Si la météo est de la partie, ce sera une grande fête, avec des centaines de milliers d’amateurs verre en main : Bordeaux fête le vin, une manifestation devenue annuelle, doit s’ouvrir ce jeudi sur les quais de la ville.
Pendant quatre jours, des centaines de vignerons et de négociants feront goûter leurs bouteilles, du Médoc au Sauternais, de Saint-Émilion au Blayais, des Graves aux vins de Dordogne. Sur plus d’un kilomètre, les passionnés arpenteront comme une route des vins urbaine pour découvrir l’offre de la région (1).
Cette parenthèse festive arrive à un…
Si la météo est de la partie, ce sera une grande fête, avec des centaines de milliers d’amateurs verre en main : Bordeaux fête le vin, une manifestation devenue annuelle, doit s’ouvrir ce jeudi sur les quais de la ville.
Pendant quatre jours, des centaines de vignerons et de négociants feront goûter leurs bouteilles, du Médoc au Sauternais, de Saint-Émilion au Blayais, des Graves aux vins de Dordogne. Sur plus d’un kilomètre, les passionnés arpenteront comme une route des vins urbaine pour découvrir l’offre de la région (1).
Cette parenthèse festive arrive à un moment où le Bordelais est pris dans une véritable nasse. Depuis des années, la situation économique de nombre de propriétés s’est dégradée au point que celles-ci ne peuvent plus assurer les fins de mois. L’offre ne colle plus à la demande et des mesures sont prises pour espérer sortir la tête de l’eau.
Le constat est unanime, et des centaines de vignerons l’ont crié dans les rues de la ville au cours de deux manifestations : Bordeaux produit trop de vin par rapport à sa capacité de commercialisation. Un surplus de l’ordre de 10 à 20 %, et ce, suivant les volumes – très variables – de récolte (gel, grêle, sécheresse, maladies). « Je n’ai jamais connu ça en trente-cinq ans de carrière », souffle, dépité, un courtier spécialisé dans les vins d’entrée de gamme et de moyenne gamme.
Parenthèse festive
Cette crise profonde amène aux mesures les plus radicales qui puissent exister dans l’univers viticole : distiller du vin et arracher de la vigne. Sur ce second point, une mesure structurelle, la mécanique, est en route. De premiers dossiers sont à déposer avant le 17 juillet, et d’autres devront l’être à la rentrée de septembre. Les premiers arrachages effectifs sont attendus fin 2023, avec le versement des aides prévues pour les vignerons volontaires. La jauge est positionnée à 9 500 hectares à arracher (soit 8 % du vignoble), avec une aide de 6 000 euros/ha. À noter, une telle mesure, bien sûr traumatisante, et qui n’a pas été demandée par d’autres vignobles hexagonaux, avait déjà été déployée en Gironde dans les années 2006-2007.
Sur le volet plus conjoncturel de la distillation – et là, tous les vignobles sont concernés –, les derniers arbitrages sont attendus. Là aussi, contre une subvention payée à l’hectolitre, les vignerons volontaires enverront leurs surplus à la chaudière. Le vin sera détruit dans des distilleries spécialisées et transformé en alcool, ce qui alimentera des filières industrielles (carburants…). Il s’agit de désengorger des chais lestés par des volumes invendus. À l’approche de la récolte 2023, la panique gagne des producteurs qui n’ont plus de place pour l’accueillir. Chercher des cuves libres chez des voisins est la tâche menée depuis les derniers mois.
On sait depuis longtemps que produire bon ne suffit pas pour vendre bien
Sur le volet de la demande, c’est davantage le brouillard. « Il faut augmenter nos ventes, car on ne peut pas se contenter de réduire l’offre », a réaffirmé début mai le président Allan Sichel lors de la dernière assemblée générale du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB). Une structure qui enregistre un budget – corrélé aux ventes du vignoble – à la baisse. Avec la belle tenue des millésimes 2019, 2020 et 2022, le prérequis de la qualité est là. Mais on sait depuis longtemps que produire bon ne suffit pas pour vendre bien.
La Chine en trompe-l’œil
Du côté du marché français, la grande distribution, là où le Bordelais s’est installé depuis des décennies, dévisse, voire plonge. Ce qui touche aussi d’autres vignobles (Vallée du Rhône, Languedoc) où le vin rouge prédomine. Cette couleur souffre en effet face aux blancs, aux rosés et aux effervescents. En parallèle, reconquérir le cœur des cavistes et des restaurateurs devient un impératif. D’ailleurs, en amont de la fête bordelaise, une opération de séduction est menée ces jours-ci dans l’Hexagone chez ces prescripteurs essentiels.
À l’exportation, la Chine – qui reste le premier débouché – n’a pas du tout retrouvé son niveau d’avant-Covid. En ce début 2023, les nouvelles sont meilleures, mais chacun s’accorde à dire que, pendant longtemps, ce marché phare était l’arbre qui cachait une forêt en voie de dépeuplement. Sauf pour les grands crus, qui sont dans leur bulle et qui ne tirent plus du tout les autres wagons du vignoble, le Bordelais a perdu des positions en Europe et en Amérique du Nord.
On l’aura compris, rééquilibrer structurellement l’offre et la demande s’annonce comme un lourd chantier, et le volume de la récolte 2023 sera déterminant pour sa réussite.
(1) Ouverture de 11 à 23 heures ; pass à 22 euros donnant droit à 11 dégustations (5 cl dans le verre).
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