Asteroid City. 87 habitants, une station-service, un motel, des plaines désertiques. Parfois passe un train de marchandises, à toute vitesse, sur un air de banjo déchaîné. C’est l’événement. Il surgit comme un vaisseau de la société de consommation, débordant de fruits, légumes, voitures, rien ne peut l’arrêter. Faut-il préciser qu’ici, c’est l’Amérique ? Son cœur même. Les grands espaces…
Asteroid City. 87 habitants, une station-service, un motel, des plaines désertiques. Parfois passe un train de marchandises, à toute vitesse, sur un air de banjo déchaîné. C’est l’événement. Il surgit comme un vaisseau de la société de consommation, débordant de fruits, légumes, voitures, rien ne peut l’arrêter. Faut-il préciser qu’ici, c’est l’Amérique ? Son cœur même. Les grands espaces des pionniers, du western.
Augie (Jason Schwartzman), photographe de guerre, veuf, débarque un jour de 1955 avec ses enfants dans cette petite ville pas si anodine : un cratère géant n’en finit pas d’intriguer les scientifiques.
Mise en abyme
Mais tout cela n’existe pas. C’est une pièce de théâtre, dont Wes Anderson, dans ce onzième opus, filme parallèlement, en noir et blanc, les répétitions à New York. Deux récits sont enchâssés. Le cinéaste a imaginé cette mise en abyme au carré avec son ami et coscénariste Roman Coppola (fils de Francis et frère de Sofia). Ce dispositif lui permet de naviguer entre les deux forces contraires du mythe américain. L’Amérique déclinante, immobile du Middle West. L’Amérique triomphante de l’entertainment sur la côte Est.
Comme « Moonrise Kingdom » et « The French Dispatch », ce long métrage a été présenté en compétition à Cannes, et à nouveau Wes Anderson, 54 ans, est reparti bredouille. Peut-on s’en étonner ? On retrouve chez le « dandy texan », comme il sera bientôt interdit de l’appeler sous peine d’être condamné par le tribunal des clichés, les mêmes qualités et les mêmes faiblesses. Il nous éblouit mais nous émeut peu.
Comme si une forme de timidité retenait cet immense styliste d’aller au bout de sa mélancolie
C’est étourdissant, d’une fantaisie à chaque plan, d’une minutie ultra-rigoureuse. Le réalisateur impressionne avec ses travellings latéraux, capables d’embrasser, par un lent glissement du regard, plusieurs situations dans un même plan séquence. « Wahou ! » dirait Bruno Podalydès.
Alien gracieux
Mais dans ce monde si magistralement agencé, l’émotion perce difficilement, comme si une forme de timidité retenait cet immense styliste d’aller au bout de sa mélancolie. On a toujours l’impression d’une œuvre sous contrôle. Un peu moins que dans « The French Dispatch », car cette fois, plutôt que de virevolter de vignette en vignette, l’histoire est centrée sur quelques personnages assez touchants. Le fils d’Augie, Woodrow (Jake Ryan), garçon à l’« épanouissement tardif », passionné par la science, dont « la gravité est la loi physique préférée ». Ou la très glamour Midge Campbell (Scarlett Johansson, synthèse désabusée des stars de l’âge d’or hollywoodien).
Certaines scènes nous donnent envie d’y croire. L’annonce par Augie à ses enfants du décès de leur mère, qui installe l’ombre du deuil sur le récit, l’apparition d’un extraterrestre d’une grâce folle. Ces moments sont marquants mais ne suffisent pas à nous arrimer à cette fiction peuplée de stars – Tom Hanks, Tilda Switon… Dommage. On voudrait tant aimer le cinéma de l’attachant, de l’élégant, du pudique, peut-être trop, Wes Anderson.
« Asteroid City », de Wes Anderson, avec Scarlett Johansson, Jason Schwartzman, Tom Hanks. Durée : 1 h 46. En salle le mercredi 21 juin.
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