lendit à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Bienvenue sur un plateau de tournage pas comme les autres, où des décors totalement virtuels apparaissent, à l’écran, plus vrais que nature.
Un véritable ballet numérique
La technologie employée est encore l’apanage d’une poignée de professionnels de l’image. Baptisée « Studio XR » (XR signifiant « extended reality » en anglais), « elle n’est disponible, pour l’instant, que dans trois lieux de tournage dans le monde, aux États-Unis, au Japon et ici, à Saint-Denis », s’enorgueillit Bruno Corsini, directeur technique de Plateau Virtuel, la société de production audiovisuelle qui exploite le système en France.
« Les décors sont d’abord conçus par ordinateur avec Unreal Engine, un moteur de création graphique 3D utilisé pour les jeux vidéo comme pour Fortnite. Ils sont projetés sur un écran géant à très haute définition spécialement fabriqué par Sony dont les leds ne sont séparées entre elles que de 1,54 mm. Une caméra filme en 3D la scène, avec l’écran en arrière-plan et les acteurs sont comme plongés dans cet univers en trois dimensions. L’astuce, pour que tout cela fonctionne, est un tracker fixé sur la caméra qui a une vingtaine de capteurs répartis dans le studio, qui permet de faire évoluer le décor en fonction de ses mouvements. »
Ce ballet numérique de haut vol, qui ne tolère aucune approximation, offre aux yeux des spectateurs un résultat spectaculaire de réalisme. Comme si nos deux acteurs se retrouvaient aux commandes d’une fusée, puis sur la Lune, la planète Mars ou dans une station spatiale internationale. Sans décor factice en carton-pâte ou le moindre défaut se révèle impitoyable sur grand écran.
Cette précision du détail est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle la technologie « studio XR » a été choisie pour les effets spéciaux de la série Star Wars : The Mandalorian. « La révolution, c’est également de pouvoir filmer dans des mondes incroyables et d’en changer en un clin d’œil, explique Jérôme Bernard, réalisateur et fondateur de Duck Factory, la première société de production française à l’utiliser. C’est de la 3D sans limites, à laquelle on peut même ajouter des décors naturels sur lesquels les acteurs peuvent s’appuyer. »
Les quelques acteurs ayant pu expérimenter le système ne tarissent pas d’éloges. « On peut visuellement s’appuyer sur un décor ambiant, comme si on y était, raconte Clara Cantos, actrice qui incarne l’un des deux personnages du film commandé par l’ESA. On peut, par exemple, suivre du regard le départ d’une navette spatiale comme si elle décollait vraiment devant nos yeux. C’est du virtuel mais, en même temps, une réalité sur laquelle notre jeu d’acteur peut compter. »
La technologie est aussi un énorme gage de confort, très loin des difficultés que les comédiens peuvent ressentir quand il s’agit de jouer devant un fond vert, habillé d’une combinaison moulante bardée de capteurs, comme cela se fait classiquement aujourd’hui pour créer un décor, dans les longs-métrages de cinéma mais aussi pour animer les personnages de dessins animés ou de jeux vidéo. « Cette technique demande beaucoup de travail en postproduction, précise Jérôme Bernard. Avec « studio XR », tout est préparé en amont, selon ce qu’on a imaginé. Il n’y a plus qu’à tourner ! »
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.